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Zéro grandeur d’âme

Zéro grandeur d’âme

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Martine Ouellet a perdu son pari crucial de retenir une majorité de ses députés au sein du caucus, comme elle avait perdu le pari d’avoir la confiance de ses collègues dans ses courses à la chefferie du Parti québécois. Elle a préféré le baiser de Judas en se laissant entrainer à la direction du Bloc québécois par une députation minoritaire. Quant à Mario Beaulieu, il a trop vite oublié son appel à Gilles Duceppe, lors de la dernière campagne électorale, pour se donner un air de sérieux.

Les réactions de Martine Ouellet et de Mario Beaulieu, à la suite de l’annonce des sept députés de quitter le caucus bloquiste, reflètent un tel déni de la réalité qu’il faut se demander s’ils sont aptes à assumer les responsabilités qui incombent à leurs fonctions. Mario Beaulieu a déjà échoué dans son entreprise de réformer le Bloc après qu’il ait battu l’ex-député, André Bellavance, à la direction du parti. Il avait ravalé ses paroles sur le supposé attentisme du Bloc et de Gilles Duceppe pour demander à ce dernier de venir à son secours, car il peinait à recruter des candidats de prestige et les sondages étaient nettement défavorables au Bloc.

La hantise des conservateurs d’Harper et la conviction que le Bloc ne pouvait lui barrer la route ont probablement privé le parti de quelques circonscriptions supplémentaires, mais à l’évidence le ton de Duceppe plaisait plus que celui de Beaulieu. La venue de l’ex-chef avait permis l’émergence d’une base parlementaire crédible, malgré qu’elle n’ait pas atteint la limite des 12 députés élus pour devenir un parti reconnu. Le pompier Duceppe avait redonné un second souffle à son parti, mais il n’a malheureusement pas été élu dans sa circonscription et a préféré partir plutôt que d’être un chef absent de l’enceinte parlementaire. Sa sagesse aurait pu inspirer l’ensemble des députés et les inciter à poursuivre la reconstruction du parti en établissant des liens avec les députés nationalistes présents dans d’autres formations politiques et ainsi redonner une voix qui compte dans la défense et la promotion des intérêts du Québec.

Malheureusement, la leçon n’a pas suffi et rapidement les députés plus radicaux ont repris leurs vieilles marottes pour se retrouver en minorité au sein du caucus. Mario Beaulieu, fervent défenseur de la langue, avait démissionné en 2002 de son poste de président du PQ Montréal-centre parce qu’il jugeait les positions du parti trop mollassonnes. Il a voulu reprendre le combat de la langue dans sa nouvelle chaise de député fédéral. Comme si la bisbille, déjà bien installée au Bloc, ne suffisait pas, il s’est mis à nourrir des doutes sur les convictions linguistiques et indépendantistes de Jean-François Lisée et il s’est ingénié à placer Martine Ouellet à la tête du parti pour brouiller encore plus les communications avec le PQ. Jusqu’à présent, Beaulieu et Ouellet ont surtout réussi à multiplier le nombre de mécontents.

Cet extrémisme contreproductif a fort probablement coûté l’élection partielle dans la circonscription de Lac-Saint-Jean en octobre dernier. Le Bloc avait comme candidat, Marc Maltais, qui s’était fait connaître dans la grève de l’Alcan à Alma. Maltais jouissait d’une solide notoriété dans la région, mais cela n’a pas suffi à repousser les réserves que certains électeurs avaient à l’égard de Martine Ouellet. Le Bloc risque la même déconvenue dans la prochaine élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord avec les dissensions actuelles.

Quels autres dommages faudra-t-il avant que le duo Ouellet et Beaulieu comprennent qu’ils mènent le Bloc à sa perte? Si la cause leur tenait plus à cœur que leur propre personne, ils auraient conscience de la catastrophe déclenchée et s’empresseraient de se faire oublier. Malheureusement, la grandeur d’âme n’est pas donnée à tous!