/news/politics
Navigation

Budget Morneau: des déficits beaucoup plus élevés que prévu

CANADA-BUDGET/
Photo REUTERS

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | Le gouvernement Trudeau garde le cap vers des déficits sans plan de retour à l’équilibre budgétaire, même si l’économie tourne à plein régime. Un pari risqué selon plusieurs experts.

Le ministre des Finances Bill Morneau a présenté mardi un budget prévoyant des dépenses supplémentaires de quelque 5,4 milliards $ et un déficit de plus de 18 milliards, en voie de briser sa promesse d’équilibrer le budget d’ici les élections 2019.

Malgré les déficits, le ministre Morneau n’en démord pas: les investissements du fédéral dans l’économie canadienne sont réfléchis et ils portent leurs fruits.

«Nous avons été fiscalement responsables», a assuré Bill Morneau en conférence de presse post-budgétaire. Notre économie fonctionne bien.»

M. Morneau dit ne pas trop s’en faire avec les déficits d’aujourd’hui parce que «nous travaillons pour le très long terme».

Danger

Mais certains s’inquiètent que les libéraux ne s’attaquent pas de front au déficit au moment où l’économie va bien.

«Bill Morneau doit prier pour que l’économie canadienne continue à bien aller», analyse Sylvain Gilbert, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). C’est un jeu très dangereux de conserver des déficits alors que l’économie va bien.»

«Il s’est placé dans les câbles et ce sera très difficile pour lui de s’en sortir si l’économie commence à aller mal», ajoute-t-il.

Un avis que partage Sahir Khan, un économiste à l’Université d’Ottawa et bras droit de l’ex-chien de garde des contribuables canadiens.

«Nous allons dans la mauvaise direction, dit-il. Nous devrions avoir plus de marge de manœuvre pour faire face aux imprévus.»

Pas pour le Québec

Une bonne partie des nouvelles dépenses annoncées dans le budget Morneau ne touchent pas les Québécois.

Les libéraux ont annoncé la création d’une nouvelle prestation pour encourager les parents à demeurer plus longtemps à la maison après la naissance de l’enfant au coût de 1,2 milliard. Une mesure qui existe déjà au Québec.

Le gouvernement Trudeau a aussi profité de son budget pour annoncer qu’il songe à créer une assurance-médicaments pancanadienne. Une autre initiative copiée sur ce qui se fait déjà dans la Belle Province.

Le ministre Morneau n’a pas cru bon insérer dans on budget de plus de 400 pages des mesures pour répondre aux nouvelles politiques fiscales américaines.

L’administration Trump compte abaisser le taux d’imposition des petites entreprises au même taux que celui en vigueur au Canada.

«Notre taux d’imposition est un des plus bas au monde, a commenté le grand argentier. Nous continuons d’être compétitifs.»

Les libéraux n’ont aussi prévu aucune mesure pour rassurer le milieu des affaires alors que l’Accord de libre-échange nord-américain risque d’être déchiré à tout moment.

Le ministre Morneau soutient qu’il fait actuellement «ses devoirs» avant de réagir.

Égalité hommes-femmes

Comme prévu, le budget libéral parle abondamment d’égalité hommes-femmes. On rappelle que les femmes gagnent 67 % du salaire des hommes.

Mais aucune mesure concrète d’envergure n’est annoncée. Les libéraux se sont contentés de saupoudrages de quelques millions, par exemple pour encourager les femmes à faire du sport ou endiguer la violence faite à leur endroit.

Le fédéral prévoit aller chercher 1,4 milliard en six ans dans les poches des fumeurs avec une hausse d’un dollar du droit d’accise d’un dollar pour chaque cartouche de 200 cigarettes.

Ottawa prévoit aussi que la taxation du cannabis lui rapportera 690 millions au cours des cinq prochaines années.

Le gouvernement Trudeau a aussi annoncé qu’il met la hache dans le controversé système de paie Phénix des fonctionnaires fédéraux.

Il débloque aussi 507 millions pour mettre en œuvre une nouvelle stratégie de cybersécurité et 173 millions au cours de la prochaine année pour gérer les demandeurs d’asile qui traversent la frontière à pied.

Données générales

BUDGET TOTAL:

► 338,5 G$

DETTE FÉDÉRALE:

► 669,9 G$

DÉFICITS PRÉVUS:

► 2018-2019: 18,1 G$

► 2019-2020: 17,5 G$

► 2020-2021: 16,9 G$

► 2021-2022: 13,8 G$

► 2022-2023: 12,3 G$

Un peu d’argent pour les médias

Assailli de demandes d’aide par de nombreuses petites et grandes entreprises de presse depuis plusieurs mois, Ottawa commence à délier les cordons de la bourse pour les médias.

Dans son budget 2018-2019, Ottawa promet de donner jusqu’à 50 M$ au cours des cinq prochaines années à des organisations non gouvernementales qui financeront à leur tour les initiatives de journalisme local dans les communautés «mal desservies».

Cet argent n’ira donc pas aux grandes entreprises de presse, ou aux médias dans les centres urbains.

Le Fonds des médias du Canada, qui profite surtout aux entreprises de télévision, sera aussi regarni par Ottawa.

Le gouvernement propose de compenser toute perte de revenu dans ce fonds afin de le maintenir à son niveau de 2016-2017 pour au moins les cinq prochaines années.

– Christopher Nardi

Des centaines de M$ pour les ponts de Montréal

Même si le pont Champlain sera bientôt remplacé, les Québécois et Canadiens continueront à délier les cordons de la bourse pour l’entretien des ponts autour de Montréal.

Au cours des cinq prochaines années, le gouvernement Trudeau compte dépenser plus de 600 M$ pour maintenir en bon état les ponts Jacques-Cartier, Mercier et Champlain (jusqu’à sa démolition) ainsi que le tunnel de Melocheville et l’autoroute Bonaventure.

De ce montant, 65 M$ en 2018-2019 sont consacrés uniquement à garder l’actuel pont Champlain en état sécuritaire jusqu’à l’été de 2019.

Soulignons toutefois que le montant total n’inclut pas le coût de démolition du pont Champlain lorsque le nouveau sera inauguré.

Des millions pour que Revenu Canada réponde au téléphone

Le fédéral s’offrira des employés qui répondent réellement aux questions des contribuables à l’Agence du Revenu du Canada (ARC), au coût de 206 M$ sur 5 ans.

Le dernier rapport du Vérificateur général du Canada a révélé qu’une majorité des appels logés à l’ARC (64 %) restaient sans réponse. Pire, les agents qui finissent par répondre donnent une information erronée le tiers du temps.

Le fédéral reconnaît ces problèmes, et souhaite que les Canadiens «se sentent comme des clients appréciés» lorsqu’ils ont des questions sur leurs impôts.

Ottawa embauchera plus d’agents, améliorera les programmes communautaires d’aide en matière d’impôts, et la modernisation du site web de l’ARC.

– Boris Proulx