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Le Bloc est devenu une secte

CONFÉRENCE DE PRESSE MARTINE OUELLET - CHEFFERIE PQ
Photo Ben Pelosse Martine Ouellet et Mario Beaulieu (à droite) en mai 2016.

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Quelles sont les caractéristiques habituelles d’une secte ?

C’est un petit nombre de gens, et l’autorité du chef y est absolue.

Les plus fidèles forment sa garde prétorienne. L’organisation est ultra-centralisée.

La loyauté est imposée au moyen d’une pression psychologique intense et malsaine.

On s’isole progressivement en se convainquant qu’à l’extérieur de la secte, il n’y a que des méchants, des faibles ou des impurs.

Monde parallèle

Il y a beaucoup de cela dans ce que le Bloc est devenu.

D’abord, le nombre.

Mario Beaulieu fut élu chef, en 2014, en recueillant autour de... 6000 votes à la grandeur du Québec.

Après lui, Martine Ouellet est devenue cheffe sans affronter d’adversaire. Elle a ramassé une coquille largement vidée de sa substance.

Ensuite, la garde prétorienne.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les instances officielles du parti, noyautées par ses fidèles, continuent à soutenir Mme Ouellet.

Puis, les méthodes.

Dès que les sept députés ont démissionné, on leur a coupé l’accès à la liste des membres de leur circonscription.

Sur le climat étouffant et tendu que Mme Ouellet a fait régner partout où elle est passée, la chronique publiée hier par Claude Villeneuve est édifiante.

Dans une secte, il n’y a qu’un sentier lumineux, celui du chef.

Dès que Mario Beaulieu devient chef, sa première déclaration consiste à « planter » Gilles Duceppe, leader de premier plan pendant 14 ans, en disant que le temps de « l’attentisme » et du « défaitisme » était terminé.

Un soleil radieux venait de se lever.

Sur le rapport au réel, croire que l’on va rallumer la flamme souverainiste en psalmodiant « je veux un pays, je veux un pays, je veux un pays » révèle une déconnexion que la psychologie éclaire mieux que la science politique.

Les sectes durent parfois longtemps, car les gens raisonnables, ceux qui voient que tout cela est fou raide, s’en tiennent éloignés.

Ici encore, combien de souverainistes raisonnables et modérés avaient envie de rejoindre ce que le Bloc est devenu depuis le départ de Gilles Duceppe ?

Et quel souverainiste raisonnable et modéré voudrait aujourd’hui s’atteler à sa reconstruction ?

Fini

Pire, tout cela survient au moment où le PQ tente de se redresser. Inévitablement, il subit des dommages collatéraux.

Mais justement, le propre des sectes, c’est qu’on méprise ce qui se passe à l’extérieur de la bulle.

Pire que pire, cette crise éclate au moment où les intérêts du Québec n’ont jamais été aussi peu défendus dans un Canada tombé entre les mains d’un idéologue immature et fantasque.

J’étais présent lors de la fondation du Bloc, le 15 juin 1991, et cela me fend le cœur de voir cela.

Ce Bloc est-il récupérable ? Non. Et c’est tout le Québec qui s’en trouve affaibli.