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Revisiter la tragédie des expropriations

Maureen Martineau
Photo courtoisie Maureen Martineau

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Dans La ville allumette, quatrième volet des enquêtes de Judith Allison, la romancière Maureen Martineau a fait un retour sur la ville qui l’a vue grandir, Hull, et sur les milliers de maisons modestes qui ont été jetées par terre à la fin des années 60 pour faire de la place aux bâtiments d’envergure. Elle revisite le thème... en scrutant l’âme d’un terroriste écologique.

L’activiste Jacob Lebleu, un fugitif traqué, prépare activement des attentats contre Jean-Marc Courville, un promoteur immobilier qui planifie des projets mégalomanes. L’homme d’affaires sans scrupule a dans sa mire l’île de Hull et la dernière « maison allumette » de la rue Falardeau, épargnée par les grues de son père en 1969.

Lebleu, natif de la région, a encore la grande expropriation sur le cœur : cette année-là, près de 6000 résidents aux moyens modestes n’avaient pas été épargnés.

Judith Allison, de passage à Ottawa pour suivre un cours spécialisé sur le contre-terrorisme de la GRC, ne se doute pas que son séjour va se transformer en nouvelle enquête, qui la conduira aux confins du territoire, dans le lointain Nunavik.

Les « maisons allumettes »

Maureen Martineau s’est inspirée de la grande expropriation des fameuses « maisons allumettes » pour construire son nouveau roman. C’est un sujet qu’elle connaît bien. « J’ai grandi à Hull et j’ai demeuré là jusque dans les années 1970. »

Elle rêvait depuis longtemps de construire une intrigue policière qui allait se passer à Gatineau pour revisiter cet endroit.

Envoyer Judith Allison en stage à Ottawa était l’occasion parfaite. « Elle va séjourner chez sa sœur qui habite à Wakefield. C’était une occasion de parler de Gatineau, de jeter un regard d’aujourd’hui sur cette ville et sur son passé. »

Cette intention l’a fait réfléchir sur les raisons qui l’avaient poussée à quitter Gatineau. « Il y a eu quelque chose de très marquant, quand il y a eu la grande expropriation de Hull : toute ma famille habitait le centre-ville. Ç’a été une tragédie, au niveau urbain et pour ces gens qui ont dû partir de leur quartier, qui a été complètement défiguré. Et la raison ? C’était parce que les élites politiques de l’époque – entre autres Trudeau, qui était au fédéral – ont voulu faire de Hull-Ottawa la région de la Capitale-Nationale, en attachant Hull à Ottawa. Ils ont exproprié pour construire des édifices pour les fonctionnaires fédéraux. »

« Ç’a été une invasion... et une bataille perdue », poursuit-elle. « Les gens pensaient que c’était pour être de la rénovation urbaine. Il y avait des taudis. C’est vrai que Hull faisait dur. Mais les gens voulaient rester là : ils voulaient de l’argent pour rénover les maisons et remettre les routes et les égouts en état. Mais ils se sont fait avoir. Ç’a été un moment très dur dans l’histoire de la ville de Hull. Je ne voyais pas mon avenir là et j’ai fui Hull à cause de ça. »

Maureen Martineau n’était jamais revenue sur ces événements. « Mais comme maintenant j’écris des romans policiers, je me suis dit : je vais retourner à Hull, et je vais trouver l’intrigue policière qui me permettra de revisiter les expropriations. Et en me documentant, je me suis aperçue que la bataille a repris, au centre-ville, dans le quartier historique de Hull. »


Maureen Martineau
Photo courtoisie
  • Maureen Martineau a été comédienne, auteure de théâtre et metteure en scène avant de se tourner vers l’écriture.
  • Son premier polar, publié en 2012, a remporté le prix d’excellence du CALQ.
  • Son deuxième polar, L’enfant promis, a reçu le prix Arthur-Ellis du meilleur roman policier francophone au Canada.