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Une belle bande de «losers»

Une belle bande de «losers»
Capture d'écran d'une vidéo Youtube de la série Kaamelott.

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Une belle bande de « losers ». Voilà de quoi ont l’air, encore, les indépendantistes. À s’entre-déchirer, à se faire des jambettes entre eux, au pire moment.

Encore.

Au pire moment. Ils ont le sens du timing les indépendantistes. Toujours capables de tout faire foirer au pire moment. Comme là. Juste là. À l’aube d’un rendez-vous électoral crucial pour le mouvement indépendantiste.

À quand remonte la dernière victoire convaincante des indépendantistes au Québec? ça fait un bail. La dernière victoire majoritaire remonte à 1998 (2e au vote populaire). Il y a bien eu la courte victoire de Pauline Marois en 2012, mais son gouvernement minoritaire était condamné d’avance. Et le vote libéral s’est montré étonnamment tenace. La dégelée annoncée de Jean Charest ne s’est pas produite. On connaît la suite.

Ce dont les indépendantistes ont le plus besoin en ce moment, c’est d’une victoire. Juste une. Pour reprendre un peu du poil de la bête. Pour la confiance des troupes. Comme une équipe de hockey qui se trouve engluée dans une longue séquence de défaites. La marde est pognée dans le vestiaire, des clans se forment, on demande la tête du coach, des joueurs, du DG, etc. On connaît ça.

Le rendez-vous électoral du 1er octobre prochain est crucial pour le PQ, pour les indépendantistes en général. À plus forte raison quand on examine un peu l’état dans lequel se trouvent les adversaires politiques. Des adversaires prenables.

Une élection à l’issue incertaine. Tout peut arriver.

Le Parti libéral est au plus bas; jamais ses appuis au Québec n’ont été si fragilisés. En 2012, lors de la fin du règne délétère de Jean Charest, le PLQ avait fait son pire score électoral depuis 1867, soit 31%.

Mais la carte électorale et l’appui d’un électorat captif au sein d’une quarantaine de comtés « sûrs » font en sorte que le PLQ se voit assurer d’un plancher de sièges qui sont imperméables aux questions de gouvernance. Austérité, corruption, magouilles, services publics sévèrement affaiblis? Rien n’y coupe dans ces comtés-là.

Mais à 16% d’appuis au sein de l’électorat francophone selon le dernier Léger, le PLQ se trouve en position de perdre des circonscriptions autrefois assez « sûres », dans la région de Québec, en Mauricie, en Estrie, en Montérégie. Les luttes seront plus corsées.

La CAQ de François Legault trône toujours en tête des sondages; c’est ce qu’elle a réalisé de mieux depuis sa fondation. Des bons sondages. Le plus difficile est à venir, soit passer des sondages à l’urne en octobre prochain.

Toutefois, même si François Legault se trouve en excellente posture dans les sondages, sa formation politique peine toujours à profiter de cette position pour récolter plus de financement populaire; un élément essentiel pour faire le sortir le vote.

La CAQ est dernière en financement populaire et très loin derrière le PQ et le PLQ quant au nombre de membres. Sans une organisation éprouvée sur le terrain et des moyens financiers équivalents à ceux de ses adversaires, il sera plus difficile pour le CAQ de « faire sortir le vote ».

Et il y a le programme de la CAQ aussi, le plus similaire à celui du PLQ. Quatre trente-sous pour une piastre comme on dit. François Legault devra le défendre en campagne électorale ce programme. Sans le rendre trop beige pour ne pas nuire à sa base très à droite à Québec (sur les commissions scolaires, notamment) mais aussi à ceux qui, dans le 450 par exemple, en ont plus contre la gouvernance libérale. Leur vendre à eux une copie du programme libéral sera plus ardu.

Trouver le moyen de rassembler

Le défi qui attend Jean-François Lisée sera de trouver le moyen de faire du Parti québécois l’option politique qui sache rassembler les indépendantistes et les nationalistes. C’est l’évidence, mais cela ne sera pas tâche facile.

La querelle qui secoue le Bloc québécois présentement aura assurément des répercussions au PQ. C’est déjà le cas quand, en ce 8 mars, journée de la femme, des députées du PQ se désistent d’une activité sur ce thème pour ne pas donner l’impression d’appuyer Martine Ouellet, dans le cadre de cet événement organisé par le comité di Bloc québécois du comté de Papineau. 

Ça se déchire encore plus sur les réseaux sociaux de part et d’autre.

Et il est difficile d’anticiper que la situation se règle rapidement au Bloc. Le clan Ouellet-Beaulieu est certain d’avoir raison. Pour lui (et ceux qui le soutiennent), il faut placer l’indépendance au-devant, en toute circonstance car ce serait la meilleure manière de rallier l’électorat. On citera l’exemple de l’élection de 1994 alors que Parizeau avait promis un référendum dans la première année de son mandat.

Tellement de choses ont changé au Québec au cours des 24 dernières années. La démographie, d’une part, mais surtout l’angle à aborder pour accéder à l’indépendance. Le « référendum » serait-il, en lui-même, un moyen obsolète? Les indépendantistes devront se poser cette question-là à l’aune de ce qui s’est passé en Catalogne récemment (je reviendrai là-dessus, spécifiquement, plus tard).

Pour l’heure, il me semble, rien ne peut arriver sans que les indépendantistes ne reprennent le pouvoir. C’est la première étape. Une victoire essentielle. Il faut le faire en sortant complètement du contexte « référendiste ».

L’adversaire fédéraliste n’est pas tenu de dévoiler son horaire, sa stratégie ou quand il entend signer la consultation de 1982. Pourquoi faudrait-il que le clan souverainiste soit seul à s’imposer cette contrainte?

Aussi, le clan fédéraliste n’hésite jamais à faire usage des fonds publics pour mousser sa position constitutionnelle. Le plus récent exemple mené par Jean-Marc Fournier a été un flop monumental et malgré plus de 100 000 $ pour mousser la « Politique d’affirmation du Québec au sein du Canada », le gouvernement Couillard n’a réussi à intéresser personne à sa proposition.

« Si c’est bon pour pitou, c’est bon pour minou », dit l’adage populaire.

Le PQ a été fondé pour faire l’indépendance, c’est connu. Il lui incombe maintenant de reprendre le pouvoir dans l’intérêt supérieur du Québec. Selon lui, ça passe par l’indépendance et il est normal qu’il use des ressources à sa disposition pour montrer comment et pourquoi.

Voilà un début de réflexion. Affirmer haut et fort la raison d’être du PQ et mettre de l’avant le meilleur plan pour vaincre la prochaine élection en sortant du carcan « référendiste ».

Commençons par ça. Et que les indépendantistes cessent de cultiver l’art de perdre en se divisant constamment. L’histoire jugera durement ceux qui refusent tout compromis à l’autel de leur conviction d’être les seuls à détenir le chemin à suivre.

La réalité c’est que l’écrasante majorité des indépendantistes en ont plein leur cul de cette minorité d’intégristes-de-l’indépendance (de chaque clan) qui est incapable de compromis et qui sape le moral de l’ensemble.

[ Grand fan de la série historico-humoristique Kaamelott, il me semble que toute situation dans la vie se prête à une citation tirée de cette série. Ici, Leodagan, beau-père du roi Arthur, se lamente à Dame Séli, sa conjointe, d’une énième défaite sur le champ de bataille...

Leodagan : Un plan d'attaque millimétré au poil de fion, le double des effectifs de ceux d'en face, manque de bol les seigneurs Perceval et Karadoc s'en mêlent et on rentre chez nous comme des clodos... avec la chiasse en prime... qu'est-ce qu'ils sont cons!
Dame Séli : Peut-être pas.
Leodagan : Ha bah j’sais pas ce qu'il vous faut!
Dame Séli : Peut-être qu’ils bossent pour ceux d'en face!?
Leodagan : Non, je crois qu'ils sont juste cons! ]