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Aimer et détester le 8 mars...

Silvi Tourigny.
PASCALE LÉVESQUE/AGENCE QMI Silvi Tourigny.

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Le 8 mars est une drôle de fête pour les femmes de l’industrie de l’humour. Une fête qu’on aime et qu’on déteste.

On aime parce que c’est le temps de l’année où le téléphone sonne davantage pour beaucoup d’entre elles. Tout d’un coup, entreprises et groupes veulent en apprendre plus sur elles, désirent qu’elles viennent faire une conférence, un numéro : « Il n’y a pas beaucoup de femmes humoristes, alors elles doivent avoir des trajectoires de vie qui témoignent de courage, de persévérance, boostés de valeurs féministes ! ».

C’est vrai qu’elles sont les interlocutrices rêvées. Elles sont d’excellentes communicatrices et incroyablement drôles ! Ça passe toujours très bien dans un programme pour la Journée de la Femme. Donc, les entreprises, SVP, continuez de les appeler !

Par contre, on aime moins le fait que le téléphone sonne plus rarement le restant de l’année, que du 9 au 7 mars de l’année suivante, elles retombent pour plusieurs dans leur statut de seconde zone. Comme si elles n’existeraient qu’un seul jour par an... et lorsqu’on relance le trop vieux débat sur pourquoi il n’y a pas assez de femmes en humour.

Aujourd’hui, je vais vous jaser de quelques-unes d’entre elles, celles qui sont encore jeunes dans le métier, parce qu’elles sont tellement plus que des « poster girls » du 8 mars !

Les mamans

Je vais vous jaser d’Émilie Ouellette, Silvi Tourigny, Gabrielle Caron, Nadine Massie et Mélanie Couture, qui sont les premières femmes humoristes à avoir pris le risque d’avoir des enfants pendant leur carrière. Oui ! Parce que Lise Dion a eu ses enfants avant de monter sur les planches, et que les Claudine Mercier et autres Marie-Lise Pilote ont fait le choix de ne pas fonder de famille... pour des raisons qui leur appartiennent.

Mélanie Couture
Silvi Tourigny.
Photo courtoisie, Josée Charland

Avoir un enfant dans le showbusiness, c’est un pensez-y bien ! Comme Mélanie Couture le mentionnait l’été dernier au congrès de l’International Society for Humor Studies, certains agents vous collent votre grossesse pendant des années : « Telle artiste ? Oh non, elle n’est sûrement pas disponible, elle était enceinte aux dernières nouvelles ! »... il y avait trois ans de ça ! Et hop ! On est disparue du radar !

Un homme qui a un enfant ? C’est sûr que ça ralentit son rythme, s’il le désire. Mais un humoriste peut monter sur scène le lendemain que sa conjointe ait accouché. Pour une femme,... disons que malgré toutes les bonnes volontés du monde, le corps ne le permet pas.

Émilie, Silvi, Gabrielle, Nadine et Mélanie sont des professionnelles de l’humour. Elles gagnent leur vie de leur art. Elles ne font pas une fortune, mais elles en vivent. Et elles témoignent que les temps changent. Bien sûr que ce n’est pas toujours facile, mais ça s’en vient !

Entre autres, toutes les cinq ont exprimé amener ou avoir amené leur progéniture à des réunions de travail lorsqu’elles allaitaient – parce que, non ! Il n’y a pas vraiment de congé de maternité pendant 12 mois dans l’industrie du divertissement. Ça se fait, mais c’est au risque de se faire oublier...

Toutes les cinq ont partagé avoir des collègues masculins très compréhensifs et généreux. Certains leur offrant de changer de place dans l’alignement d’une soirée d’humour pour qu’elles puissent rentrer à la maison plus tôt si elles en avaient besoin. Elles ont aussi mentionné des gérants et des producteurs aux petits soins, qui les ont encouragées, leur ont promis de ne pas les laisser tomber et ont tenu leur promesse.

Émilie, dans son cas, en tant qu’artiste indépendante, a fait de sa famille une source de création plutôt rentable. Non seulement elle est auteure sur plusieurs émissions qui fonctionnent bien (Les Parent, Conseils de famille, entre autres), mais elle a créé son propre spectacle, Accoucher de rire, apprécié par plusieurs nouveaux parents à travers le Canada.

Autrement dit, l’avenir semble plus ouvert à la réalité des femmes et à la conciliation travail-famille en humour, et ça, c’est une excellente nouvelle ! Ce n’est pas encore parfait, mais il y a de grosses améliorations.

Les casseuses de tabous

On vit une belle époque en termes de contenus humoristiques. Longtemps on disait aux femmes de l’humour qu’elles faisaient de « l’humour de filles » ou qu’elles se déguisaient en gars si elles sacraient sur scène ou parlaient de sujets en bas de la ceinture. Et ce n’était des compliments ! Pensez à Cathy Gauthier et aux maintes fois qu’elle a défendu son style !

Maintenant, qui irait reprocher quoique ce soit à Mariana Mazza ou Virginie Fortin ? À Mélanie Couture ou Mélanie Ghanimé ? Les filles aussi ont le droit de parler de sexe sans se faire juger en tant que « mauvaises filles » ! Si Amy Schumer parle de sodomie en anglais, pourquoi Mariana n’aurait pas le droit de parler de fellation en français ? Nous ne sommes pas si prudes que ça, au Québec, non ?

Silvi Tourigny.
Jocelyn Malette

Les humoristes québécoises ont elles aussi des anecdotes de mauvaises baises, de one-night stands, de sexe éthylique avec leur amoureux à raconter. Et c’est vraiment VRAIMENT drôle ! Et ce n’est pas juste drôle pour les filles ! J’en ai vu des hommes se taper sur les cuisses aux spectacles de Mélanie Couture et Mélanie Ghanimé, à Mariana Mazza et Virginie Fortin ! Souvent, ce sont eux qui rient le plus fort !

Et quel délice d’entendre des contenus politique et social mordants chez les femmes !!! Vous souvenez-vous des numéros de Kim Lizotte sur Jean Charest en 2012 ?!? C’était difficile d’être aussi à point. Et maintenant, elle nous offre Les Simone ! You go, girl !

Et la liste ne s’arrête pas !

Et il y en a tant d’autres ! Des jeunes douées comme Josiane Aubuchon (humoriste), Maude Morissette (humoriste), Maude Landry (humoriste), Rosalie Vaillancourt (humoriste), Marie-Lyne Joncas (humoriste), Marie-Ève Saucier (auteure), Justine Phillie (auteure), Julie Dignard (metteure en scène), Odrée Rousseau (auteure), Coco Belliveau (humoriste) et tellement, tellement, tellement d’autres !!!! Sans compter celles qui ont pavé la route et celles qui sont sur les bancs de l’École nationale de l’humour en ce moment !

On en a des femmes en humour ! Elles ont peut-être encore moins nombreuse que les hommes, mais on en a et des méchantes bonnes en plus !

Mon souhait d’ici au 8 mars 2019 : que leur téléphone sonne plus souvent, et ce, toute l’année !