/opinion/columnists
Navigation

La victoire de la médiocrité

Gilbert Sicotte
Photo pierre-paul poulin Gilbert Sicotte

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir mené une enquête interne, le Conservatoire d’art dramatique a décidé de montrer la porte à Gilbert Sicotte.

Pour l’instant, l’institution refuse de révéler les conclusions de son enquête et d’expliquer les raisons qui l’ont menée à congédier le comédien.

Était-ce parce qu’il harcelait psychologiquement les étudiants, comme certains de ses anciens élèves l’ont dit dans le cadre d’un reportage ? On ne le sait pas.

Mais on est en droit de se poser une question : pourquoi Gilbert Sicotte a-t-il pu enseigner au Conservatoire pendant 30 ans si ses méthodes d’enseignement étaient si discutables ? Pourquoi le congédier maintenant alors qu’année après année, le Conservatoire lui donnait une évaluation positive ?

Qu’est-ce qui justifie cette volte-face ?

LES PETITS LAPINS

Se pourrait-il que les étudiants qui ont dénoncé les méthodes de Gilbert Sicotte soient des petits lapins fragiles qui se brisent en mille morceaux au moindre reproche ?

Il y a une différence entre hausser le ton et crier, entre critiquer quelqu’un et l’insulter. Se pourrait-il que les étudiants qui ont accusé l’acteur de harcèlement psychologique ne fassent pas cette différence ?

Difficile de ne pas penser au film Whiplash lorsqu’on aborde l’affaire Sicotte.

Dans ce long métrage produit en 2014, un étudiant en musique qui rêve de devenir batteur de jazz se confronte à un professeur agressif et exigeant.

Le prof, disons-le, est complètement dingue. Il insulte l’étudiant, le ridiculise devant la classe, lui lance des baguettes et des cymbales par la tête, lui fait jouer de la batterie jusqu’à ce que ses doigts saignent...

On croirait voir le sergent hystérique de Full Metal Jacket.

Mais plusieurs années plus tard, alors qu’il gagne sa vie comme batteur de jazz professionnel, le jeune se rend compte que c’est grâce à ce prof qu’il est devenu un grand musicien.

Oui, le bonhomme était beaucoup trop agressif. Mais au moins, il a poussé l’étudiant à se surpasser, à viser l’excellence et pas juste se contenter de la note de passage.

Il était exigeant envers l’étudiant, car il était exigeant envers lui-même.

VISER L’EXCELLENCE

Bien sûr, rien ne justifie qu’un prof insulte un étudiant.

Mais entre crier des injures à un élève et le féliciter même s’il est paresseux et médiocre, il y a un juste milieu.

Gilbert Sicotte a-t-il franchi la ligne ? Je ne le sais pas.

Mais ce que je sais, c’est que comédien est un métier extrêmement difficile. Tu te fais constamment rejeter, juger, critiquer... Regardez comment agit Simon-Olivier Fecteau dans En audition avec Simon !

Si tu craques au moindre reproche, tu n’es pas fait pour faire ce métier. Et c’est mieux que ton prof te le dise franchement et honnêtement, plutôt que te faire perdre ton temps.

C’est, je trouve, une forme de respect.

Ça prend de l’effort, de la sueur et des larmes pour atteindre l’excellence. Vous pensez qu’on devient un pianiste de réputation internationale ou un athlète d’élite en nageant le vent dans le dos et en surfant sur son talent naturel ?

Parfois, les meilleurs profs sont aussi les plus durs, les plus sévères, les plus stricts.

C’est quoi, la suite ? Les entraîneurs devront applaudir quand un de leurs joueurs comptera dans ses propres buts ?