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Le western de Manon

Manon Massé
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés

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Quand j’écoute les gens de Québec solidaire, j’ai parfois l’impression d’être dans un film western.

Où il y a les bons et les méchants ; les héros et les salauds. Où les premiers ont, pour reprendre une formule célèbre, le « monopole du cœur ».

Prenez Manon Massé, la co-porte-parole de QS et maintenant officiellement candidate au poste de première ministre du Québec.

Hier, en entrevue au 98,5, elle a insisté sur le fait qu’elle vient d’une « famille de la classe ouvrière ». « Dans mon carnet d’adresses, il n’y a pas beaucoup de chefs d’entreprise, de firmes d’avocats, etc. Moi, j’ai passé ma vie avec les gens, aux côtés des gens. »

Bien sûr, elle n’a pas vraiment voulu dire que les chefs d’entreprise et les avocats n’étaient pas des « gens » ; mais, pris littéralement, c’est le sens de ses propos.

L’inconscient a peut-être un peu parlé à sa place ici... Or, quand on aspire à diriger une nation, il faut envisager de le faire pour tous les membres qui la composent.

Manon Massé soulignait avec un quasi-dégoût la fortune des trois autres chefs – Couillard, Lisée, Legault –, le fait qu’ils ont été propriétaires de « maisons dans les mêmes quartiers » ; ou encore les origines petites-bourgeoises d’un d’entre eux.

Reproduction des élites

Elle sembla dire que cela les disqualifie, déconnectés qu’ils sont des « gens » ; autrement dit du « vrai monde ».

J’écris « elle sembla dire ». Car ce qu’elle soutenait au fond est que depuis toujours, les castes de privilégiés se reproduisent et s’échangent le pouvoir. Ils gouvernent en ignorant les pauvres, les sans-voix, les déshérités.

« Le Québec est prêt à voir d’autres sortes de monde pour s’occuper de la démocratie », a-t-elle d’ailleurs déclaré non sans intérêt.

L’ennui, c’est le western, ici encore. Une simplification manichéenne (mon « mot du jour », si vous me le permettez).

Nous ne sommes pas totalement déterminés par notre « classe » (si une telle chose existe vraiment dans notre société où l’ascenseur social et la redistribution de la richesse sont beaucoup plus efficaces qu’ailleurs).

« Lucifer » Bouchard

Françoise David, la principale fondatrice, l’âme dirigeante de Québec solidaire, est elle-même fille bourgeoise d’un médecin réputé d’Outremont.

Et – cela devait-il aggraver son cas ? – petite fille d’Athanase David qui fut « secrétaire de la province de Québec » sous Gouin et Taschereau, périodes où le favoritisme régnait.

Quant à Gabriel Nadeau-Dubois, il étudia dans une école privée pour jeunes privilégiés.

Le Québec a certes eu nombre de bourgeois à sa tête. Pas toujours pour le mieux. Mais le fait est qu’il possède aujourd’hui un des États providences les plus développés en Amérique du Nord.

Celui-ci fut complété sous... Lucien Bouchard (véritable « Lucifer » aux yeux de QS) : les CPE, l’assurance médicament, les congés parentaux, etc. furent mis en place lors de son mandat.

L’État québécois existe au prix d’une « pression fiscale » très élevée, certes compensée par des prestations nombreuses (pour cette raison, selon le professeur Luc Godbout, la « charge fiscale nette » des Québécois demeure compétitive).

Chose certaine, notre réalité est beaucoup plus complexe qu’un western.