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Une grosse opération, docteur

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Une étude supplémentaire a relancé cette semaine le débat sur la rémunération des médecins. Une étude qui met dos à dos les deux frustrations des Québécois : des hausses spectaculaires de la masse salariale des médecins et une absence de progrès notables sur la disponibilité des services.

Le ministre de la Santé et certains porte-parole des médecins ont tenté de nuancer. La période couverte n’inclut pas les deux dernières années de la réforme Barrette, la baisse du nombre d’actes constitue une donnée incomplète, ils ont avancé ces explications. Plus personne n’écoute.

Le jugement de la population est déjà porté et ne sera pas facile à infléchir. Les médecins n’ont plus de crédibilité pour défendre le gouvernement et le gouvernement n’a plus de crédibilité pour défendre les médecins.

Gouvernement de docteurs

La perception incrustée qu’un gouvernement de médecins a octroyé aux médecins plus que ce qui était raisonnable doit maintenant être prise comme un fait. Nier cela s’apparente à une inquiétante négation de l’évidence. Le gouvernement constate les dommages que ce dossier occasionne à ses chances de réélection. Les médecins constatent les dommages énormes à l’image de leur profession.

J’entends dire que les représentants des fédérations médicales trouvent la période très dure d’un point de vue personnel. Ils n’ont jamais imaginé une telle confrontation frontale avec le public. Ils se le font dire dans la rue. Ils reçoivent aussi le message de la part de tous les médecins qui sentent le malaise dans leur contact quotidien avec les patients.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes blâme les médias. Je comprends sa frustration. Mais s’en prendre aux médias lorsqu’on vit pareille tempête, c’est comme frapper à coup de pelle sur un drapeau parce qu’on est choqué contre le vent.

D’ailleurs, la porte-parole des spécialistes n’aide pas la cause de ses membres en refusant systématiquement les demandes d’entrevues les jours où ses membres se retrouvent au cœur de l’actualité. Une fois que la discussion est engagée, il vaut mieux y participer.

Dans le même bateau

À ce point-ci, le gouvernement et les fédérations médicales sont dans le même bateau. Que cela leur plaise ou non, leur sort est lié. S’ils veulent changer la perception, ils sont forcés de le faire ensemble, et il faudra des gestes spectaculaires.

L’étude diffusée cette semaine abordait la rémunération et l’offre de services. Je crois sincèrement qu’il est trop tard pour agir sur la première variable. L’enveloppe de rémunération des médecins a doublé en une décennie. La dernière entente s’est ajoutée comme une cerise sur le sundae.

Par contre, je ne crois pas qu’il soit trop tard pour jouer sur la deuxième variable. Prouver que les services deviennent plus accessibles. Les fédérations médicales devraient convoquer Gaétan Barrette pour un déjeuner et offrir leur collaboration pour une révolution. On accélère les chirurgies, on devance les rendez-vous, on prend des patients, on combat l’attente.

Impossible ? C’est l’impossible qu’il faudra réussir pour changer la perception.