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Sous le signe de la vengeance

Sous le signe de la vengeance
Photo courtoisie, Piratforlaget

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Sara Lövestam, jeune et talentueuse romancière considérée comme l’une des plumes littéraires suédoises à surveiller, propose une nouvelle enquête à couper le souffle de Kouplan, son détective privé sans-abri, dans un roman original où la vengeance est au premier plan : Ça ne coûte rien de demander.

Kouplan, un immigré sans-papiers particulièrement futé, qui se débrouille comme il peut pour survivre à Stockholm, s’est autoproclamé détective privé. Il est à sec et la petite annonce passée pour recruter des clients n’a rien donné. Il en est réduit à collecter des canettes vides et les revendre.

Sa zone de cueillette de prédilection s’appelle Lidingö – un quartier chic de Stockholm. C’est là qu’il croise la conseillère municipale Jenny Svärd. Elle est furieuse parce qu’elle vient de se faire escroquer par son amante – une passade après son divorce.

La mystérieuse et très belle Amanda a disparu dans la nature avec son argent. Jenny, souhaitant éviter le scandale, charge Kouplan de mener son enquête... sous le signe de la vengeance.

« En marge des lois »

Sara Lövestam explique qu’elle s’est inspirée de ses 11 années passées à enseigner le suédois aux immigrés pour créer le personnage très original de Kouplan.

« Pendant ces onze années, j’ai vu passer environ 1000 étudiants dans ma classe », explique-t-elle en ­entrevue téléphonique depuis Paris, où elle faisait une tournée

de promotion. « Parmi eux, il y avait des gens qui avaient vécu comme Kouplan, tel que je le décris – le côté détective mis à part bien entendu. Ils avaient demandé l’asile politique, et ne l’ont pas eu. Ils ont dû vivre en marge des lois pendant quatre ans, et refaire une nouvelle demande. »

Elle a aussi connu des sans-papiers quand elle était plus jeune. « Mon point de vue à leur sujet n’est pas celui qu’on voit dans les magazines : je connaissais les gens et je savais qu’ils étaient différents de ce qu’on montrait. »

Elle a planifié les quatre livres en même temps. « Quand j’ai écrit le premier livre de la série, j’ai vite réalisé que Kouplan était trop important pour se limiter à un seul livre. Il fallait que je raconte toute son histoire. »

Jenny, sa conseillère municipale furibarde, s’est fait avoir, alors qu’elle a l’habitude de tout contrôler. « Je voulais créer un personnage qui ne se faisait pas duper facilement. Je voulais aussi écrire une histoire sentimentale qui tourne à la fraude... et que ça arrive à une personne qui n’est pas susceptible de se faire avoir de la sorte. »

« Du point de vue du storytelling, c’est beaucoup plus intéressant : une personne qui parvient à frauder une autre personne qui n’a pas l’habitude de se faire avoir doit être très douée. J’avais envie de raconter l’histoire d’une personne aussi futée. »

Mensonge

Sara Lövestam s’est demandé ce qui pouvait pousser une personne à agir de la sorte. Et pourquoi elle pouvait choisir de gagner sa vie d’une telle manière. « Les gens font cela pour toutes sortes de raisons... mais j’ai réalisé – comme Kouplan, dans le livre – que ma question fondamentale était la suivante : pourquoi les gens mentent-ils ? Parfois, les gens mentent... parce qu’ils souhaitent que leur vie imaginaire soit réelle. Il y a bien des mythomanes qui font cela. »

Sara a vraiment eu du plaisir à décrire le parcours de ses personnages – et en particulier celui de Jenny. « Elle est très différente de moi. C’est une femme de carrière, au caractère très rigide, qui peut être très brusque quand c’est nécessaire. Il y a bien des choses qu’elle dit que je serais totalement incapable de dire. Comme écrivain, c’était parfois très libérateur ! »

  • En librairie depuis le 28 février.
  • Sara Lövestam est considérée comme l’une des nouvelles voix littéraires suédoises.
  • Le premier volet de la tétralogie Kouplan, Chacun sa vérité, a reçu le prix de l’Académie suédoise des auteurs de polar 2015 et le Grand Prix de littérature policière en France.
  • Elle vit à Stockholm.

EXTRAIT

Ça ne coûte rien de demander
Sara Lövestam
Éditions Robert Laffont
380 pages
Photo courtoisie
Ça ne coûte rien de demander Sara Lövestam Éditions Robert Laffont 380 pages

 

« Certains chats sont nourris avec de la pâtée et dorment entre leur maître et leur maîtresse la nuit, d’autres traînent dans les rues de la ville en se raclant les flancs contre les immeubles. Tout en se faufilant derrière un couple d’amoureux assis sur un banc, sous un abribus, Kouplan pense aux chats de gouttière. L’air de faire une petite pause, il s’arrête devant la poubelle. Cela dit, tout le monde, y compris lui-même, sait très bien qu’il s’agit d’une feinte. Il fait trop froid pour attendre que tous les usagers soient montés dans le bus, alors il s’exécute rapidement, sans lever les yeux. »

– Sara Lövestam, Ça ne coûte rien de demander