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Carmen Déziel, la reine oubliée du Rock'n Roll

1957

Avant Après
Photo courtoisie de Bruno Berthold, collection personnelle de Carmen Déziel et Armand Desrochers, Façade du Casa Loma à la fin mars 1957.
Photo Pierre-Paul Poulin

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En vedette Au Casa Loma

À la fin mars 1957, la devanture du Casa Loma arbore la charmante figure de la chanteuse Carmen Déziel. Situé au 94, rue Sainte-Catherine Est, le Casa Loma est un cabaret emblématique du Montréal des années 1950. Au lounge, on rencontre un ami ou une compagne pour aller danser à la discothèque à l’étage ou voir un spectacle de variétés au cabaret. Fréquentant jadis le Casa Loma, l’ancien policier Réal Beauchamp se souvient qu’il fallait revêtir une tenue de ville pour franchir les portes. Un bon pourboire glissé en douce au portier vous évite d’être assis derrière l’une des colonnes en forme de palmier. Les vedettes québécoises telles que Denise Filiatrault, Dominique Michel, Les Jérolas, Paolo Noël, Ginette Reno, Alys Robi, Jen Roger, le trio de Tony Romandini, Ti-Gus et Ti-Mousse sont là pour vous divertir. Mais la popularité du cabaret décline avec l’arrivée de la télévision et de l’ouverture de la Place des Arts. Un triple assassinat lié au crime organisé en 1971 entraîne la fermeture du Casa Loma.

Carmen et ses troubadours

Photo courtoisie de Bruno Berthold, collection personnelle de Carmen Déziel et Armand Desrochers, Carmen Déziel et Armand Desrochers (possiblement) au Casa Loma.

Pour chanter les succès d’Elvis Presley au Casa Loma, Carmen revêt sa robe bleue à crinoline et des souliers assortis. Ses troubadours sont nuls autres que son mari, Armand Desrochers à la guitare acoustique, Normand Pitts à la guitare à double manche et Roger Roy à l’accordéon. La jeune chanteuse sherbrookoise s’était fait remarquer à l’âge de 14 ans en remportant un concours de talents à la radio de CHLT. Ses parents la considérant trop jeune pour faire carrière à Montréal, Carmen perfectionne ses talents avec un petit ensemble musical, Les Joyeux Copains, où elle fait la rencontre de son mari. Laissant la garde de leur fille Marlène à ses parents, le couple part en tournée sous la houlette de Jean Grimaldi en 1955, en compagnie d’autres artistes. En 1956, la compagnie de disques RCA Victor lance le premier grand succès de Carmen Déziel, Mes souliers bleus, la reprise francophone de Blue Suede Shoes. La carrière de la jeune chanteuse prend son envol.

Les souliers bleus de Carmen

Photo courtoisie de Bruno Berthold, collection personnelle de Carmen Déziel et Armand Desrochers, Microsillon de Carmen Déziel, Mes souliers bleus, RCA Victor, 1956.

Avec le lancement de son microsillon en 1956, Carmen Déziel devient la première chanteuse francophone à enregistrer une pièce de rock’n roll en Amérique du Nord. Carmen et Elvis ont un autre point en commun : la même compagnie de disque — RCA Victor ! L’expérience étant fructueuse, la chanteuse sherbrookoise reprend ensuite en français Don’t Be Cruel, toujours d’Elvis Presley, et Eddie My Love de The Teen Queens. Mais c’est avec Bambino (reprise de la chanson italienne Guaglione) que Carmen Déziel se glisse au sommet du Hit-Parade en 1957. En tournée au Québec et aux États-Unis, Carmen Déziel est fréquemment sur les ondes de la radio et de la télévision, notamment au Club des autographes en 1960. Quittant graduellement le show-business, le couple-chanteur retourne vivre en famille à Sherbrooke. Veillant sur son épouse souffrant d’Alzheimer, Armand décède quelques mois après Carmen, en janvier 2015.


► Le Centre d’histoire de Montréal remercie chaleureusement Bruno Berthold, qui nous a ouvert les archives du couple Déziel-Desrochers, ainsi que Sébastien Desrosiers (Les Disques du trésor national) pour ses précieux conseils dans la rédaction de cette chronique.