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Une colère révélatrice

Une colère révélatrice
Illustration Philippe Melbourne Dufour

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Une colère fascinante. Une fois le choc passé, j'accueille avec beaucoup d'intérêt, voire même d'empathie, les messages injurieux et agressifs reçus la semaine dernière à la suite de mon article sur l'intimidation de rue subie par de nombreuses femmes sur la planète.

Bien qu'on me conseille de les ignorer et de ne pas les lire pour préserver ma santé mentale, j'ai envie, au contraire, de m'y attarder avec attention. Cette colère spontanée, partagée sur les réseaux sociaux, est à mon avis le signe d'un grand malaise que l'on se doit de regarder en face avec le plus de sérénité possible, pour le bien-être de tous, hommes ou femmes. Le dialogue est ouvert.

«Féminazie, frustrée, névrosée, laide, féministe extrême», voilà quelques-uns des commentaires rédigés à la suite de mon texte sur le harcèlement de rue à l'étranger. Une première pour moi. En 25 ans de carrière, jamais je n'avais été la cible de propos si virulents. Je suis bien sûr au fait des nombreux trolls qui peuplent ce pays virtuel que sont les réseaux sociaux, mais j'avais été épargnée jusqu'à présent.

«Un regard devient une agression sexuelle maintenant?»

En prenant le temps de lire avec attention chacune des réactions, faisant fi de la virulence des propos pour en capter le sens, je décode un grand désarroi chez les hommes qui m'ont écrit quant aux rapports de séduction. Quand l'un exprime : «Un regard devient une agression sexuelle maintenant?», on comprend bien qu'il y a ici une incompréhension de mon texte. Un commentaire qui est cependant très révélateur.

«À quand la lettre d'autorisation signée avant de pouvoir aborder une femme? My god... ¬¬ Ridicule.»

Bien que mon blogue aborde le harcèlement, spontanément, plusieurs lecteurs ont soulevé des enjeux de séduction, de drague. Harcèlement et séduction : deux interactions humaines très différentes, mais qui semblent pourtant bien embrouillées pour certains.

Entre Harrison Ford et #MoiAussi

«Ça fait longtemps que certains hommes sont confus par rapport à la séduction. Ils reçoivent des messages contradictoires depuis qu'ils sont petits», met en perspective la sexologue Geneviève Labelle. «Vous n'avez qu'à regarder les modèles de séducteurs présentés jadis au cinéma. Et là, on leur dit aujourd'hui que les comportements de ces héros sont des agressions.»

Les films regorgent, en effet, de héros virils qui ont su «conquérir» la femme qu'ils convoitaient malgré un «non» de leur part, comme le souligne l'excellent blogue du journaliste David Wong. Han Solo dans L'Empire contre-attaque plaque la princesse Leia contre un mur pour l'embrasser malgré son objection. Dans le premier Blade Runner, Rick Deckard, encore joué par Ford, intimide une magnifique «réplicant» pour l'entraîner dans son lit. Les exemples sont nombreux.

7 raisons pour lesquelles tant d'hommes ne comprennent pas le consentement sexuel

Dans son texte «7 raisons pour lesquelles tant d'hommes ne comprennent pas le consentement sexuel», Wong soulève qu'on valorise, chez les garçons, toutes sortes de comportements qui sont aujourd'hui conspués avec vigueur dans une vague de dénonciations sans précédent.

Voici quelques-unes de ces règles :
- «Imposer son désir aux femmes les fait tomber amoureuses.»
- «Demander la permission est un signe de faiblesse.»
- «Les femmes aiment être conquises et font donc toujours semblant d'être inaccessibles.»
- «Agression sexuelle = mec dans une ruelle sombre avec un couteau»
Rien pour simplifier la compréhension du lien homme-femme, n'est-ce pas?

Séduction ou harcèlement?

J'ai demandé à Geneviève Labelle où se situe la frontière entre séduction et harcèlement? «La séduction est comme une danse où les deux partenaires bougent ensemble, s'écoutent, se «sentent» mutuellement pour avancer conjointement vers un rapport plus intime. Quand tout le monde est bien, on est dans la séduction. Dès qu'il y a un malaise, un «non» ou quelque forme de rapport imposé, on est dans autre chose», précise la sexologue.

La parole est à vous, messieurs

Vous avez été nombreux à réagir à mon texte. Des commentaires courts, frontaux. Maintenant, je veux en savoir plus. De quoi est fait votre malaise, votre colère? Que trouvez-vous compliqué et dérangeant dans vos rapports avec les femmes? Je veux explorer ces questions au-delà de ce blogue. Je vous laisse toute la place. Il est grand temps d'ouvrir le dialogue, ne trouvez-vous pas?