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Les partis ne meurent pas, ils agonisent

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Le chef et la vice-chef du Parti Québécois avec Jean-Martin Aussant, lors de son retour.

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Dans le monde politique québécois, où les plaques tectoniques semblent bouger, il arrive souvent qu’on annonce la mort d’un parti politique aux prochaines élections. Or, c’est rare que le sort se montre aussi clément.

Les partis politiques ne meurent pas, pas subitement en tout cas. S’il arrive qu’ils disparaissent, c’est généralement au terme d’une longue agonie.

Prenez juste le cas de l’Union nationale. Ayant dominé le paysage politique pendant presque deux décennies, elle arrive à reprendre le pouvoir pour un seul mandat, en 1966. Par la suite, elle vivote. 27 comtés en 1970, puis aucun en 1973. Sursaut en 1976 avec 11 députés, puis disparition de l’Assemblée nationale en 1981, alors que son chef, Rodrigue Biron, se fait plutôt élire sous la bannière du Parti québécois !

Finalement, c’est en 1988 que l’Union nationale apparaîtra une dernière fois sur les bulletins de vote, à l’occasion d’une élection partielle. Le déclin se sera étiré sur près de 20 ans.

Cercle vicieux

Du côté du Parti québécois, on y pense ces temps-ci, quand on regarde ce qui se passe à Ottawa. Pourrait-on connaître le même sort que le Bloc québécois ?

Ça se passe de la façon suivante. À chaque déconvenue électorale, les militants plus pragmatiques se démobilisent. Ceux qui restent sont alors nécessairement plus radicaux, d’autant plus convaincus de leur bien-fondé après avoir vu les « carriéristes » s’en aller.

C’est ce qui se passe au Bloc. Les députés, en contact avec le « vrai monde » qui vient à leur bureau de circonscription pour régler ses problèmes avec le chômage ou l’immigration, se rendent bien compte que les priorités des gens ne sont pas les mêmes que celles de leurs militants. D’où la rupture entre un caucus les deux pieds dans la réalité et des activistes dépourvus de vie sociale qui pensent que tous les problèmes se règlent par l’indépendance.

S’ensuit un cercle vicieux qui empêche de relancer un parti toujours plus éloigné des préoccupations des gens, condamné à faire la route inverse d’un parti en croissance, qui va en se modérant pour ajouter toujours plus de gens. Québec solidaire en fera la découverte bien assez tôt. Ou pas.

Radicalisme compensatoire

Déjà qu’il compose avec un lent déclin depuis 1995, le Parti québécois aura encore plus de difficultés à se relever si la légère progression qu’on constate dans le sondage de ce matin ne s’affirmait pas d’ici aux prochaines élections. Voyant le pays s’éloigner encore, ses militants pourraient se réfugier dans une forme de radicalisme compensatoire, pour reprendre une expression de Mathieu Bock-Côté. « Ça va plus mal que jamais, alors croyons-y plus ! »

C’est pour ça qu’on est nerveux, du côté du PQ, où on estime connaître une bonne saison politique, jusqu’ici. Parce qu’un éventuel retour de Martine Ouellet et une défaite de Jean-Martin Aussant face à Maxime Laporte, un candidat proche du bloquiste Mario Beaulieu, pourraient mettre la table à une radicalisation irréversible.

Il n’existe donc pas vraiment de scénario où, suivant les prochaines élections, le Parti québécois se retrouvera complètement oblitéré. Soit il connaîtra un retour en grâce, soit il entrera dans une longue phase d’agonie.

Ceux qui prient pour sa disparition se diront peut-être que, après tout, c’est beaucoup plus rigolo de faire durer le supplice.