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De délinquant à brillant avocat

Un enfant terrible de Laval a utilisé son amour de l’éloquence pour changer sa vie et être utile à la société

Me Belton est fier de défendre « monsieur et madame Tout-le-monde » et d’offrir à des jeunes égarés une seconde chance.
Photo Chantal Poirier Me Belton est fier de défendre « monsieur et madame Tout-le-monde » et d’offrir à des jeunes égarés une seconde chance.

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Habitué aux bagarres et aux vols, Fernando Belton a décidé de renverser son destin de jeune délinquant le jour où il a réalisé qu’il courait droit vers la prison. Une quinzaine d’années plus tard, il est maintenant un brillant avocat criminaliste et aide les jeunes comme lui à rentrer sur le droit chemin.

« Si je n’avais pas eu à un moment une prise de conscience, j’aurais fini dans un gang de rue, c’est certain », affirme Me Fernando Belton, confortablement installé dans son bureau du quartier Saint-Michel où il travaille depuis un an.

Cet avocat âgé de 30 ans a été élevé par sa mère avec ses quatre sœurs dans un HLM du quartier Chomedey, à Laval.

« Le genre d’environnement qui pourrit les enfants » selon lui, en concentrant plusieurs problèmes de criminalité sur un petit secteur.

Fernando Belton aux côtés du juriste réputé Daniel Turp (au centre) lorsqu’il l’assistait.
Photo Courtoisie
Fernando Belton aux côtés du juriste réputé Daniel Turp (au centre) lorsqu’il l’assistait.

 

Vols et bagarres

Dès l’âge de 14 ans et malgré des facilités évidentes à l’école, il multiplie les bagarres et les petits vols. Son père, tailleur, est alors installé aux États-Unis, et sa mère, qui travaille dans une manufacture de bas collants, n’est que rarement présente pour le surveiller.

« Après l’école, j’étais dans la rue avec ma petite équipe, se souvient-il. On allait voler dans les dépanneurs ou au centre commercial, on forçait les caves des gens et on prenait des télés ou des vélos quand on en trouvait. »

Au sein de son groupe, le jeune Fernando trouvait l’attention que ses parents n’étaient pas en mesure de lui donner, trop occupés à subvenir aux besoins de la famille.

« Il y avait ce feeling indescriptible quand tu faisais une bêtise et que tout le monde te disait “nice job”, ou quand tu te battais et que tu avais gagné ton combat. Tu étais entraîné là-dedans, c’est la force du groupe ».

Les petites bêtises de Fernando finissent d’ailleurs par lui attirer de très gros ennuis.

« Un jour, un de nos amis a énervé un grand du quartier et il nous a menacés avec son gun, raconte-t-il. On s’est tous couché par terre, c’est le genre de choses que tu n’oublies pas. »

Consciente de la pente glissante sur laquelle s’aventure son fils, la mère de Fernando finit en 2001 par l’envoyer rejoindre son père dans la banlieue de Naples, en Floride, pour le couper de ses mauvaises fréquentations.

Après une année calme et studieuse aux États-Unis, Fernando revient au Québec, et en l’espace de quelques jours renoue avec ses mauvaises habitudes.

« Je ne sais pas comment on s’est retrouvés à voler une auto avec des amis et à la conduire en ville. Au bout de quelques jours, on s’est fait arrêter par la police. »

Le lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne (à droite) remet à Fernando Belton la Médaille du lieutenant-gouverneur pour la Jeunesse.
Photo Courtoisie
Le lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne (à droite) remet à Fernando Belton la Médaille du lieutenant-gouverneur pour la Jeunesse.

 

Changement

Malgré son opposition, ses parents le renvoient alors aux États-Unis, un choix qui sera décisif pour l’avenir du jeune homme.

« Tout a changé cette année-là, je me suis mis à aller à l’église chaque fin de semaine, dit l’avocat. Je voyais les ennuis de mes amis avec la police et j’ai compris que si je continuais comme ça, je risquais de finir en prison. »

À l’église, Fernando Belton joue de la musique et trouve des personnes qui l’aident à se prendre en main et l’encouragent.

Métier noble

« Quand je suis revenu à Laval l’année suivante, j’étais dans un état d’esprit totalement différent. Des membres de gang m’ont approché pour vendre des cigarettes de contrebande, mais je leur ai dit que tout cela ne m’intéressait plus. »

Le jeune homme finit avec brio son secondaire et son cégep, puis décide de se lancer dans l’étude du droit.

« J’ai toujours aimé plaider, argumenter et m’exprimer à l’oral, expose-t-il. Je voulais aussi faire une différence, exercer un métier noble qui soit utile à la société. »

Ses études brillantes lui valent même d’être décoré en 2013 par le gouvernement québécois de la prestigieuse Médaille du lieutenant-gouverneur pour la Jeunesse.

La musique a aidé Fernando Belton à reprendre le contrôle de sa vie lorsqu’il était jeune.
Photo Courtoisie
La musique a aidé Fernando Belton à reprendre le contrôle de sa vie lorsqu’il était jeune.

 

Morale

Après avoir obtenu son barreau, Fernando Belton effectue ensuite un stage à la Cour municipale de Montréal.

« Là-bas, tu vois passer monsieur et madame Tout-le-monde. Cela m’a vraiment donné la piqûre du droit criminel et le goût d’aider ce monde-là. »

Depuis trois ans, Me Belton défend donc « monsieur et madame Tout-le-monde » en tant qu’avocat indépendant.

Et il n’hésite pas à utiliser son histoire personnelle lorsque la situation s’y prête.

« Quand je vois des jeunes qui ont fait des bêtises, je leur fais la morale, confirme Me Belton. Pas pour les dénigrer, mais pour leur dire “Voilà mon histoire, voilà où tu peux arriver si tu travailles”. »

Ambitions

Grâce aux chroniques judiciaires qu’il a longtemps effectuées sur une radio haïtienne et au bouche-à-oreille, Me Belton s’est rapidement constitué une clientèle.

Après une première année difficile, le trentenaire explique avoir triplé son chiffre d’affaires et voit l’avenir en grand.

« D’ici deux ans, je me vois diriger un grand cabinet d’avocats et plaider à la Cour suprême, confie-t-il. Je voudrais aussi fédérer des avocats haïtiens pour soutenir notre communauté. Si tu n’aides pas les tiens, qui va le faire ? »

Un étudiant engagé et récompensé

Lors de ses études de droit à l’UQAM, Fernando Belton s’est illustré par ses nombreux engagements.

« Je faisais du bénévolat à la clinique juridique, mais aussi au Centre de recherche-action sur les relations raciales, qui aide les gens victimes de discrimination. Cela a été une période très enrichissante. »

Dans le même temps, le jeune homme participe à la poursuite menée par le juriste Daniel Turp contre le gouvernement Harper, après que le Canada s’est retiré du protocole de Kyoto.

Cette activité débordante lui vaudra en 2013 la Médaille du lieutenant-gouverneur pour la Jeunesse.

« Toute ma famille était là, j’étais très fier », se rappelle-t-il.