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Quel avenir pour les droits des femmes ?

Marie-Claire Kirkland-Casgrain, première députée québécoise.
Photo courtoisie, BANQ Marie-Claire Kirkland-Casgrain, première députée québécoise.

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La question se pose à la veille de la Journée internationale des femmes. Faut-il encore célébrer cette journée dont on a oublié la raison d’être et occulté la dimension internationale ?

Je suis devenue féministe à l’âge de 16 ans, après avoir lu Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Séduite par les écrits du couple Sartre-de Beauvoir, j’ai embrassé l’existentialisme, jusqu’à ce que je découvre, au milieu de ma vingtaine, que Jean-Paul Sartre avait endossé des régimes totalitaires.

C’est le sociologue Raymond Aron qui m’offrira alors des clés pour décoder la complexité de notre monde et m’amènera à m’intéresser à la philosophie libérale.

Mais au-delà des idéologies, le féminisme a été et demeure l’un des fils conducteurs de ma pensée et de mon action tant au plan national qu’international.

Que reste-t-il du féminisme, aujourd’hui, quand d’aucuns allèguent que l’égalité entre les hommes et les femmes est déjà acquise ?

Des acquis majeurs

L’égalité réelle est loin d’être acquise. Le mouvement #MeToo et #MoiAussi est là pour nous le rappeler.

Malgré les désenchantements, la lutte est à poursuivre, d’abord en hommage à toutes ces pionnières qui ont porté le flambeau depuis le début du 20e siècle et pour toutes les femmes qui vivent dans la pauvreté et l’exclusion sociale.

Au Québec, le droit de vote des femmes est une véritable épopée. Des militantes comme Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean et Marie Lacoste Gérin-Lajoie se sont relayées pendant un quart de siècle avant de l’obtenir.

Imaginez faire le pèlerinage à Québec, année après année, pour demander le dépôt d’un projet de loi. En février 1922, elles étaient 400 à l’hôtel du Parlement pour le réclamer au premier ministre Taschereau.

Elles étaient tout autant, parées de leurs plus beaux atours, à assister à l’adoption du projet de loi sur le droit de vote et d’éligibilité des femmes, octroyé par le premier ministre Adélard Godbout, le 25 avril 1940.

Pourtant, il a fallu encore attendre plus de vingt ans avant que la première députée, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, ne fasse son entrée à l’Assemblée législative du Québec, le 14 décembre 1961.

C’est grâce à elle que fut adoptée, en 1964, la Loi 16 sur la capacité juridique de la femme mariée, qui va libérer les Québécoises de la tutelle de leurs maris et leur permettre de signer un bail et ouvrir un compte de banque en leur nom.

Où en est le féminisme aujourd’hui ?

Voilà d’où l’on vient. Dans les années 1960-1980, le mouvement féministe a pris le relais et livré des batailles épiques sur le front juridique, politique et social.

L’une des avancées a été l’instauration d’un réseau d’organismes de services, comme les maisons d’hébergement qui viennent en aide aux femmes et aux enfants victimes de violence et dont le rôle est considérable.

La déception est plutôt du côté des organismes de représentation. Force est de constater que le mouvement féministe est éclaté, désarticulé et peine à faire cause commune autour d’enjeux majeurs qui affectent les droits des femmes.

Faute de repères et de vision claire, elles sont nombreuses, les féministes qui bradent, aujourd’hui, le principe même de l’égalité hommes-femmes et le sacrifient sur l’autel du relativisme culturel et des accommodements fallacieusement raisonnables, alors qu’ailleurs dans le monde, d’autres féministes se battent, courageusement, contre ces mêmes pratiques rétrogrades, qu’elles considèrent asservissantes pour les femmes.

Bonne Journée internationale des femmes quand même !