/misc
Navigation

Fournier, comme Vasy

Jean Marc Fournier
Photo Agence QMI, Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Que retiendrons-nous du parcours politique de Jean-Marc Fournier ?

Un rhéteur hors pair, c’est bien sûr, qui adore ferrailler, lancer des arguments. J’ai déjà écrit qu’il était un « haïssable » qui savait attendrir.

Quand on est habile rhéteur, on vous donne des rôles de haïssables. Dans l’opposition libérale de 1994 à 2003, il a rapidement été inclus dans l’équipe des faucons. Au gouvernement, il a battu le record de longévité comme leader parlementaire. Tant en chambre que dans les conférences de presse, il devient une sorte de tireur d’élite, celui qui descend en flammes les adversaires.

Le pompier et Vasy

Parlant de flammes : en 2003, dans le gouvernement de Jean Charest, il devient pompier.

On lui demande d’éteindre le feu des « défusions » municipales, promises imprudemment par le PLQ pour raffermir le vote anglophone et gagner les couronnes.

Fournier, pour les rendre moins attrayantes, les transformera, par la magie du vocabulaire, en « démembrement ». Il imposera un procédé inédit de référendum à majorité qualifiée aux citoyens qui souhaitaient, comme les libéraux leur avaient pourtant promis, « retrouver » leur ville.

Puis, on l’envoya éteindre des feux à l’Éducation, en remplacement de Pierre Reid, pas fait pour être ministre. En 2005, il s’entendit avec les étudiants en grève. Mais le jour de la présentation de l’entente, son explication est emberlificotée (ponctué du néologisme « impacté »). Un journaliste, en plein point de presse, s’écrie : « On ne comprend rien à ce que vous dites, monsieur ! »

Ses réformes ? Elles ne sont pas marquantes. Peu dans la population retiendront ses efforts pour améliorer l’accès à la justice ou renforcer la protection des consommateurs.

En conférence de presse, hier, il évoqua un souvenir de l’époque où il était ministre de l’Éducation et du Sport : le hideux « bonhomme bleu » Vasy, qui nous intimait, dans des pubs, de bouger et de manger des fruits et des légumes.

Tournée constitutionnelle

M. Fournier est entré en politique au moment de la commission Bélanger-Campeau en 1990. C’était après l’échec de l’accord du lac Meech, un projet de modification de la Constitution de 1982, imposée au Québec par Trudeau père.

À l’époque, les fédéralistes nationalistes comme Jean-Marc Fournier soutenaient que le statu quo était inacceptable. Que des changements majeurs devaient être apportés à la fédération canadienne, sinon...

Dans son mémoire de maîtrise en droit de 1991, Fournier dénonçait 1982 comme un « coup de force » inacceptable qui demandait réparation. Le rejet de Meech révélait, écrivait-il, que l’union canadienne était dans un « cul-de-sac » [car] « la méfiance la caractérise ».

Il prônait la mise en place d’une assemblée constituante. En cas d’échec de cet exercice, et qu’on devrait conclure à « l’impossibilité pour cette union de durer, il faudrait la rompre. Il ne faut pas craindre cette éventualité », écrivait-il. Le problème identifié était grave et nécessitait, de façon urgente, des solutions.

Après le rejet de Charlottetown et le non au référendum sur la souveraineté, les fédéralistes plus nationalistes comme Jean-Marc Fournier ont choisi d’abandonner ; de cesser de revendiquer. « Le fruit n’est pas mûr » est devenu leur maxime cardinale.

Peut-être pris de remords devant les occasions et le temps perdu par le Québec, devant les reculs subis, M. Fournier a, depuis juin, mis en avant un (intéressant) texte qui prône des changements constitutionnels dans un horizon indéterminé.

Il plaide la levée d’un « tabou » sur ces questions, tabou pourtant installé et entretenu par les fédéralistes du Québec comme Fournier ; tabou qui les a bien servis.

Et il termine sa carrière en faisant la tournée du Dominion, tel un bonhomme bleu plein de belles et bonnes suggestions, un Vasy constitutionnel.