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Le Québec pourrait perdre la guerre du sirop d’érable

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Le Québec pourrait perdre son statut de leader mondial du sirop d’érable au profit de concurrents comme les États-Unis s’il continue de limiter volontairement sa production, selon l’Institut économique de Montréal.

Les importations de sirop d’érable au Québec, qui viennent principalement des États-Unis, sont en « explosion », avec une année record en 2016 de 20 millions $.

Un constat qui inquiète Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Pourquoi importe-t-on autant? Entre autres parce qu’au Québec, les producteurs se voient attribuer un nombre maximal d’entailles pour récolter l’eau d’érable. Ils ont donc une quantité déterminée pour la vente en gros et par intermédiaires (épiceries, dépanneurs, restaurants).

Le surplus doit passer par l’un des 60 acheteurs autorisés par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, qui vendent et exportent le produit.

« Ce n’est pas un système qui est viable dans une économie mondiale. Les producteurs à l’extérieur du Québec n’ont aucune contrainte. Pendant qu’on limite la production, ils ont le champ libre et nous volent des parts de marché. La tendance est inquiétante », soutient Alexandre Moreau.

En recul constant

Le Québec a perdu des parts de marché depuis la mise en place du système actuel, en 2004. Il est passé d’un sommet de 82 % en 2003 à 72 % en 2017, insiste M. Moreau.

« Même si le Québec a une part importante de la production mondiale de sirop, on se retrouve dans une situation où celle-ci est en constante diminution, et cela coïncide avec la mise en place du système de quotas », ajoute-t-il.

M. Moreau cite aussi en exemple le nombre d’entailles permis qui n’a augmenté que de 17 % depuis 2004, alors que la hausse a été de 89 % aux États-Unis.

« L’idée n’est pas d’abolir la Fédération [Fédération des producteurs acéricoles du Québec], mais il y a des producteurs qui ne se retrouvent pas dans le système. Ils veulent développer leur propre marché. Il faudrait leur laisser le choix de se joindre ou non à la Fédération », soutient M. Moreau.

Au Québec, des producteurs de sirop qui militent depuis plusieurs années pour changer le système ont salué les conclusions de l’IEDM.

Daniel Gaudreau et Nathalie Bombardier aimeraient vendre le sirop provenant de leur érablière (derrière eux) comme ils l’entendent, sans contingent. Le couple de l’Estrie est poursuivi par la Fédération pour ne pas avoir respecté les normes.
Photo courtoisie
Daniel Gaudreau et Nathalie Bombardier aimeraient vendre le sirop provenant de leur érablière (derrière eux) comme ils l’entendent, sans contingent. Le couple de l’Estrie est poursuivi par la Fédération pour ne pas avoir respecté les normes.

« Enfin, une autre voix, un organisme indépendant explique avec des chiffres véridiques ce qu’on essaie de démontrer. C’est juste un non-sens de devoir se battre pour être des entrepreneurs, alors que tout le monde ailleurs peut le faire », souligne Nathalie Bombardier, acéricultrice qui est poursuivie par la Fédération pour avoir vendu du sirop hors contingent.

« Déplorable »

Le directeur général de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec qualifie de « déplorable la vision partielle » de la situation exposée par l’IEDM.

« Il y a 675 nouvelles entreprises acéricoles depuis 10 ans, alors qu’en agriculture on parle plus souvent d’un recul du nombre de fermes. Depuis 2000, il s’est ajouté plus d’entailles au Québec qu’il y en a au total aux États-Unis », soutient Simon Trépanier.

Il explique le grand nombre d’importations en 2016 par la nécessité pour les transformateurs d’inclure du sirop américain afin de pouvoir vendre aux États-Unis, et par la pénurie de sirop biologique cette année-là.

« On oublie aussi de dire que 2017 est la quatrième année record de l’exportation canadienne de l’érable, c’est 101 millions de livres qui sont allées dans 50 pays du monde », ajoute M. Trépanier.