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Jusqu’en Argentine à vélo pour contrer sa dépression

Il s’est arrêté au Texas quatre mois pour aider les sinistrés de l’ouragan Harvey

Jérôme Pilette est parti de chez ses parents, à Mascouche, en juillet. Il transporte près de 100 livres de bagages sur son vélo.
Photo courtoisie Jérôme Pilette est parti de chez ses parents, à Mascouche, en juillet. Il transporte près de 100 livres de bagages sur son vélo.

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Un Montréalais qui ne possédait presque aucune expérience en cyclisme a entrepris sur un coup de tête un voyage en vélo jusqu’en Argentine afin de lutter contre sa dépression.

« Avant mon départ, je pense que la plus grande distance que j’avais parcourue à vélo, c’était environ quatre kilomètres pour aller acheter des trucs en prévision de mon voyage », lance Jérôme Pilette.

L’homme de 34 ans est parti de chez ses parents à Mascouche en juillet dernier, alors que se terminait son plus récent contrat comme narrateur et que le bail de son appartement à Montréal arrivait à échéance. Après avoir vécu plusieurs périodes de dépression au cours des 15 dernières années, M. Pilette avait « besoin de changement », explique-t-il.

« Ça faisait longtemps que je rêvais de faire un voyage du genre, et j’avais envie de briser le pattern, raconte-t-il. J’avais le choix entre prendre mes économies et payer ma dette d’études, ou mettre ça dans un voyage... Et me voilà ! »

Jérôme Pilette s’est d’abord mis en route vers les États-Unis en passant par l’Ontario. Il a ensuite sillonné l’État de New York, la Pennsylvanie et l’Ohio, s’arrêtant sur son chemin pour dormir à la belle étoile ou pour passer la nuit chez de bons samaritains qui acceptaient de l’héberger.

Ouragan Harvey

Lorsqu’il a atteint le Kentucky à la fin du mois d’août, le voyageur a appris que l’ouragan Harvey venait de frapper le Texas. Comme la ville de Houston faisait déjà partie de son itinéraire, M. Pilette a décidé qu’il s’y arrêterait quelques jours pour donner un coup de main aux sinistrés.

« Pendant que j’étais en route vers Houston, je me demandais naïvement si les gens allaient encore avoir besoin d’aide quand j’arriverais, se souvient-il. En réalité, ils en ont pour au moins deux ou trois ans à avoir besoin d’aide. »

À son arrivée au Texas à la fin du mois d’octobre, le Québécois a en effet pu constater l’ampleur des dégâts provoqués par le plus puissant ouragan à frapper les États-Unis depuis 2005.

Prochain arrêt : le Mexique

Alors qu’il avait l’intention de demeurer sur place une dizaine de jours, Jérôme Pilette a finalement fait du bénévolat pendant deux mois à Houston et pendant deux autres mois à Aransas Pass. Il s’est joint à l’organisme All Hands and Hearts, qui vient en aide aux communautés touchées par des catastrophes naturelles.

« On enlève les débris sur les terrains, on retire les surfaces des maisons où la moisissure s’est installée et on désinfecte les lieux, indique-t-il. C’est très touchant d’entendre les histoires des gens. »

Cette semaine, M. Pilette devrait enfourcher son vélo à nouveau pour se diriger vers le Mexique, où l’organisme All Hands and Hearts a lancé un projet de construction d’écoles. Il compte toujours se rendre jusqu’en Argentine, mais ne se donne pas de date limite pour compléter son périple.

Pas un traitement, mais bénéfique quand même

Bien que partir en voyage ne représente pas un véritable remède contre la dépression, ce genre de projet personnel peut favoriser le rétablissement des personnes dépressives, selon une experte.

Idéalement, une personne atteinte de dépression devrait entreprendre un traitement tel qu’une psychothérapie ou une pharmacothérapie, indique d’emblée Janie Houle, professeure de psychologie à l’UQAM.

 

« Mais au-delà de ces traitements-là, la personne peut aussi poser elle-même des gestes qui peuvent lui permettre d’aller mieux, dit-elle. On appelle ça l’autogestion de la dépression, et c’est tout à fait encouragé. »

« Faire des activités agréables, durant lesquelles on se sent bien et qui nous font sentir que notre vie a un sens, ça ne peut qu’être positif », ajoute-t-elle.

Activité physique

Dans le cas de Jérôme Pilette, le fait de réaliser son périple à vélo risque également d’être bénéfique pour sa santé mentale, puisque « plusieurs études montrent un lien entre l’activité physique et la diminution des symptômes de la dépression », souligne Mme Houle.

Depuis son départ du Québec, M. Pilette affirme d’ailleurs avoir vu ses idées noires s’effacer peu à peu.

« Quand tu es sur un vélo toute la journée, ton seul but, c’est d’avancer. Il y a juste une direction, c’est vers l’avant. Ça, ça me fait du bien », explique-t-il.

« Et quand tu habites avec 50-60 personnes dans un gymnase, tu ne peux pas vraiment rester au lit et passer ta journée à déprimer ! » ajoute-t-il.

Partager son expérience

À son retour au Québec, il souhaite partager son expérience avec d’autres personnes souffrant de dépression.

« Je ne sais pas encore quelle forme ça va prendre, mais c’est mon but principal, dit-il. Parce qu’au Québec, je trouve que la prévention, ce n’est pas vraiment notre fort, surtout en ce qui a trait à la santé mentale. »


Pour suivre les aventures de Jérôme Pilette, on se rend sur son blogue au www.jeromepilette.com. Une campagne GoFundMe a aussi été lancée pour financer son voyage.