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Elle s’appelait Mélanie

<i>Un livre sur Mélanie Cabay</i></br>
François Blais</br>
Éd. de L’instant même, 127 pages 2018
Photo courtoisie Un livre sur Mélanie Cabay
François Blais
Éd. de L’instant même, 127 pages 2018

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Si on interrogeait les gens, on apprendrait sans doute que plusieurs ont gardé en eux, bien enfoui, un fait divers jamais oublié. C’est le cas de François Blais et, pour lui, ce drame s’appelle Mélanie Cabay.

Mélanie est morte en juin 1994, assassinée à 19 ans, et son meurtrier n’a jamais été retrouvé. François Blais ne la connaissait que par sa photo dans le journal. Et pourtant, du haut de ses 20 ans, il s’était fait une promesse. « C’est niaiseux, je sais, mais depuis l’été 1994, j’ai décidé qu’il était important que je n’oublie jamais Mélanie Cabay. »

Pourquoi elle plus qu’une autre ? Il y a toujours eu un grand nombre de jeunes filles disparues, qu’on viole puis qu’on tue impunément – les communautés autochtones en ont même fait une bataille. Mais cette Mélanie-là était si jolie, et elle avait, comme lui à l’époque, l’âge de la désinvolture, des premières amours, des amis avec qui déconner. C’était sa sœur, ses blondes...

Indignation

Devenu écrivain, prolifique de surcroît, Blais s’est d’abord vu comme un Gil Courtemanche écrivant un pavé sur une tragédie du quotidien : « dessiner ton portrait autrement qu’en victime de meurtre », comme il dit en s’adressant à la jeune fille.

Mais son projet prendra une autre voie, plus modeste, plus intime, finalement touchante.

Il la connaît trop peu, cette Mélanie, pour broder un roman. Son seul signe particulier, c’est qu’elle est la petite-fille d’un comédien puis auteur que tout le Québec a un jour connu : Marcel Cabay, qui signait les téléromans à succès Les Berger puis Le clan Beaulieu. Rien d’autre ne la distingue, si ce n’est sa douceur et sa gentillesse, soulignées par tout son entourage. Sauf qu’aujourd’hui, son entourage ne veut plus parler. C’est si loin et ça fait toujours mal.

C’est cette blessure que François Blais saura nous faire ressentir. Comment peut-on mourir à 19 ans, quand on sort d’une soirée chez des amis, qu’on rentre chez soi, qu’on n’a pas d’ennemis, qu’on est même une fille prudente ? Comment peut-on être violée, battue, étranglée alors que c’est l’été, que la jeunesse s’amuse, et que le monde vit des drames d’une tout autre ampleur ?

Et comment, quand on prend la peine de s’y arrêter, ne pas être étonné de la mollesse avec laquelle l’enquête policière sera menée ? Il y a eu Mélanie Cabay, mais aussi Marie-Claude Côté, Chantal Brochu, Hélène Monast, Sharon Prior, Louise Camirand, et bien d’autres encore, toutes sauvagement assassinées. Vraiment, on ne peut établir aucun lien entre toutes ces affaires-là ? L’écrivain, lui, s’y lance.

Et en mêlant ainsi une mise en contexte personnelle à un regard vif sur le drame d’un été, François Blais saura nous faire partager son indignation et sa tristesse. Son récit, du coup, sonne comme un hommage et surtout un appel : quand prendra-t-on vraiment au sérieux les maniaques qui rôdent autour des jeunes filles ?