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Est-il risqué ou pas d’appâter?

Afin d’éviter que des maladies transmissibles par appâtage se propagent, vous auriez intérêt à lire les propos de la Dre Céline Isaaz, médecin vétérinaire pour la division de la biosécurité et de la santé des animaux sauvages au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.
Photo courtoisie Afin d’éviter que des maladies transmissibles par appâtage se propagent, vous auriez intérêt à lire les propos de la Dre Céline Isaaz, médecin vétérinaire pour la division de la biosécurité et de la santé des animaux sauvages au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

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C’est rendu une pratique courante, dans plusieurs secteurs, que des amateurs achètent des centaines de kilos de carottes ou de pommes, voire plus, pour nourrir les chevreuils.

Lorsqu’un individu offre de la nourriture aux cerfs de Virginie avant et pendant le temps de la chasse, c’est dans un but précis : les attirer et les concentrer dans un secteur donné.

Le problème, dans bien des cas, c’est que les autres adeptes avoisinants voient alors beaucoup moins de cervidés. Ces derniers croient que pour égaliser leurs chances, ils n’ont pas d’autres choix que de les appâter eux aussi. Imaginez, il y a des nemrods qui déversent des boîtes de camionnette, et même de gros véhicules 10 roues, bondées de boustifaille.

Vous vous doutez certainement que ce genre de phénomène fait rapidement boule de neige et occasionne une certaine démesure.

Effets collatéraux

Je me suis récemment entretenu avec la Dre Céline Isaaz, médecin vétérinaire, pour la division de la biosécurité et de la santé des animaux sauvages du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. Voici l’essentiel des propos recueillis auprès de cette spécialiste.

<b>Céline Isaaz</b></br>
<i>Médecin vétérinaire</i>
Photo courtoisie
Céline Isaaz
Médecin vétérinaire

En concentrant plusieurs individus sur un même site, l’appâtage à l’automne peut favoriser la transmission de maladies qui, autrement, sont présentes chez relativement peu d’individus. C’est notamment le cas de parasites comme le ver du poumon, le ténia hydatigena et Echinococcus granulosus (kyste hydatique transmis par les coyotes qui peuvent être également attirés par le rassemblement de leurs proies à un site, la gale sarcoptique, etc.). Il y a aussi des maladies infectieuses bactériennes ou virales telles que la pneumonie, la diarrhée d’origine bactérienne (la salmonellose, par exemple), le piétin (maladie des onglons transmise par la bactérie Fusobacterium necrophorum), etc. Et puis, il y a des risques de tumeurs cutanées bénignes sous forme de fibromes ou de fibropapillomes, transmises par un virus par contact direct.

Le gros bon sens

Selon la Dre Isaaz, si la quantité de nourriture déposée et la durée de la période d’appâtage sont raisonnables, l’impact de cette activité est habituellement sans grande conséquence sur la santé des animaux.

Les régions du Québec où le cerf de Virginie est très abondant sont plus à risque. En effet, si le site d’appâtage n’attire que quelques animaux, le risque de transmission des maladies sera faible. Par contre, si le site de nourrissage se situe dans une zone de forte densité de population de cerfs, alors ce site risque d’attirer un grand nombre d’individus et d’augmenter significativement la transmission des maladies. En fait, plus il y a d’animaux qui interagissent entre eux, plus il y a de risques de transmission de maladies infectieuses. Par exemple, si un animal malade contamine un site d’appâtage avec ses fèces et sa salive, tous les autres animaux de son espèce, qui fréquentent le même site, seront à risque d’attraper la même maladie.

Au dire de cette vétérinaire, Le MFFP recommande d’appâter avec de petites quantités de nourriture à la fois et d’utiliser le site pour une courte période pendant la chasse. Il n’est pas recommandé de laisser de la nourriture sur le site d’appâtage lorsque la période de chasse est terminée ni d’appâter le site longtemps avant le début de la période de chasse.

De plus, il est fortement recommandé de ne pas déposer d’appât près d’un accès routier afin d’éviter des collisions avec des véhicules lors des déplacements des animaux vers ces sites.

Maladie grave

Il y a certaines exceptions. Par exemple, si la maladie débilitante chronique (MDC) était détectée chez les cerfs d’un secteur donné, tout rassemblement artificiel d’animaux dans ce secteur serait à éviter à tout prix.

La population de cerfs du Québec est en excellente santé. En ce qui concerne la MDC, le ministère effectue, depuis 2007, un programme de surveillance de cette maladie au Québec en analysant notamment des cerfs récoltés lors de la chasse. Tous les résultats se sont avérés négatifs jusqu’à présent.

En ce qui concerne les autres maladies et parasites, tout comme chez les humains, les animaux en sont parfois atteints et ces derniers occasionnent parfois la mort des animaux.

Bonnes intentions, mais...

Il est bon de noter que le nourrissage pendant la période hivernale peut avoir davantage de conséquences sur la santé des cerfs. En hiver, le système digestif du cerf de Virginie s’est adapté aux aliments très fibreux et pauvres en énergie, par exemple des branches de cèdre et des ramilles. L’apport soudain d’aliments riches en énergie (hydrate de carbone) qui leur sont offerts sur les sites de nourrissage, comme de la moulée de maïs, peut provoquer la mort de l’animal par indigestion.

Par contre, à l’automne, les cerfs cherchent à augmenter leur apport d’énergie pour augmenter leur masse de graisse afin de passer l’hiver. Ils sélectionnent des aliments riches en hydrate de carbone présents naturellement à cette période de l’année.

Comme les aliments offerts dans les aires d’appâtage sont justement ce type d’aliments, le rumen des cerfs y est plus adapté à cette saison et cette pratique devrait causer moins de problèmes digestifs par rapport au nourrissage d’hiver.