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Pas de place pour manger et gymnases coupés en deux: les écoles secondaires de Montréal débordent

Il manquera près de 1000 places dans les écoles secondaires de l’Ouest de Montréal d’ici deux ans

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Élèves qui dînent assis au sol, bouchons dans les corridors, gymnases coupés en deux. Après avoir causé des maux de tête au primaire, la surpopulation arrive maintenant dans les écoles secondaires de Montréal.

« Sans aide rapide, la pression va se traduire par une baisse de la réussite des élèves », s’inquiète Patrice Brisebois, directeur de l’école Saint-Laurent, dans l’arrondissement du même nom.

<b>Patrice Brisebois</b><br />
Directeur École Saint-Laurent
Photo Agence QMI, Philippe-Olivier Contant
Patrice Brisebois
Directeur École Saint-Laurent

Cet établissement est déjà occupé à 100 %, comme c’est le cas pour 12 écoles secondaires sur les 13 de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB).

Dans deux ans, il y manquera près de 1000 places, selon des chiffres obtenus par Le Journal.

Ces statistiques sont « conservatrices », selon la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne.

« L’an passé, on a reçu 1279 élèves de plus que ce que prévoyait le ministère de l’Éducation », notamment en raison de l’arrivée massive de jeunes migrants.

Car trop souvent, le ministère sous-estime la surpopulation à venir, surtout celle venant de l’immigration, expliquent les présidentes des deux plus importantes commissions scolaires de l’île.

« On ouvre plus de classes d’accueil et de plus en plus rapidement », remarque M. Brisebois. Or, ces classes, qui regroupent des élèves en apprentissage du français, ne peuvent compter qu’un maximum de 17 jeunes, contre une trentaine en classe régulière.

Sur les genoux des autres

L’étudiante Gayle César, 15 ans, dans un local d’arts plastiques de l’école Sophie-Barat, à Montréal, où les enseignants évitent de faire faire des sculptures en trois dimensions aux élèves par manque d’espace d’entreposage.  
Photo Dominique Scali
L’étudiante Gayle César, 15 ans, dans un local d’arts plastiques de l’école Sophie-Barat, à Montréal, où les enseignants évitent de faire faire des sculptures en trois dimensions aux élèves par manque d’espace d’entreposage.  

« Des fois, on mange debout. Ou sur les genoux les uns des autres », dit Gayle César, 15 ans, élève à Sophie-Barat, une école pleine à craquer dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Impossible de circuler dans les corridors de cette école de la Commission scolaire de Montréal sans tomber sur des adolescents qui prennent leur repas au sol.

Dans les espaces surpeuplés, les adolescents ont la mèche plus courte. « Le tiraillage peut se transformer en bagarre. Un jeune qui se fait bousculer ne va pas toujours réagir avec courtoisie », dit le directeur de l’école Saint-Laurent.

Les unités modulaires étaient réservées aux écoles primaires par le passé. Des travailleurs sont en train d’en installer à l’école secondaire Saint-Laurent.
Photo Agence QMI, Philippe-Olivier Contant
Les unités modulaires étaient réservées aux écoles primaires par le passé. Des travailleurs sont en train d’en installer à l’école secondaire Saint-Laurent.

C’est pourquoi des flèches ont été collées au sol de son établissement pour indiquer aux élèves dans quel sens circuler et ainsi éviter la création de bouchons et de bousculades.

Quelques unités préfabriquées qui accueilleront des classes sont en cours d’installation dans la cour de l’école. Mais cet ajout ne permet pas de gagner de l’espace dans les aires communes.

Le gymnase a d’ailleurs dû être divisé en deux pour accueillir deux groupes en même temps... qui doivent donc courir dans des espaces plus petits que la norme.

La CSMB demande du financement du ministère pour ajouter 45 vrais locaux à cette école. Or, certains de leurs projets d’agrandissement ont été refusés l’an passé. Et quand ils ont l’argent, les arrondissements, qui accordent les permis de travaux, mettent trop souvent « des bâtons dans les roues », dit Mme Lamarche-Venne.

« On a une accumulation de problèmes qui nous amène vers un mur », avertit-elle.

 

Quand dîner au sol fait « partie de la culture »

« Un parent m’a déjà dit que son fils se retenait d’aller aux toilettes parce qu’il y a trop de monde », raconte Serge Germain, conseiller pédagogique à l’école Sophie-Barat.

Dans cette école qui est occupée à 100 %, la cafétéria est si petite qu’elle ne peut pas accueillir la moitié des quelque 1000 élèves du bâtiment principal. Les jeunes ont donc pris l’habitude de manger dans les couloirs, au point où cela « fait partie de la culture » de l’école, raconte Suzanne Leduc, gestionnaire administrative.

<b>Suzanne Leduc</b><br />
Gestionnaire École Sophie-Barat
Photo Dominique Scali
Suzanne Leduc
Gestionnaire École Sophie-Barat

« Les jeunes se choisissent un coin pour manger et ils ont tendance à garder le même toute l’année, dit Mme Leduc. Je leur dis : “Okay, vous pouvez garder votre coin, mais pas de salade sur le plancher” », illustre-t-elle.

Une pelure de clémentine et une boîte de jus en carton traînaient tout de même dans un couloir après l’heure du repas, a pu constater Le Journal lors de sa visite.

Cette façon de pallier le manque d’espace donne du fil à retordre au concierge, qui trouve des détritus sur tous les étages, avoue Mme Leduc.

« Il faut verrouiller les casiers vides, sinon on retrouve de la bouffe dedans. »

Encore plus bientôt

L’école Sophie-Barat, qui compte 1570 élèves répartis dans deux bâtiments, pourrait recevoir 272 jeunes de plus d’ici cinq ans.

En raison d’un boom démographique et de l’immigration, Ahuntsic-Cartierville est un secteur de Montréal où beaucoup d’écoles primaires ont été agrandies dans les dernières années, accueillant des élèves qui entreront bientôt au secondaire.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) espère donc recevoir le financement du ministère pour agrandir deux de ses écoles, dont Sophie-Barat.

La direction de l’école Saint-Laurent a fait installer des flèches au sol pour que la circulation soit plus fluide.
Photo Agence QMI, Philippe-Olivier Contant
La direction de l’école Saint-Laurent a fait installer des flèches au sol pour que la circulation soit plus fluide.

D’ici 2027, le ministère de l’Éducation ne prévoit pourtant aucune surpopulation dans les écoles de la plus importante commission scolaire du Québec.

« C’est à cause de notre grand nombre d’écoles et de la taille de notre territoire », dit la présidente Catherine Harel Bourdon.

Ainsi, il est possible qu’il y ait plus de places que d’élèves pour l’ensemble du territoire, mais les écoles de certains quartiers débordent bel et bien.

Il s’agit d’ailleurs d’une des grandes préoccupations des membres du comité de parents du secondaire de la CSDM, explique le commissaire parent, Marcel Lauzon.

Du côté des écoles privées, la surpopulation ne se fait pas sentir, car elles peuvent refuser des élèves. Mais il est possible que certaines soient bientôt forcées de repenser leur processus de sélection pour faire face à une hausse de la demande, indique Geneviève Beauvais, de la Fédération des établissements d’enseignement privé.

Le ministère de l’Éducation indique que les dossiers d’agrandissement sont en cours d’analyse et que les projets retenus seront bientôt annoncés.

 

EXPLOSION D’ÉLÈVES À MARGUERITE-BOURGEOYS

Nombre de places manquantes

  • 2019-2020: 187
  • 2020-2021: 964
  • 2021-2022: 1526
  • 2022-2023: 2090
  • 2023-2024: 2486
  • 2024-2025: 3046
  • 2025-2026: 3547
  • 2026-2027: 4134

Classes d’accueil à l’École Saint-Laurent

  • Septembre 2016: 8
  • Septembre 2017: 11
  • Février 2018: 17