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Sébastien Toutant roi de la planche à neige

Le planchiste Sébastien Toutant, médaille d’or olympique au cou, pose sur le belvédère de la rue Summit Circle sur le mont Royal, un endroit où il a tourné de spectaculaires vidéos qui ont aidé à bâtir sa réputation à l’échelle internationale.
Photo Chantal Poirier Le planchiste Sébastien Toutant, médaille d’or olympique au cou, pose sur le belvédère de la rue Summit Circle sur le mont Royal, un endroit où il a tourné de spectaculaires vidéos qui ont aidé à bâtir sa réputation à l’échelle internationale.

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Il y a longtemps que Sébastien Toutant est une vedette dans le monde de la planche à neige. À 13 ans, il faisait déjà la barbe aux professionnels de la discipline en remportant la compétition internationale Shakedown, présentée au mont Saint-Sauveur.

Il s’est ensuite illustré avec des triomphes aux « X Games » et au « US Open ». Mais ce que le jeune homme originaire de L’Assomption expérimente comme sensation depuis son retour au Québec, après avoir décroché la médaille d’or dans l’épreuve de grand saut (big air) aux Jeux olympiques de Pyeongchang, dépasse tout ce qu’il a pu vivre dans sa carrière.

Les médias se l’arrachent littéralement (même Justin Trudeau, un amateur de surf des neiges, a tenu à le féliciter au cours des derniers jours) et Toutant manque de temps pour répondre à toutes les demandes. On a toutefois eu l’occasion de passer une heure en sa compagnie, jeudi, sur le mont Royal.

Il s’agit d’ailleurs de l’un de ses terrains de jeu préférés, là où Toutant a tourné de spectaculaires vidéos montrant ses prouesses en snowboard à divers endroits dans le vaste parc. Des vidéos qui ont été visionnées 2,5 millions de fois depuis et qui font le bonheur de ses commanditaires.

On peut préciser que celui qu’on surnomme « Seb Toots » est suivi par un demi-million de gens sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Instagram.

Magique

« Les gens capotent. Ils veulent que je leur montre cette médaille d’or olympique. Je pense que je ne pourrai plus marcher dans les rues à L’Assomption ou à Repentigny (où il réside maintenant) sans me faire arrêter par des passants ! » a lancé en souriant le populaire planchiste de 25 ans.

« Lorsque j’étais en Corée du Sud, je ne réalisais pas toute l’ampleur occasionnée par cette victoire. C’est magique d’être sacré champion olympique, a ajouté Toutant. Il n’y a rien de plus prestigieux au monde. On essaie de gagner la compétition pour sa satisfaction personnelle, mais aussi pour faire honneur au pays. C’est spécial. »

Sa conquête de la médaille d’or au grand saut, vendredi dernier, a été l’épreuve qui a obtenu les meilleures cotes d’écoute sur les ondes de Radio-Canada durant toute la durée des Jeux, soit une pointe de 1 080 000 téléspectateurs entre 21 h 15 et 21 h 30.

« Je ne suis pas vraiment surpris, a dit Toutant. Les épreuves de slopestyle et de big air sont fort spectaculaires, et les gens aiment ça. Tout le monde peut faire de la planche à neige sur nos pentes au Québec. »

Un vent de renouveau

Il est d’avis que le CIO a bien fait de rajeunir l’image des Jeux olympiques en y introduisant de nouveaux sports.

« Pour les spectateurs et téléspectateurs, c’est un sport qui est rafraîchissant à regarder. Ça apporte une nouvelle saveur aux Jeux, une touche plus moderne. Je suis fier d’être le premier médaillé d’or dans l’épreuve de big air dans l’histoire des Jeux olympiques et j’espère que cela aura comme effet de populariser davantage mon sport au Québec », a poursuivi Toutant.

Il a de bonnes raisons de savourer son triomphe à Pyeongchang. « C’est spécial lorsque je pense que je n’étais même pas certain de pouvoir participer aux épreuves en raison de maux de dos (un disque compressé) qui m’ont forcé à l’inactivité durant une bonne partie de l’hiver. Un mois avant le début des Jeux, je n’étais même pas de retour sur ma planche. Il a fallu que je trime dur au gymnase pour me débarrasser de ces malaises à temps pour le début des Jeux. »

Une déception transformée en motivation

On s’attendait à voir Toutant sur le podium dans l’épreuve du slopestyle. Identifié comme l’un des grands favoris, il a dû se contenter d’une 11e position en raison d’un atterrissage raté de son triple cork, pendant que Max Parrot, de Bromont, récoltait une médaille d’argent devant son compatriote Mark McMorris.

« Ce fut une amère déception. Ça m’a toutefois doublement motivé à me racheter en finale du big air, et tout a bien fonctionné. Ça rend la récolte de la médaille d’or encore plus valorisante à mes yeux. »

Toutant est toujours heureux de se retrouver sur le mont Royal. « Nous sommes privilégiés d’avoir une aussi belle montagne au centre-ville, et je trouve que l’endroit pourrait servir davantage à la pratique des sports. Je verrais bien un petit remonte-pente pour permettre aux amateurs d’effectuer des descentes en snowboard lorsque la neige est belle... »

 

Une passion à transmettre

Sébastien Toutant est devenu à Pyeongchang le premier médaillé d’or du Big Air, une nouvelle discipline aux Jeux olympiques.
Photo d'archives, AFP
Sébastien Toutant est devenu à Pyeongchang le premier médaillé d’or du Big Air, une nouvelle discipline aux Jeux olympiques.

On a profité de cette rencontre avec le médaillé d’or olympique Sébastien Toutant pour aborder divers sujets avec le jeune homme, âgé de 25 ans, qu’on vous présente sous forme de questions-réponses.

Comment perçois-tu la suite de ta carrière ?

 « Je fais de la compétition en snowboard depuis l’âge de 12 ans et je ne vois pas le jour où tout va s’arrêter. Bien sûr que j’ai subi un bon nombre de blessures depuis mes débuts, dont une commotion cérébrale il y a un an, mais je dirais qu’elles m’ont aidé à devenir un meilleur planchiste. J’entends continuer le plus longtemps possible parce que de me retrouver sur une planche à neige est une passion pour moi. Je vais possiblement me consacrer davantage à la production de films et de vidéos lorsque je serai plus âgé. Je travaille d’ailleurs sur un projet de film pour l’année prochaine, question de pouvoir montrer toutes les facettes de mon sport aux futurs adeptes. Je me servirai de mon esprit créatif et de ma touche personnelle pour leur donner l’envie de faire de la planche à neige. Le fait d’être médaillé d’or olympique m’apporte une plus grande reconnaissance et j’entends bien m’en servir pour la bonne cause du sport. »

Est-ce difficile de garder les pieds sur terre lorsqu’on est jeune, riche et populaire ?

« J’ai la chance d’être bien entouré et conseillé, d’être proche de ma famille. Je suis toujours resté le même gars, qui aime s’amuser en faisant du snowboard. J’ai appris qu’il y a des choses auxquelles il faut faire attention, notamment à ce que je peux rédiger sur les réseaux sociaux. Je me suis d’ailleurs excusé au sujet d’une remarque que j’ai faite sur Twitter au sujet d’Air Canada lors du vol de retour de Pyeongchang. En leur adressant des reproches à propos des sièges réservés aux athlètes, j’ai réagi sous le coup de la fatigue. Ce fut une erreur et j’ai vite retiré ce message. »

Max Parrot est lui aussi une grande vedette dans le monde du snowboard. Quel genre de relation as-tu avec lui ?

« Nous sommes différents, mais on se respecte mutuellement. Max est davantage dans sa bulle, bien concentré sur ses affaires, alors que je suis plus du genre extroverti, qui aime parler avec les gens. Nous voulons tous deux gagner, mais nous pouvons aussi être de bons perdants ! »

Tu connais bien Mikaël Kingsbury. Que penses-tu de sa domination dans la discipline des bosses ?

« C’est impressionnant ce que Mikaël a accompli au fil des années, lui qui a deux médailles olympiques et qui détient tous les records sur le circuit de la Coupe du monde. C’est un gars créatif, qui n’hésite pas à essayer des sauts plus difficiles. Je lui souhaite que son sport devienne plus accessible aux jeunes et qu’il soit plus souvent présenté à la télévision. »

Y a-t-il des athlètes dans d’autres sports que tu admires ?

« Je connais Erik Guay puisque nous avons le même commanditaire [Red Bull]. C’est un grand skieur et il est dommage qu’une blessure au dos l’ait empêché de participer aux épreuves à Pyeongchang, car il ne lui manque qu’une médaille olympique à son palmarès. J’ai eu la chance de rencontrer le patineur de vitesse Charles Hamelin. J’ai beaucoup de respect pour les athlètes qui travaillent très fort durant quatre ans dans l’espoir de triompher ou de monter sur le podium aux Jeux olympiques. Je suis chanceux que dans notre sport, on ne dépend pas de nos résultats aux Jeux olympiques pour bien gagner notre vie. »

Tu as choisi d’abandonner tes études à un très jeune âge. Est-ce que ce fut difficile de convaincre tes parents de prendre une telle décision ?

 « Ayant eu du succès rapidement dans les rangs professionnels, j’éprouvais de la difficulté à concilier études et carrière sportive. J’ai donc dû abandonner mes études avant d’avoir complété mon secondaire 5. Bien sûr, je sais fort bien que les études, c’est important. J’encourage les jeunes à les poursuivre le plus longtemps possible. J’avais de bonnes notes à l’école, mais j’ai dû faire un choix. J’ai préféré consacrer toutes mes énergies à ma carrière et je ne serais pas champion olympique aujourd’hui si je n’avais pas pris cette décision à l’époque. »

 

De l’or qui ouvre des portes

Il y a longtemps que Sébastien Toutant est une vedette dans le monde de la planche à neige. À 13 ans, il faisait déjà la barbe aux professionnels de la discipline en remportant la compétition internationale Shakedown, présentée au mont Saint-Sauveur.
Photo courtoisie Louis-Philippe Lapierre
Il y a longtemps que Sébastien Toutant est une vedette dans le monde de la planche à neige. À 13 ans, il faisait déjà la barbe aux professionnels de la discipline en remportant la compétition internationale Shakedown, présentée au mont Saint-Sauveur.

Après une tournée médiatique à Montréal et à Toronto, Sébastien Toutant n’aura pas beaucoup de temps pour descendre de son nuage puisqu’il se dirigera dès demain vers Vail, au Colorado, afin de participer au US Open, où le gagnant de l’épreuve de slopestyle aura droit à une bourse de 50 000 $.

Toutant est conscient que les gens de Québec sont déçus de sa décision de ne pas participer à l’épreuve de big air dans le cadre des finales de la Coupe du monde FIS, du 22 au 25 mars.

« Le US Open est la plus vieille compétition de snowboard du monde et je me devais d’y participer. J’ai ensuite plusieurs engagements à respecter avec mes commanditaires avant de pouvoir relaxer quelques jours sur les pentes en cette fin de saison, a expliqué Toutant. Je suis allé à Stoneham l’an dernier, où j’ai gagné la compétition en slopestyle dans le cadre du Jamboree de la Coupe du monde. J’aurai l’occasion de me reprendre. »

Il souhaite de tout cœur que l’événement Shakedown puisse revenir un jour au Québec. Cette compétition internationale à laquelle se mêlaient amateurs et professionnels a connu un grand succès durant 14 ans au Sommet Saint-Sauveur, avant d’être abandonnée il y a deux ans en raison d’un manque d’appuis financiers.

« Il n’y a plus de compétition internationale de ce genre dans l’est de l’Amérique du Nord depuis, et c’est fort regrettable », a dit Toutant.

Millionnaire grâce à son sport

Millionnaire depuis un bon moment déjà, Toutant a des contrats importants avec des commanditaires comme Red Bull, Oakley et O’Neill, et il a bon espoir que la conquête d’une médaille d’or aux Jeux olympiques lui permettra d’en ajouter quelques-uns qui ne sont pas nécessairement associés à son sport.

Son agent est l’Américain Jaimeson Keegan, de Seattle. Ils travaillent ensemble depuis 10 ans. Au Québec, Josianne Bétit s’occupe de l’aspect des communications. Disons qu’elle a eu une semaine fort occupée !

« Je crois que l’or olympique peut m’ouvrir des portes, a raconté le volubile et affable athlète, qui n’aime pas parler de ses gains annuels. Le snowboard est un sport accessible, facile à pratiquer, et je suis la preuve qu’on peut exceller sur la scène internationale, même en ayant fait nos débuts sur de petites montagnes au Québec. »

Toutant retourne toujours avec plaisir, une fois ou deux par année, à la station de ski Val Saint-Côme, là où tout a commencé pour lui.

 

... Son curriculum

Sébastien Toutant est né le 9 novembre 1992 à L’Assomption. Il réside à Repentigny ; sa conjointe se prénomme Marie-Lou. Il adore les chiens, chérissant sa belle Ally, une chienne de race pomsky âgée de deux ans et demi. Il affiche d’ailleurs sur son compte Facebook une photo d’Ally avec la médaille d’or autour du cou.

Autres sports pratiqués :

  • Motocross, surf, skateboard, golf.

Principaux résultats sur la scène internationale :

  • Médaillé d’or dans l’épreuve de big air en planche à neige aux Jeux olympiques de Pyeongchang
  • 11e position dans l’épreuve de slopestyle à ces Jeux
  • 9e position en slopestyle aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014
  • 7 fois médaillé aux « X Games »
  • 3 fois médaillé au « US Open » de snowboard
  • 4 fois la compétition internationale Shakedown au Mont Saint-Sauveur (2006, 2009, 2011, 2012)

Principaux commanditaires :

  • Red Bull, Oakley, O’Neill

► @sebtoots


►  facebook.com/SebToutant