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Métiers non traditionnels : les femmes sont encore loin d’être bien intégrées

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Philippe Couture - 37e AVENUE

 

Même si on remarque une augmentation du nombre de femmes dans certains métiers typiquement masculins, par exemple chez les actuaires ou les statisticiens, les femmes sont encore marginalisées et victimes de sexisme dans la plupart de ces milieux non traditionnellement féminins. Tour d’horizon.

« Depuis les années 1980, la situation des femmes en milieu de travail traditionnellement masculin s’est à peine améliorée », se désole Angelo Soares, professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM. « Chez les codeurs et programmeurs informatiques, où les femmes étaient bien représentées au tout début de la profession, la situation s’est profondément inversée. Ces postes étaient occupés à 77 % par des hommes en 2015. »

Les stéréotypes associant au monde masculin les métiers d’ingénieurs, de mécaniciens ou de charpentiers-menuisiers ont la couenne dure. « Ce sont des préjugés ancrés autant chez les entrepreneurs qu’au sein de leur clientèle, explique Angelo Soares. Non seulement la société considère-t-elle encore qu’il y a des métiers pour hommes et des métiers pour femmes, mais elle entretient encore l’idée que les métiers typiquement masculins sont plus valables. »

Un fossé significatif

L’Institut de la statistique du Québec dévoilait, en 2015, que les femmes professionnelles sont en moyenne moins bien rémunérées que les hommes dans les entreprises privées de plus de 200 employés. De plus, dans les milieux où l’on observe une augmentation du personnel féminin, on remarque qu’elles sont tout de même affectées à des tâches traditionnellement féminines. En médecine, par exemple, les femmes sont majoritairement obstétriciennes.

Il y a néanmoins une lente progression. Les plus récentes données de Statistique Canada à ce sujet montrent que les postes de mathématiciens, de statisticiens et d’actuaires sont maintenant occupés à 67 % par des femmes. La part des femmes a aussi grimpé de plus de la moitié chez les opérateurs de machine dans la fabrication de produits textiles et au sein du personnel de l’assurance, de l’immobilier et des achats.

Harcèlement au quotidien

Si vous êtes opératrice de machineries lourdes, il y a fort à parier que vos collègues masculins vous croient d’emblée lesbienne ou garçon manqué. Le professeur Angelo Soares, qui a mené dans ses recherches une série d’entrevues avec des travailleuses en milieu majoritairement masculin, confirme que ces employées vivent au quotidien différentes formes de harcèlement et qu’elles rencontrent chaque jour ce genre de préjugés.

On remarque aussi que les femmes dans ces milieux doivent performer au-delà de la norme pour être acceptées par leurs collègues. Le niveau d’exigence à leur égard est plus élevé qu’envers leurs collègues masculins, souligne le professeur Soares.

« Elles doivent constamment démontrer qu’elles sont compétentes, dit-il, et atteindre de plus hauts standards. Les recherches montrent aussi qu’elles ont généralement étudié plus longtemps et poursuivi un parcours scolaire plus exigeant que leurs homologues masculins pour accéder aux mêmes postes. »

Ces conclusions s’appliquent autant aux métiers manuels qu’aux emplois techniques dans les domaines des sciences naturelles et appliquées, par exemple. Des résultats qui démontrent qu’il reste encore bien du chemin à faire pour intégrer les femmes.