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Mélanie Joly livre la marchandise

Mélanie Joly
Photo d'archives, Agence QMI Mélanie Joly

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Depuis septembre, Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine, a été écorchée vive par les médias du Québec, les caricaturistes et les commentateurs politiques. Dans le reste du Canada, sa politique culturelle pour « un Canada créatif » a reçu un accueil assez favorable.

À quelques exceptions près, le milieu anglophone s’est réjoui des intentions de Netflix, qui a promis d’investir 500 millions de dollars sur cinq ans au Canada. S’agira-t-il d’œuvres canadiennes ou d’œuvres américaines produites ici, on n’en sait rien. Les francophones ayant jeté les hauts cris, la ministre Joly a obtenu que Netflix dépense 25 millions de dollars pour explorer les possibilités de notre marché francophone.

Cette entente semble fragile et assez obscure, mais elle n’est pas dénuée d’intérêt. Le refus obstiné d’Ottawa de ne taxer ni Netflix ni ses semblables du web a fait oublier les bons côtés de l’entente.

L’EXCEPTION CULTURELLE

Lors de sa conférence à la Chambre de commerce de Montréal, le 8 décembre, la ministre s’est montrée bon soldat et a défendu la position du premier ministre Trudeau et de son ministre des Finances. Très émue, elle a aussi fait son acte de foi dans la culture québécoise. Avec sa collègue Chrystia Freeland, elle a promis de se battre bec et ongles pour que soient respectés « l’exception culturelle » dans l’ALENA ou tout autre traité international de libre-échange.

Surprenant les observateurs politiques, Mélanie Joly a profité de sa tribune pour annoncer que son gouvernement compenserait la diminution du financement des distributeurs de télé au Fonds des médias. Le Fonds est constitué pour une partie importante par un pourcentage des revenus que tirent les distributeurs des services de télé. À mesure que les consommateurs se tournent vers les services de contournement en ligne, amputant leurs services de câble quand ils ne les abandonnent pas carrément, les distributeurs perçoivent moins de revenus.

De son côté, Ottawa investit 134 millions de dollars par an dans le Fonds des médias. Cet argent a permis à la télévision canadienne d’atteindre des niveaux de qualité comparables aux bonnes émissions étrangères. Il a aussi permis de conserver une masse critique d’emplois spécialisés bien rémunérés.

OTTAWA VA COMPENSER

Pour maintenir le Fonds des médias à un seuil viable, le ministre des Finances Bill Morneau a annoncé mardi que Patrimoine Canada investira 172 millions de plus sur cinq ans pour compenser le manque à gagner du Fonds. La somme devrait lui permettre de conserver son aide à l’industrie à peu près au niveau actuel.

Quelques ministres du Patrimoine ont marqué l’histoire récente de notre télévision. Sheila Copps, d’abord, qui fut à l’origine de la création du Fonds de télévision du Canada (ancêtre du Fonds des médias), Liza Frulla, qui a fait accepter le principe de l’exception culturelle, et James Moore, qui a créé le Fonds des médias et fait basculer notre culture dans l’ère numérique.

Même s’il lui reste beaucoup de pain sur la planche, notamment la refonte de nos deux lois sur la radiodiffusion et les télécommunications, la révision du droit d’auteur et du mandat de Radio-Canada, le fait que Mélanie Joly ait réussi à livrer la marchandise comme elle l’avait promis en décembre est de meilleur augure.

Elle n’a plus qu’à convaincre son gouvernement de taxer les produits de Netflix et des géants du web pour qu’on lui décerne une médaille d’or !