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Leçon de courage

Amputé de la main gauche, Shaquem Griffin se rapproche de la NFL

Shaquem Griffin a fait son chemin vers la NFL même s’il a subi l’amputation de la main gauche à quatre ans. Il cogne aujourd’hui à la porte de son rêve.
Photo d’archives, AFP Shaquem Griffin a fait son chemin vers la NFL même s’il a subi l’amputation de la main gauche à quatre ans. Il cogne aujourd’hui à la porte de son rêve.

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INDIANAPOLIS | Toute sa vie, Shaquem Griffin n’a pas bronché en se faisant inlassablement répéter qu’il était impossible de jouer au football avec une seule main. Il a plutôt confondu les sceptiques de son enfance jusqu’à l’université. Voilà que l’improbable rêve de la NFL devient plus que jamais accessible.

Le secondeur a fait sensation, samedi, au Combine de la NFL à Indianapolis, en complétant 20 répétitions de 225 livres au développé couché (bench press). Jusque-là, pour tout espoir aspirant à la grande ligue, rien de si extraordinaire ou anormal.

Là où la réussite de Griffin est remarquable, c’est qu’à quatre ans, il a dû subir l’amputation de la main gauche. Minés par le syndrome des brides amniotiques, ses doigts ne se développaient pas et la douleur devenait insoutenable. La seule solution qui s’imposait, aussi draconienne qu’irrévocable, était l’amputation.

Son frère jumeau Shaquill, demi de coin repêché l’an dernier en troisième ronde par les Seahawks, n’a pas eu cette déveine.

Les deux inséparables, tout jeunes, ont alors scellé un pacte : ils joueraient tous les deux au football, toujours dans les mêmes programmes. Shaquem, malgré son handicap, l’a toujours suivi.

« Les questions à mon sujet sont là depuis que j’ai commencé à jouer au football. À chaque niveau, j’ai dû faire taire mes détracteurs et je n’ai jamais eu de problème à le faire », a-t-il noté, samedi, après son exploit.

Parcours inspirant

Lorsque son frangin Shaquill a été recruté par Central Florida (UCF), il a posé avec cran une condition non négociable : son frère Shaquem devait le suivre.

L’équipe a accepté, mais Shaquem a vite compris qu’il devrait encore et toujours faire ses preuves. Pendant trois ans, il n’a que très peu vu de terrain.

Puis, en 2016, sa patience a été récompensée. Grâce à 92 plaqués (dont 20 pour des pertes), 11,5 sacs du quart et une interception, il était catapulté vers le titre de joueur défensif de l’année dans sa conférence.

L’automne dernier, il a de nouveau brillé, mais à l’approche du repêchage de la NFL, les doutes ne se sont aucunement estompés à son sujet. Si bien qu’il a reçu une invitation tardive pour le Combine, à force de pression.

« Les gens entretiendront toujours des doutes à mon sujet, mais je suis à une étape plus près de tout ce que je peux accomplir. Je ne me retrouverai jamais un jour à me dire que je n’ai pas assez mis d’effort », a-t-il dit.

Pas de limite

La prestation de samedi, qu’il a pu réussir avec une prothèse, aura eu le mérite de faire écarquiller les yeux des détracteurs. Mais pas ceux de Shaquem Griffin.

« Personnellement, je ne suis pas impressionné. Je sais ce dont je suis capable. Les gens me demandent depuis toujours comment je peux jouer au football avec une seule main. Ça m’importe peu et tu ne peux pas passer ta vie à t’imposer des limites à ce que tu peux faire, peu importe que tu aies une main ou 30 mains », a-t-il tranché.

Le gourou du repêchage, l’analyste Mike Mayock, a résumé avec justesse à quel point il est temps que les perceptions changent au sujet de Griffin, lorsqu’il a rencontré les médias en fin de journée.

« Oubliez sa déformation. Ce gars-là est bien plus qu’une belle histoire, il est un authentique joueur de la NFL. Il donne de l’énergie à tout le monde autour de lui. »

 

CHANGEMENT DE POSITION ?

Griffin ouvert à tout

Avec sa charpente d’un peu plus de 220 livres, Shaquem Griffin est conscient qu’il n’a pas le gabarit typique d’un secondeur dans la NFL. D’aucuns croient qu’il sera appelé à être transformé en demi défensif au prochain niveau. Cette possibilité ne le contrarie pas. « J’ai joué comme demi défensif pendant la majeure partie de ma vie, donc je ne vois pas de problème si on me demande de changer de position. Ce que j’ai envie de dire aux équipes, c’est que peu importe où elles ont besoin d’aide, c’est là que je jouerai. L’équipe qui misera sur moi obtiendra un joueur dont le moteur n’arrête jamais, qui fournit toujours un effort maximal », a affirmé l’inspiration du jour.

 

JOUEURS DÉFENSIFS

Chubb prêt pour Brady

L’ailier défensif Bradley Chubb (Caroline du Nord) risque fort de devenir le premier joueur repêché en défensive. Les équipes accordent énormément de valeur aux joueurs capables de pourchasser le quart-arrière, et Chubb est actuellement perçu comme le meilleur de la cuvée actuelle à cet effet. Devant les médias, samedi, il n’a pas mis de temps à afficher ses couleurs. « Je crois que je suis le meilleur joueur de ce repêchage. J’évolue à une position clé où tu dois pourchasser le joueur le plus important de l’autre équipe. Je veux toujours m’attaquer aux meilleurs, donc je dirais que j’espère attraper Tom Brady pour un sac. Quand tu attrapes le meilleur, c’est que tu as fait quelque chose de bien », a-t-il souri.

 

QUARTS-ARRIÈRE

Le « buzz » Josh Allen

Les quarts-arrière étaient à l’œuvre samedi dans le cadre des différents tests physiques et, sans trop de surprise, Josh Allen (Wyoming) a retenu l’attention. Sans surprise, parce qu’il était prévisible qu’avec un bras canon comme le sien, il allait faire flotter les bombes à gauche et à droite, ce qu’il a d’ailleurs réussi avec aisance. Chez Allen, c’est plus en situation de match qu’il faudra prouver sa valeur. Il n’a complété que 56 % de ses passes sur la scène universitaire, face à une relativement faible opposition. Le fait qu’il soit un spécimen athlétique retient inévitablement l’attention, mais le dilemme demeure entier.