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«Jean dit»: une pièce originale qui rate sa cible

«Jean dit»: une pièce originale qui rate sa cible
COURTOISIE / Valérie Remise

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Ne dire que la vérité. Pour se libérer individuellement, pour faire le bien, pour nettoyer la société du mal qui la ronge, le mensonge. C’est ce que propose la pièce Jean dit écrite et mise en scène par Olivier Choinière au Théâtre d’Aujourd’hui.

Cette prémisse séduisante se traduit par un personnage qui en convainc un autre de révéler son grand mensonge et ainsi s’en affranchir pour vivre dans la lumière, la vérité. Il y arrive en lui faisant jouer le jeu «Jean dit» qui consiste pour celui qui s’y soumet à exécuter ce que l’autre lui ordonne. De personnage en personnage converti, le cercle des bienheureux de la vérité s’élargit sous les yeux du spectateur.

Ce processus fort simple, mais servi avec des raccourcis simplistes, est entrecoupé par une idée de génie d’Olivier Choinière: un groupe de death metal qui s’exécute bruyamment sur scène, surtout entre les tableaux.

Formé pour l’occasion de vétérans de ce milieu underground, le groupe mené avec brio par la voix tonitruante de Sébastien Croteau donne une forte dose de chaos et d’originalité à cette pièce qui dans son germe remet en question nos relations et les bases de notre société. Peut-on réellement vivre en ne disant que la vérité? Et quelle est cette vérité? Entre deux vérités personnelles, laquelle l’emporte? La vérité mène-t-elle à la tyrannie?

Un personnage, sorti des estrades, vient à quelques reprises remettre en question la démarche de ceux qui se sont convertis à la vérité. Se trouvant presque constamment éclairé, parfois même filmé sur des vidéos projetées sur scène, le spectateur est donc interpellé de manière habile par le metteur en scène. On se demande ainsi si on ne lui demandera pas non plus de se convertir à cette nouvelle religion qui veut abattre le mensonge.

Malgré cette approche intéressante, ainsi qu’une distribution ethniquement diversifiée (enfin!) et bien dirigée, le propos du spectacle demeure faible. Les travers de notre société qui sont dénoncés sont archiconnus. Rien de nouveau dans la critique des médias, à propos des gens qui restent dans un boulot qu’ils détestent ou des médecins condescendants au-dessus des patients. Des thèmes comme «Christophe Colomb a-t-il vraiment découvert l’Amérique?» semblent usés.

Ces lacunes sont exacerbées par des personnages trop stéréotypés (l’ado grognon et malpoli, le politicien qui ne veut que le pouvoir et se faire réélire, la journaliste qui pense avant tout aux cotes d’écoute, etc.) et une trame redondante au fur et à mesure que le spectacle progresse.

Si vous recherchez une œuvre singulière, surtout pour l’inclusion du death metal, cette pièce en vaut la peine. Mais la superficialité des personnages et une critique sociale qui rate son coup en irriteront sûrement certains.

Jusqu’au 17 mars au Théâtre d’Aujourd’hui.