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Un vrai ministre de l’Éducation

Quebec
Photo d'archives, Steven Leblanc Sébastien Proulx est l’antithèse des technocrates de son ministère.

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Sébastien Proulx a osé prendre sa plume pour mettre en mots sa vision de l’éducation et, ce faisant, il mérite notre reconnaissance.

Sébastien Proulx aime l’éducation. Il affectionne les enfants et les enseignants. Avec une candeur désarmante, il réfléchit sur notre avenir collectif en réussissant – fait rare – à se placer, lui, un ministre du gouvernement, au-dessus de la partisanerie politique.

Sébastien Proulx est l’antithèse des technocrates de son ministère. C’est un homme sans prétention qui possède une vision de l’éducation qui nous ramène à l’essentiel. Il prône le goût de l’effort à défaut duquel il est impossible d’accéder aux connaissances. Mine de rien, sa conception de l’éducation est une critique impitoyable du système scolaire québécois déconnecté de la réalité. Dans son petit essai, le ministre a les pieds bien ancrés dans la culture générale dont il fait l’éloge.

Halte aux idéologies

Le ministre Proulx balaie de la main les théories et les idéologies qui ont eu cours au Québec et qui ont pénalisé des générations de jeunes à qui l’on n’a pas su apprendre à lire et à écrire correctement. Des jeunes qui ont servi de cobayes. En effet, le Québec est une des rares sociétés où on a aboli durant des années les cours obligatoires d’histoire et de géographie en vertu du principe que les enfants n’ont pas une notion claire de lieu et de temps.

Le ministre réfute une autre théorie fumeuse imposée dans le système scolaire par les pédagogues technocrates sur les compétences qui prévaudraient sur les connaissances. Il écrit noir sur blanc qu’au contraire, c’est uniquement par les connaissances que l’on acquiert des compétences.

Il fait l’éloge de la qualité, un mot blasphématoire pour les idéologues du nivellement par le bas, dont Sébastien Proulx écrit « qu’il n’est jamais la solution ».

Pas étonnant alors qu’il s’en prenne au corporatisme syndical. À ce jour, seuls les syndicats d’enseignants définissent les règles pratiques et professionnelles des maîtres. Sébastien Proulx souhaiterait la création d’un véritable ordre professionnel dont les objectifs seraient essentiellement consacrés à l’amélioration des contenus de l’éducation. Les syndicats s’occuperaient, eux, des conditions de travail et des négociations salariales.

Corps d’élite

Sébastien Proulx croit à l’évaluation des enseignants, ce que refusent, on le sait, les syndicats. « Il faut valoriser les meilleurs professeurs », écrit-il. Et il rêve de professeurs plus diplômés, plus cultivés. En clair, sans écrire le mot si honni au Québec, il rêve d’un corps d’élite au sein du système d’éducation.

Sébastien Proulx n’est pas dépourvu de préoccupations esthétiques. Il imagine l’aménagement d’écoles accueillantes, lumineuses, où les enfants les plus défavorisés auraient plaisir à se retrouver. Hélas, hier Le Journal faisait sa manchette au sujet d’une école secondaire surpeuplée où les jeunes mangent carrément par terre, faute de lieu adéquat.

Le ministre trouvera ses critiques. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas être touché par ce petit ouvrage signé par un honnête homme sans visée électoraliste, habité par une foi dans l’éducation, cette voie royale vers la liberté.