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Avant que ton nuage devienne noir

Avant que ton nuage devienne noir
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Ça fait plusieurs semaines, voire quelques mois, que j’en ai pris conscience. J’osais pas vraiment me l’avouer, pis je me cachais la tête dans le sable. J’ai ben essayé de continuer à me faire croire que ça allait, mais force est de constater que j’ai mis le pied sur une pente descendante.

Je suis chanceuse, dans ma malchance : c’est pas la première fois que ça m’arrive. Je devrais donc être plus compétente que les premières fois pour gérer mon nuage gris foncé, pas encore devenu noir.

Quand je parle de dépression avec des gens qui la vivent pour la première fois, j’ai tendance à la comparer avec une « vraie maladie », pour faire comprendre qu’une douleur dans le cerveau, c’est aussi réel qu’une entorse à la cheville. Mais en vrai, c’est ben plus complexe que ça à expliquer.

Parce que trouver les bons mots pour décrire le malaise qui t’habite, quand tu sens que ton esprit te joue des tours, c’est un peu moins évident que d’établir le seuil de ta douleur sur une échelle de 1 à 10.

Toujours est-il que depuis plusieurs semaines, voire quelques mois, je me sens perdre le contrôle. Je le vois bien, que je pleure plus, que l’anxiété a recommencé à prendre le dessus dans mes interactions sociales, que je perds patience plus facilement envers les gens que j’aime, que je m’isole, préférant le virtuel au réel.

Pis pas juste une semaine par mois.

C’est dur d’en parler. Comment tu veux expliquer à ton entourage que ça va pas, mais que tu arrives pas à dire pourquoi. Que tu sais que ça va passer, mais que là, précisément là, tu dois te faire violence pour aller de l'avant. Que tu voudrais juste rester devant la télé, pis attendre que la journée passe. Que la routine et le manque de choix, c’est rassurant. Que t’es dépassée, mais que tu sais pas ce qui pourrait t’aider? Pis que tes repères et ce qui te fait du bien, normalement, ne suffisent plus à te baliser le chemin.

Une période gris foncé, ça peut arriver à tout le monde. N’importe quand. C’est déroutant, parce que même si tu veux donc ben pas que ça arrive, c’est long et difficile de garder la lucidité pour remarquer les symptômes et faire confiance à ton jugement. Même s’il te hurle en pleine face que ça va pas bien.

Tu constates, des fois, des petits indices, de la débandade qui s’en vient, mais tu les ranges aussitôt dans le compartiment des p’tits soucis négligeables, sans te rendre compte que le compartiment, à force de tout y garrocher pêle-mêle, finit par devenir aussi chaotique que ton tiroir à plats Tupperware.

Fait qu’il faut que ça te déboule dessus ben comme du monde, un matin pressé que tu cherches un couvercle en particulier, pour que tu te rendes compte qu’il va falloir que tu prennes un peu de recul pour reclasser, avant de devoir tout sacrer aux vidanges pis repartir en neuf.

Quand même, j’en suis pas rendue là. Mais faut pas que j’oublie, à chaque fois que je range mes petits couvercles, de faire attention de pas juste les lancer en tapon dans le fond du tiroir. Faut que je prenne le temps de bien les empiler, pis de faire du mieux que je peux pour conserver un équilibre, aussi précaire soit-il.

J’ai une situation qui me permet de réfléchir en long et en large, sur les paramètres qui m’amènent à être dans cet état. Peut-être un peu trop, dirait probablement mon chum. Pis j’ai pas non plus la barrière du tabou. Le mot dépression ne m’a jamais fait peur, une fois que je l’ai eu apprivoisé.

Mais si tu me lis, pis que tu vois ton ciel s’assombrir tranquillement, que tu sens que tu as mis le pied dans une côte un peu trop à pic pour toi, que ton armoire à Tupperware est à la veille de déborder, que tu perds tes repères et que ça te fait peur, n’hésite surtout pas à demander de l’aide.

Je te le promets, même si je ne peux pas te dire quand ça se fera, qu’un jour ça va aller mieux.