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Des premières rencontres et des jeunes pour le FEQ

The Weeknd
AFP The Weeknd

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Les Foo Fighters, on s’y attendait. Shawn Mendes, Beck et le Dave Matthews Band, on avait des doutes. Mais Lorde, The Weeknd et le vétéran Neil Young, en exclusivité canadienne? Personne ne l’avait vu venir.

Outre les noms mentionnés plus haut, la scène des plaines d’Abraham recevra aussi le rappeur Future, le chanteur québécois Patrice Michaud en formule carte blanche, la sensation pop The Chainsmokers et le groupe métal Avenged Sevenfold, de retour quelques mois après avoir rempli le Centre Vidéotron.

Patrice Michaud
Photo d'archives Dario Ayala
Patrice Michaud

Sur les Plaines, ce sera une année de premières : huit des onze têtes d’affiche monteront sur scène pour la première fois à Québec, un score inédit de mémoire de festivalier. Seuls les Foo Fighters, Patrice Michaud et Avenged Sevenfold ont l’expérience des foules de la capitale.

Foo Fighters
AFP
Foo Fighters

Que retenir de cette édition 2018? Le Journal a décortiqué ça pour vous en compagnie du directeur de la programmation, Louis Bellavance, et du directeur général par intérim, Claude Doré.

La pop prend de l’ampleur

Chainsmokers
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Chainsmokers

«Un virage jeunesse», «un vent de fraîcheur» : toutes les formules ont été utilisées pour qualifier la grille 2018, qui fait une large place aux jeunes vedettes pop et hip hop de l’heure avec les Mendes, Lorde, les Chainsmokers et The Weeknd.

«On a vu que ces contenus génèrent de l’attention dans le passé. Année après année, ces shows sont toujours monstrueux. On l’a vu avec Pink, Lady Gaga, Bruno Mars. On s’est dit pourquoi on en fait un seul par année? Qu’est-ce qui nous empêche d’aller plus loin? On verra maintenant la réponse.»

Le country tassé

Sturgill Simpson
Photo d'archives AFP
Sturgill Simpson

Insatisfait des résultats, Louis Bellavance a mis de côté la soirée country après trois ans sur les plaines d’Abraham. Seul Sturgill Simpson, en première partie de Dave Matthews Band, représentera ce genre musical sur la grande scène.

«C’est une expérience qui n’est pas terminée mais elle n’a pas été concluante pour le moment. La réponse a été variable à des contenus (Keith Urban, Brad Paisley, Lady Antebellum) qui étaient forts à chaque fois. Maintenant, on serait curieux de voir ce que le country peut donner sur des plateaux comme l’Impérial ou le parc de la Francophonie. On l’a essayé cette année sans le finaliser.»

The Weeknd : le gros nom

Même s’il a annulé son concert au Centre Vidéotron l’an dernier – officiellement pour cause de maladie mais surtout parce qu’il était insatisfait des ventes – The Weeknd représente une grosse prise pour Louis Bellavance.

«On le convoitait pour 2017, nous avions fait des pieds et des mains pour l’avoir. On n’a pas réussi et le show a été transféré au Centre Vidéotron, mais il n’a pas eu lieu. Contrairement à la croyance populaire, il y avait beaucoup de billets vendus, ce n’était pas un four. Il y a toujours la question du prix. On l’a vu quand Katy Perrya baissé son prix, elle a rempli le building. Avant, les ventes étaient au ralenti. Est-ce que le prix a été un facteur pour The Weeknd? Probablement.»

«Je ne m’explique pas autrement. Dès le lendemain, j’ai su qu’il était déçu de ça. C’est le seul marché où ils ont de la difficulté depuis le début de la carrière de ce gars-là. Ils voulaient revenir par la grande porte. On a commencé à discuter tout de suite après.»

«On se demandait comment marquer le pas. Je leur ai proposé de venir ouvrir le festival. De l’extérieur, à Paris, à Londres ou New York, quand les gens regardent notre programmation, c’est le nom qui flashe. Il a une portée internationale plus forte que tout ce qu’on a sur notre affiche.»

Neil Young : grâce au fils de Willie Nelson

Neil Young
AFP
Neil Young

Pour enfin pouvoir présenter la légende canadienne de la musique folk, Louis Bellavance a dû travailler fort dans les coins.

«Depuis l’automne 2011, je vais m’asseoir deux fois par année avec son agente à New York. À chaque fois, on faisait des offres mais ça ne bougeait pas et ça finissait par tomber à l’eau. Cet automne, c’était la même chose. Je suis allé faire une offre forte, mais c’est encore tombé à l’eau parce que Neil ne voulait pas se commettre, il ne tournait pas, etc.»

Finalement, la porte s’est ouverte en janvier. «Son agente m’a appelée et elle m’a dit qu’il ferait un ou deux concerts. Nous sommes partis à l’offensive.»

Seul hic, Neil Young ne fait aucun concert sans que le groupe de Lukas Nelson, le fils de son ami Willie, assure la première partie. Or, Lukas avait déjà un concert le 5 aux Etats-Unis et le 8 à Londres, avec Eric Clapton. De retour à la case départ.

«J’ai convaincu le band de Lukas à part. Il n’était effectivement pas disponible. Il n’avait pas été retenu par Neil. Il joue sur le show d’Eric Clapton à Londres le 8 et il avait un show le 5 en Amérique. Je leur ai dit: je m’occupe de tout. Il fallait que ces garçons soient à Québec le 6, c’était le seul soir que ça pouvait marcher. Ils partaient le 6, alors qu’il a fallu que je trouve les vols pour les transporter à Londres. Ce fut l’enfer.»

Mais Neil sera à Québec. «Nous sommes fiers. C’est une grande prise.»

Future : dans le top 5

Louis Bellavance affirme qu’il a mis la main sur un des cinq gros noms de la scène hip hop en s’assurant les services de Future.

«Il a deux albums qui ont trôné au sommet du Billboard l’année passée, des centaines de millions de visionnements sur YouTube. Il est dans le top 5 avec Kendrick Lamar, Eminem, Chance the Rapper. Avec lui, on prend le pari d’aller dans une soirée hip hop très actuelle. Un autre artiste actuel va s’y greffer.»

Shawn Mendes sur la pente ascendante

«De tous les noms sur l’affiche, si j’achetais des actions de quelqu’un, ce serait de Shawn Mendes», lance Louis Bellavance, qui le compare à Bruno Mars.

«Sa progression est fulgurante, il peut tout faire. C’est différent musicalement, mais il s’en va à la même place que Bruno Mars. Sa carrière ne sera pas moins étincelante. C’est un des premiers noms que j’ai booké cette année.»

Le retour des Foo Fighters, un plâtre en moins

«Québec, on vous l’avait dit qu’on reviendrait.» Sur Twitter, les Foo Fighters n’ont pas manqué de souligner qu’ils avaient tenu leur promesse, trois ans après le fameux concert écourté en raison d’un orage. Ce qu’on ne savait pas à l’époque, et qui a été rapporté par Louis Bellavance, mercredi, c’est que le plâtre de Dave Grohl (il avait une jambe cassée, rappelez-vous) aurait empêché la reprise du show puisqu’il s’était de se décomposer à cause de la pluie.

«La question qui se posait c’est: si ça se calme, est-ce qu’on continue ou pas? La réponse est venue de Dave Grohl. Il nous a dit que même s’il faisait soleil dans cinq minutes, il n’était plus capable parce qu’il fallait refaire son plâtre.»

Le lendemain, le FEQ et les Foo Fighters ont repris contact. «C’était clair que nous aurions le reste du show dès que ce serait possible. Je pense qu’il va y avoir une portée historique, eux le savent en tout cas. Ils sont conscients de l’ampleur que ça va prendre.» Des Plaines remplies à prévoir donc.

L’année de Patrice Michaud

La formule carte blanche réservée à un artiste québécois depuis quelques années revient cet été à Patrice Michaud. Les artistes qui vont se joindre à lui sur scène feront l’objet d’une annonce ultérieurement, en même que ceux qui participeront au spectacle Québec-Acadie au parc de la Francophonie.

«C’est son année», croit Louis Bellavance. «C’est une question de timing. Il a gagné deux prix (interprète masculin et chanson de l’année) décernés par le vote du public. En billetterie, à peu près personne n’a fait mieux que lui au Québec cette année. En plus, il est en feu, il a des idées, c’est un gars le fun à travailler. Il n’a pas peur.»

Les Chainsmokers : le plus gros ÉlectroFEQ

La traditionnelle soirée ÉlectroFEQ est de retour et Louis Bellavance estime avoir frappé fort en confiant la case de la tête d’affiche au duo derrière le hit Closer.

«C’est le plus grand nom, et de loin, qu’on aura livré en ÉlectroFEQ. Ils ont franchi les barrières de la musique électronique. C’est un phénomène pop. Et c’est la plus grosse production du festival cette année.» Ce sera, souligne-t-il, un concert d’ÉlectroFEQ avec de vrais instruments.

«Il y a du monde qui joue et chante sur la scène. Ce sera différent mais nous serons encore avec des DJ, le bruit, les effets, le visuel.»

Beck : vous entendrez Loser

Un artiste chouchou des années 1990, Beck fera aussi connaissance pour la première fois avec le public de Québec.

«Depuis que je suis arrivé, on lui fait des offres à chaque année», a dit M. Bellavance. «Il est mythique. Il a gagné l’album de l’année aux Grammy. Et je l’ai vu en show l’été passé et il fait Loser. Il fait aussi Devil’s Haircut. Il ne boude pas ses succès.»

Lorde et Cyndi

Lorde
Photo d'archives WENN.com
Lorde

Ça semble un mariage hétéroclite. Mais il s’avère que la vétérane Cyndi Lauper, 64 ans, et la jeune sensation Lorde, 21 ans, sont ravies de faire équipe sur les plaines d’Abraham.

«En cherchant qui pourrait jouer avant Lorde, je me suis dit que si Cyndi Lauper et elle avaient le même âge, elles auraient du fun ensemble. Elles auraient dansé bizarre, se seraient habillées bizarre et auraient écrit des chansons extraordinaires. On a d’abord demandé à Cyndi si elle confortable avec ça, elle a dit oui.»

«Puis on s’est tourné vers Lorde et elle nous a dit : est-ce que je peux appeler Cyndi tout de suite parce que je veux être son amie», a confié Louis Bellavance, qui avoue avoir craint une mauvaise réaction de part ou d’autre. Au contraire, une amitié est possiblement née.

Le message d’Avenged Sevenfold a été entendu

Le 19 janvier, devant un Centre Vidéotron rempli, M Shadows avait déclaré qu’il voulait revenir à Québec le plus tôt possible et a interpellé les dirigeants du FEQ. Le message du chanteur d’Avenged Sevenfold n’est tombé dans l’oreille d’un sourd. On reverra donc A7X sur les Plaines, six mois seulement après sa visite hivernale dans la capitale.

«Ils ont écoulé leurs billets en une dizaine de minutes au Centre Vidéotron. Je pense qu’ils vivent une histoire d’amour avec Québec comme celle de Metallica. Oui, les concerts vont se ressembler. Ils sont très conscients qu’ils reviennent dans le marché pour la deuxième fois. Mais je sais que les gens qui étaient au Centre Vidéotron vont revenir et ils vont en ramener beaucoup d’autres.»

Louis Bellavance a promis que les premières parties, pas encore annoncées, seront «musclées».

Dave Matthews Band : ceux qu’on n’attendait plus

L’une des rumeurs les plus vieilles – elle remonte au début des années 2000 – s’est concrétisée avec l’insertion dans la grille horaire de la très populaire formation américaine. Ça fait tellement longtemps que bien des fans avaient cessé d’espérer même après les avoir vu apparaître sur l’affiche du Bluesfest d’Ottawa, qui se tient en même temps que le FEQ. «Ça revenait dans les réseaux sociaux à chaque année.

Peut-être que les gens n’y croyaient plus parce qu’ils sont tellement populaires aux États-Unis qu’ils n’ont jamais de dates pour nous. Financièrement, c’est un défi aussi. Mais on avait le timing parfait. Ils savent qu’ils ont eu des offres à répétition du FEQ, du Centre Vidéotron et du Colisée mais que jamais ça n’avait pu se faire. C’est vraiment le fun de fermer avec eux cette année.»

Parc Franco : les prédictions

Sum 41
WENN.com
Sum 41

À chaque année, quelques têtes d’affiches font déborder le parc de la Francophonie. Qui sont ceux qui vont forcer la fermeture du site cette année, selon Louis Bellavance? Jethro Tull, Charlotte Cardin, Jane Birkin, les 2Frères et SUM 41.

Une seule femme sur les Plaines

La parité hommes-femmes devra attendre, du moins sur les Plaines où la seule tête d’affiche féminine sera la Néo-Zélandaise Lorde.

«Nous sommes sensibles à ça. Il y a des noms de femmes qui n’apparaissent pas sur la grille et qui étaient presque dans la poche, et je parle de femmes importantes sur plusieurs soirées des Plaines. Au niveau des artistes émergents, c’est beaucoup plus équilibré. Mais pour les Plaines, c’est déséquilibré.»

«Nous sommes le reflet de ce qui carbure en ce moment, ce que les maisons de disques poussent, ce que le public consomme en terme de radio, d’écoute en continu et en visionnements. La réponse à ça, c’est que le haut de l’affiche demeure pour le moment une concentration majoritairement masculine. Il n’y a pas de raison à cela outre qu’historique. Le métier de rock star est traditionnellement masculin, comme celui de policier ou de militaire. Ça change mais pas à vitesse grand V et pas du jour au lendemain. Il faut avoir l’offre en main et que le public réponde.»

«Ce n’est pas vrai qu’il y a juste Lorde qui peut faire les Plaines, il y en a plein d’autres, je pense à Céline Dion, Lana del Rey, Adele. Les femmes ont toute la créativité et le talent pour se retrouver là mais c’est un changement qui s’opère lentement. Nous suivons la tendance. Et puis quand Lorde est là, c’est certain qu’il n’était pas question qu’un gars joue ce soir-là», dit Louis Bellavance.

Les cases libres

Le parc de la Francophonie
Photo d'archives Stevens LeBlanc
Le parc de la Francophonie

À quatre mois de l’ouverture du festival, une vingtaine de noms manquent encore sur l’affiche. Mais seulement trois têtes d’affiche sur les 44 des principales scènes, n’ont pas encore été identifiées.

Les 11 et 12 au parc Franco, ce sera une vedette rock et de hip hop respectivement. Une soirée à l’Impérial reste ouverte. Les cases libres feront l’objet d’une seule annonce à une date encore non déterminée.

Eagles et Plant, pas dans le portrait

Certains prédisaient que les Eagles seraient du FEQ, mais ils ne font finalement pas partie de la programmation.
AFP
Certains prédisaient que les Eagles seraient du FEQ, mais ils ne font finalement pas partie de la programmation.

La présence de Neil Young a tué les espoirs des fans des Eagles et de Robert Plant, selon Louis Bellavance.

«Les Eagles, on savait qu’ils tournaient. Mais ce n’est pas quelque chose qu’on a retenu comme étant une bonne idée pour toutes sortes de raisons. Robert Plant, on a déjà travaillé là-dessus, mais pas cette année parce qu’on avait ce qu’on voulait avec Neil Young.»

Le pot : à suivre

The Weeknd
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Le Festival ne changera pas sa politique concernant la consommation de cannabis sur ses sites puisque la loi légalisant cette substance, fort prisée de nombreux festivaliers, entrera en vigueur après l’événement. 

«Avec le RÉMI (le Regroupement des événements majeurs internationaux du Québec), on travaille à voir comment on va réagir une fois que la loi sera appliquée», a fait savoir le directeur général par intérim, Claude Doré.

Budget maintenu

Louis Bellavance
Photo d'archives Stevens LeBlanc
Louis Bellavance

Pour concocter une programmation du même niveau que celle du 50e anniversaire du FEQ, le directeur de la programmation Louis Bellavance a pu miser sur la même enveloppe budgétaire. Est-ce qu’elle restera la même à long terme? Claude Doré est optimiste.

«Ce sera réévalué à chaque édition mais on travaille pour garder les enveloppes qu’on a actuellement. C’est ce qui fait la force de l’événement. Nous sommes un OBNL sur toute la ligne. Tout est réinjecté dans la programmation.»