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Un tramway blanc comme un éléphant

Un tramway blanc comme un éléphant

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Incapable de parer autrement à son peu d'importance, la capitale provinciale craque pour les éléphants blancs. C’est un phénomène intermittent, quasi quinquennal.

Ces temps-ci, Québec se passionne pour un tramway et un «troisième lien», un pont, un tunnel sous le Saint-Laurent, autant de chimères qui réjouissent à l’avance les traditionnels fricoteurs de fonds publics.

Pour se faire une tête et jouer le jeu des affranchis, revenons aux constats des experts de la Direction de la santé publique, les parachutistes de la pensée magique qui tombent toujours du ciel à point nommé pour nous indiquer la voie à suivre, qu’il s’agisse d'un casino ou d’une autoroute...

Ils se sont mis à plusieurs, les Apprentis d’Hippocrate, pour pondre un chef-d’œuvre intitulé Mémoire sur la mobilité durable et la santé, vite passé aux oubliettes, voire à la déchiqueteuse, sitôt finis les journaux télévisés de l’été dernier.

Des médecins sans stéthoscope, en jupe ou en veston/cravate, appuyés par une brochette d’agents de planification et d’experts dits communautaires qui ont tout arrêté pour répéter que l’automobile, c’est mauvais pour la santé.

La satanée bagnole favorise tous les fléaux, et pourquoi pas l’obésité, la pauvreté, l’exclusion sociale tandis que, on le devine, le bus et le tramway seraient plus utiles à la lutte contre la malnutrition et le surpoids. La prudence est tout de même de mise devant les supposés bienfaits de l'autobus sur le tour de taille des passagers mais soyons généreux envers les porteurs d'idées neuves...

Le constat premier des penseurs socio-médicaux est sublime: «L’alimentation des citoyens est liée aux éléments de l’environnement alimentaire présents dans une communauté»...

Un tramway blanc comme un éléphant
Photo courtoisie

Eh oui! On parvient à ce genre d’évidence après des années d’études en médecine et en service social; on en discute ensuite au Michelangelo ou au Louis-Hébert, les ris de veau et le Pomerol étant généralement à la charge du Québécois moyen...

Mais oublions l'incurable vanité des bureaucrates et poursuivons la lecture de leurs découvertes qui nous mènent à des diamants bruts comme celui-ci: «La mobilité influence la saine alimentation car elle a un impact sur la capacité des citoyens à se procurer des aliments sains et abordables à proximité de leur lieu de résidence»...

Autrement dit, c’est en te déplaçant que tu pourras manger. Il est sous-entendu que tu mangeras mieux si tu peux quérir des légumineuses et du pain brun en autobus ou en tramway.

Dans ce rapport, cosigné par une douzaine de médecins et de fonctionnaires, on lit aussi que «pour les populations défavorisées, la présence de commerce alimentaire (supermarché) à proximité des résidences et accessibles par d’autres moyens que l’automobile facilite l’adoption d’une saine alimentation et un poids santé».

Pourtant, avec le tramway, l’obésité ne risquerait-elle pas de faire des gains notables? Hein? Pourquoi pas!

Peu de choses sont plus attrayantes, plus chic et plus «tendance» qu’un tramway qui passe en chuchotant sa mobilité durable. Pour avoir expérimenter la chose à Copenhague, à Munich et en d’autres riches villes d’Europe, rien n’est plus réconfortant pour ses fesses qu’une banquette capitonnée dans un wagon aussi propre que ses passagers.

Un tramway blanc comme un éléphant
Photo courtoisie

Mais vivre aux abords du tramway n’est pas donné à tout le monde. Maintes études concluent à l’impact haussier sur le prix de l’immobilier environnant. Suivi d’un effet similaire sur les taxes foncières.

Alors ne vous illusionnez pas. Un tramway reliant Sainte-Foy à la Colline parlementaire couperait court au désir des humbles d'aller vivre dans les quartiers centraux branchés. Il continuera plutôt de favoriser le déplacement des ménages vers les maudites banlieues et la lointaine Lévis.

En plus, le tramway ne favorisera guère la densification du territoire puisqu’il passera dans les quartiers déjà les plus densément peuplés et les mieux desservis en transport collectif.

Autre détail qui devrait préoccuper tout le monde : on ne sait rien du budget d’exploitation d’un tramway et son impact sur celui de la ville. Une ligne de plus sur le compte de taxes? Vidanges, eau, tramway...

Un jour ou l’autre, il faudra admettre que quelqu’un, quelque part devra assumer l’addition: salaires, assurances, vacances, retraites pour des chauffeurs, des mécaniciens, des bureaucrates, des cadres, etc. Locaux administratifs, terminus, garage, etc. Des équipements pour l'entretien, le déneigement, enfin bref, un tas de choses dont on ne parle pas.

Déjà que le Réseau de transport de la capitale n’est pas réputé pour sa frugalité, le silence des autorités sur ces aspects donne à réfléchir... Une chose est sûre: les paliers supérieurs de gouvernement ne seront plus là quand les additions seront complétées et les dépenses courantes consolidées...

La lourdeur actuelle du fardeau fiscal est déjà responsable de l’étalement urbain et le tramway accentuera fort probablement ce phénomène. Pourtant, jamais la fiscalité municipale n'est-elle sérieusement examinée. Ni la lourdeur des salaires, plutôt gardés secrets afin de ne pas heurter la populace taxable.

On peut rêver d’un autre monde mais, en attendant son avènement, l’usage de l’automobile restera nécessaire à la vie quotidienne de la majorité des gens, ceux qu’on n’entend pas...

Leur silence ne veut surtout pas dire qu'ils veulent une collection d'éléphants blancs. Québec a déjà des airs de cirque albinos...

La situation générale a de quoi étonner: ce projet mirobolant n'est même pas défini mais il est soutenu d'emblée par les élus. On dirait un chèque de la même couleur que l'amphithéâtre...