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Les sikhs : une minorité qui tient tête (1)

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Photo Agence QMI, BORIS PROULX

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C’est un peuple malmené par l’histoire qui allait s’affirmer lorsque le gourou Nanak (1469-1539) amorça son enseignement spirituel et fonda, dans la région du Pendjab, une nouvelle religion, le sikhisme qui forgerait à jamais l’identité sikhe.

Neuf autres gourous (porteurs de lumière) lui succéderont, entre le 15e et le 17e siècle. Chacun apportera son éclairage pour mener ses disciples « de l’obscurité à la lumière » : abolition du système de castes, interdiction de l’infanticide et de l’immolation des veuves et construction du Temple d’Or.

Deux gourous connaîtront un sort tragique, l’un sera martyrisé sous le règne mongol et l’autre décapité, en 1676, pour avoir refusé de se convertir à l’islam.

Cette oppression va sonner le réveil politique des sikhs qui se donneront une armée pour se défendre. Plus tard, ils seront nombreux à s’enrôler dans l’armée indo-britannique, ce qui leur conférera la liberté de se déplacer dans les dominions britanniques.

Les disciples de « l’ordre des Purs »

Né à la frontière de l’islam et de l’hindouisme, le sikhisme va emprunter à l’un son monothéisme, et à l’autre, son sens de la dévotion. Les « Amritdharis », les initiés au « Khalsa » (l’ordre des Purs) appliqueront les Cinq K, instaurés par le dernier gourou, Gobind Sing, en 1699 :

1. Kesh (ne jamais se couper les cheveux ou la barbe, symboles de la perfection divine) ;

2. Kangha (porter un peigne dans les cheveux, signe de propreté) ;

3. Kara (porter un bracelet en métal soudant le disciple à son gourou) ;

4. Kachha (porter un sous-vêtement aux genoux, symbole de la vertu) ;

5. Kirpan (porter une dague pour lutter contre l’oppression et l’injustice).

Jagmeet Singh, le chef du NPD, est dans cette catégorie, mais tous les sikhs ne sont pas enturbannés. Dans une même famille, il y a des disciples très fervents et des sikhs qui ne pratiquent pas.

Outre les initiés qui doivent observer les règles strictes du sikhisme, il y a les « sahijdharis ». Bien que croyants, ils ont une pratique sélective et ne portent pas de signe distinctif. Il y a aussi les « keshadharis » qui, sans être initiés, portent les cheveux longs.

Les Sikhs du Canada

Les sikhs sont présents au Canada depuis 1897, mais l’arrivée du premier flux de sikhs à Vancouver remonte à 1903-1904. On comptait alors 5000 immigrants sud-asiatiques, dont 90 % de sikhs, pour la plupart des ruraux qui travaillaient dans l’agriculture et la forêt.

Cette immigration indienne était vue comme non assimilable par le gouvernement fédéral qui allait l’interdire en 1907. Ce qui allait conduire, en 1914, à la tragédie du Komagata Maru, ce navire japonais refoulé des eaux canadiennes.

Il transportait 376 immigrants asiatiques, majoritairement des sikhs. Plusieurs allaient mourir de maladie et de faim à bord du navire, d’autres seraient arrêtés et emprisonnés à leur retour à Calcutta, en septembre 1914. Le premier ministre Justin Trudeau s’en est excusé, le 23 mai 2016, au nom de tous les Canadiens.

L’assouplissement des règles d’immigration dans les années 1960 a accentué le flux migratoire sikh qui s’est étendu aux grandes villes canadiennes : Toronto, Windsor, Edmonton et Montréal.

De 68 000 qu’ils étaient, en 1981, les recensements nous indiquent qu’ils étaient 145 000 en 1991, 278 000 en 2001 et 445 000 en 2011. C’est une immigration plus scolarisée où l’on rencontre des professionnels, des gens d’affaires, des scientifiques et des commerçants.

Rendez-vous demain, pour la suite.