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Martine la pas fine

Martine Ouellet
Photo Boris Proulx En deux tentatives pour devenir chef, aucun collègue député de Martine Ouellet ne l’a appuyée

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Parmi les gens qui ont déjà eu l’occasion de travailler avec Martine Ouellet à Québec, il s’en trouve peu pour se surprendre de ce qui se passe au Bloc québécois.

Comme ministre des Ressources naturelles pendant dix-huit mois, trois directeurs se sont succédé à son cabinet. Tous ses sous-ministres et sous-ministres adjoints ont dû être remplacés au moins une fois. Il en fut de même au poste d’attaché de presse.

Une personne témoigne : «Elle faisait régner une ambiance de soumission dans le cabinet, à un tel point que personne ne voulait être pris en défaut, ce qui a créé une dynamique de “chacun pour soi”.» La ministre, à qui on reconnaît une intelligence fulgurante, ne se gênait pas pour qualifier de «pas bons» fonctionnaires, attachés politiques et même ses collègues du Conseil des ministres.

Intransigeance

Les histoires sont innombrables. Adjointes et fonctionnaires qu’on pousse jusqu’aux larmes; dossiers qui n’aboutissent jamais, par obstruction; rétention de documents réclamés par le Cabinet de la première ministre; projet de communiqué de presse brutalement rejeté par Ouellet, largement réécrit par elle, puis envoyé sans révision orthographique.

«Dès qu’elle mettait le pied au cabinet, l’ambiance s’alourdissait. On pouvait passer 12 heures à la croiser sans même qu’elle nous salue et puis, sans crier gare, elle atterrissait dans notre bureau pour faire sa crise», raconte encore l’ancien employé qui se reconnaissait en entendant le député Gabriel Ste-Marie évoquer l’intransigeance de son ancienne chef.

Avec pour résultat que pendant la course à la succession de Pauline Marois, plusieurs de ses anciens employés choisirent de s’impliquer avec d’autres candidats, contrairement à la coutume. De même, en deux tentatives pour devenir chef, aucun collègue député de Martine Ouellet ne l’a appuyée.

Respect

Autant d’informations qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe présentement au Bloc québécois. Il y a peut-être un conflit entre deux approches idéologiques qui ont pourtant toujours très bien cohabité dans ce parti. L’élément nouveau, c’est le style de gestion de Mme Ouellet.

Et non, il ne s’agit pas d’un traitement discriminatoire parce que la chef du Bloc québécois est une femme, comme ont maladroitement tenté de faire valoir certains de ses partisans. Les Pauline Marois, Véronique Hivon, Hélène David ou Michelle Courchesne de notre histoire politique récente n’ont jamais eu à s’expliquer pour de tels comportements.

L’automne dernier, deux candidats ont dû se désister lors d’une élection partielle parce qu’il était allégué qu’ils s’étaient adonnés à du harcèlement psychologique. Depuis, d’autres événements ont entraîné une discussion collective sur ce qui est acceptable ou pas dans le monde du travail.

Dans un tel contexte, il est surprenant qu’il se trouve encore des gens pour donner le Bon Dieu sans confession à Martine Ouellet. Certes, elle ne fait l’objet d’aucune plainte et le milieu politique est réputé pour être un secteur à haute tension.

Il demeure quand même que c’est difficile de susciter des loyautés quand on n’est pas capable d’offrir le respect en retour. Dans le contexte, ce n’est peut-être pas sa présence à la direction du Bloc que Martine Ouellet devrait remettre en question, mais bien son choix d’activité professionnelle.