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Un «gentleman farmer» déçu de ne pouvoir donner son sirop d'érable à des organismes communautaires

Un producteur souhaite aider des fondations à se financer avec son érablière

Stéphane Garneau
Photo courtoisie Stéphane Garneau dans son érablière « de bienfaisance » de Beaumont.

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Un gentleman-farmer est stupéfait de constater que les règles de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec ne lui permettent pas de donner pour des dizaines de milliers de dollars de son sirop d’érable à des organismes de bienfaisance.

Stéphane Garneau, un homme d’affaires de Québec, exploite depuis huit ans à petite échelle une érablière à Beaumont, une municipalité située tout juste à l’est de Lévis.

« Cette année, on a décidé d’y aller plus grand et de mettre de la tubulure. L’objectif était de pouvoir faire des dons à des fondations comme celles du Patro Laval et du CHU de Québec. Elles pourraient vendre des cannes et se financer », explique celui qui a investi 100 000 $ pour mettre sur pied une érablière à la fine pointe de la technologie.

Le coordonnateur à la réglementation de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) a répondu à un courriel de M. Garneau que « cette façon de faire viendrait contourner la réglementation ». Dans son message, il invite aussi le donateur à leur faire part de son projet. « Leur réponse m’a fait capoter », raconte M. Garneau.

Un producteur comme lui peut vendre directement son sirop (en contenant de moins de 5 litres) au consommateur. Mais si celui-ci est destiné à être vendu par un intermédiaire, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) exige qu’il détienne un contingent, en quelque sorte un permis de produire.

Il veut une dérogation

« Je ne reçois même pas de reçu d’impôt. Ce n’est pas une façon contournée de recevoir un revenu. L’alternative serait de vendre moi-même le sirop et de remettre l’argent aux associations, mais c’est une job à temps plein », dit-il.

« Je ne veux pas foutre le bordel avec la Fédération. Je veux simplement une dérogation. J’ai 3500 entailles. C’est des milliers de cannes que je peux donner. Ça représente plusieurs dizaines de milliers de dollars. Je ne pensais même pas devoir m’obstiner pour donner mon sirop », avance celui qui a les moyens de ses ambitions.

Il est propriétaire des entreprises Micro Logic et projet Cirrus et évalue son chiffre d’affaires à 100 millions de dollars.

Ouverture de la fédération

Simon Trépanier, directeur général de la FPAQ, s’est dit « un peu atterré par la réaction de Stéphane Garneau ». « C’est un dossier noble et nous sommes tout à fait ouverts à en discuter. A priori, le projet me semble tout à fait acceptable. Nous supportons d’ailleurs le Club des petits déjeuners en leur donnant du sirop depuis une dizaine d’années », a-t-il ajouté.

M. Trépanier rappelle que quatre fois depuis 2007, la FPAQ a émis des contingents, qui sont gratuits, à un total de 675 exploitations acéricoles pour répondre à la demande. Cependant, cela ne règle pas à court et moyen terme le problème de M. Garneau.

Pas satisfait de la réponse

La question devrait être inscrite à l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil d’administration de la FPAQ, le 13 mars. Une réponse qui ne satisfait pas tout à fait M. Garneau. « Tout ce que j’entends sur la Fédération, c’est négatif. J’ai l’impression que je ne fais qu’embarquer dans la machine. Le printemps, c’est maintenant. Je ne veux pas que ça se règle au mois de juillet. »

Cette semaine, Le Journal révélait une étude de l’Institut économique de Montréal (IEDM) selon laquelle en limitant volontairement sa production, le Québec pourrait perdre sa position de leader mondial. Un rapport commandé en 2015 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec recommandait notamment de soustraire du contrôle de la FPAQ la vente de contenants de moins de cinq litres de sirop à des intermédiaires.

Des cas qui ont fait jaser

En mars 2017

Des parents qui avaient entrepris de repeindre bénévolement l’école Capitaine-Luc-Fortin de Saint-Sébastien, en Montérégie, sont forcés d’arrêter par la Commission de la construction du Québec.

En 2015

Un artisan boulanger qui donne son pain contre une contribution volontaire est menacé de fermeture par le MAPAQ s’il ne se plie pas aux normes gouvernementales.

En 2010

Une ferme avicole de Lanaudière, qui donne depuis 10 ans une partie de ses œufs à des organismes de charité locaux, doit cesser à la suite de l’intervention du ministère de l’Agriculture et la Fédération des producteurs d’œufs.