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Dure cohabitation avec les sites d’injection supervisée

Des commerçants exaspérés par le trouble que créeraient des usagers de drogue

Spectre de rue
Photo courtoisie Le site d’injection supervisée Spectre de rue est situé sur la rue Ontario Est. Plusieurs commerçants voisins affirment avoir constaté une hausse des incidents causés par des personnes sous l’effet de substances depuis son ouverture en novembre.

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Des commerçants voisins de deux sites d’injection supervisée ouverts l’an dernier à Montréal se plaignent des nuisances qu’entraînerait la présence d’usagers de drogue dans leur secteur.

« J’ai beaucoup de personnes qui ont l’air droguées dans ma boutique. Il y a quelques jours, une femme a jeté une de mes tasses par terre et je me suis aussi fait traiter de sale Chinoise », explique Wendy Lau, dont le dépanneur est situé à quelques pas du site d’injection Spectre de rue, sur la rue Ontario Est.

Si Mme Lau reconnaît que ces types d’incidents ne sont pas inédits, elle affirme que leur fréquence a largement augmenté depuis que le site d’injection supervisée pour usagers de drogue, Spectre de rue, est entré en activité, en novembre dernier.

« Cela m’arrive deux à trois fois par semaine », affirme-t-elle.

Parmi les commerçants du coin, plusieurs disent ne pas avoir remarqué de changements notoires, mais d’autres confirment les propos de Mme Lau.

Un peu plus loin au centre-ville, même son de cloche autour du site d’injection supervisée Cactus, ouvert en juin dernier.

« Il y a des usagers de drogue tout le long de la fenêtre, explique Jeannine Smith, qui travaille au restaurant Allô Mon Coco, situé à quelques pas du site de Cactus. Ce n’est pas tant pour moi, c’est pour les clients que c’est gênant. »

Même le propriétaire du lieu, Hicham Alhalbi, qui est plutôt favorable à l’idée des sites d’injection supervisée reconnaît que des usagers venus de Cactus utilisent fréquemment ses toilettes pour se droguer ou partent sans payer leur note.

Vols

Installé juste en face, derrière le comptoir de son dépanneur, Elias Ahmed est exaspéré par les nuisances qu’il subit.

« On me vole tout le temps maintenant. Je n’avais pas ce problème avant, assure-t-il. Ils rentrent à trois ou quatre et pendant que l’un me parle, les autres prennent des articles. »

Interrogés par Le Journal, les directeurs des sites d’injection concernés relativisent l’ampleur des problèmes évoqués.

« On est dans un quartier où cela fait plusieurs années que ces problèmes existent, dit Gilles Beauregard, directeur de Spectre de Rue. Des fois, ça se peut que ce soit notre clientèle, mais ça se peut aussi que ce soit des itinérants, des gens du quartier. »

Ajustements

La directrice du site Cactus, Sandhia Vadlamudy, explique pour sa part avoir déjà pris des mesures pour accommoder le voisinage.

<b>Sandhia Vadlamudy</b></br>
<i>Directrice Cactus</i>
Photo courtoisie
Sandhia Vadlamudy
Directrice Cactus

« Nous avons fait des démarches pour que la rue soit nettoyée et effectué des ajustements sur l’éclairage pendant la nuit. »

Mme Vadlamudy précise aussi qu’il a été demandé aux usagers de ne pas former d’attroupements devant le site.

Les sites à Montréal

  • 3 centres et une unité mobile.
  • 6200 visites (entre juin et octobre 2017).
  • 1 utilisateur sur 2 s’injecte tous les jours.
  • 72 % des utilisateurs s’injectent depuis plus de 5 ans.

Source : CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

La police invite les commerçants à se plaindre

Le responsable des sites d’injection supervisée pour la police de Montréal invite les commerçants qui se plaignent de vols ou de violences à contacter le SPVM pour faire connaître leur situation.

<b>Simon Durocher</b></br>
<i>Commandant de police</i>
Photo tirée du site du SPVM
Simon Durocher
Commandant de police

« Je martèle aux gens de nous appeler, explique le commandant Simon Durocher, également chef du poste de quartier 22. Souvent, soit ils se disent qu’ils ne savent pas dans quoi ils s’embarquent en appelant la police, soit ils pensent que ça ne sert à rien. »

Pas lié aux sites

Plusieurs des commerçants interrogés ont expliqué qu’ils n’appelaient pas le 911, car les fauteurs de trouble seraient partis avant l’intervention des agents.

M. Durocher estime par ailleurs que les sites d’injection supervisée ne posent aucun problème particulier.

« La problématique [des commerçants] n’est pas nécessairement liée aux sites d’injection, mais maintenant les gens sont beaucoup plus allumés. Ils voient quelqu’un sur la rue Ontario et se disent “lui, il va au site d’injection c’est sûr parce qu’il est drogué”, mais il y en a toujours eu dans le coin, ce n’est pas nouveau. »

Appels

M. Durocher indique avoir répertorié une trentaine d’appels concernant des incidents aux abords du site d’injection Cactus, situé en retrait de la rue Sainte-Catherine, et seulement une poignée concernant les deux autres sites fixes d’injection supervisée.

« Il y en a un peu plus à Cactus, mais il ne faut pas oublier que dans cet environnement il y a beaucoup de dérangements liés aux clubs de musique voisins. Le soir, les gens vont là, il y a des appels de bruit et les policiers arrivent. Si c’est près du site, on le répertorie, mais ce n’est pas forcément lié directement. »

En ce qui concerne le dispositif de sécurité, M. Durocher précise que les patrouilleurs ont pour indication de passer régulièrement devant les sites d’injection supervisée.