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Le cirque bloquiste

Le cirque bloquiste
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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J’étais bien résolu à ne plus parler du Bloc québécois après mon dernier texte posté sur le blogue. Toutefois, c’était oublier que la bêtise humaine est sans limite et que Martine Ouellet peut pousser le pathos jusqu’au ridicule.

Son appel au rassemblement, publié dans le Journal d’aujourd’hui, et son intention de tenir un référendum sur la mission du Bloc illustrent à quel point elle et sa suite peuvent être déconnectées de la réalité. Au bord du précipice, comme aurait pu le dire Camil Samson, elle a décidé de faire faire un pas en avant au parti qu’elle dirige. Loin d’être consciente que le Bloc aurait été radié de la carte si des élections avaient eu lieu maintenant, selon les résultats d’un sondage Léger, Martine Ouellet opte pour entretenir la polémique pendant plusieurs mois encore.

À la lecture d’un texte de Gilbert Paquette, dans L’Aut’Journal, je comprends que c’est sous ses conseils, que le Bloc s’apprête à mener un référendum sur sa mission pourtant énoncée dans les statuts du parti et qui ne semble nullement remise en cause par les députés démissionnaires. Le parti risque de sortir de ce référendum aussi éclairé que si les gens devaient se prononcer sur la détermination du sexe des anges. La vraie question est plutôt de savoir si Martine Ouellet est la personne de l’heure pour porter les espoirs de pays ou de république qu’elle scande ad nauséam. Il semble que la réponse soit non, considérant son incapacité à  unir sa propre députation.

Aznavour chantait : «il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi, sans s’accrocher l’air pitoyable, mais partir sans bruit». Ces paroles devraient inspirer la chef du Bloc qui jouit d’un capital de sympathie très bas dans l’opinion publique québécoise. Il ne s’agit pas de douter de la sincérité de ses convictions ou du bien fondé de l’indépendance pour le Québec. Elle devrait se rendre compte qu’elle n’est pas la personne rassembleuse nécessaire pour la réalisation d’un projet d’une telle envergure. Au contraire, la tenue du référendum proposée aux membres du Bloc sur sa mission ne pourra que polariser les positions et accroître des divisions sur des nuances inutiles.

Ce référendum a toutes les apparences d’une opération improvisée pour donner raison à la chef contre ses sept députés démissionnaires. Il ne contribuera en aucune manière à l’avancement de la cause indépendantiste, et, pire encore, il risque même d’entraîner une certaine lassitude sur la question à la lumière des querelles intestines. Pour une large partie de la population, les chicanes de clocher au sein de la mouvance souverainiste, la convainquent de l’incapacité des leaders indépendantistes de pouvoir gouverner un pays.

Martine Ouellet a choisi les lunettes roses qui lui font croire comme le Candide de Voltaire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elle se présente en victime de la vieille garde bloquiste qui a échoué à promouvoir l’idée de pays et qui voudrait l’empêcher de diriger à sa manière. Elle pousse la prétention jusqu’à tenter de faire croire qu’on se bouscule aux portes pour appuyer sa vision, mais les sondages nous disent le contraire avec une désertion massive de l’électorat vers d’autres partis et une majorité significative de la population qui souhaite qu’elle démissionne. Le sondage révèle également que les partisans de son maintien en poste chez les sympathisants du Bloc sont au coude à coude avec ceux qui espèrent son départ.

Joseph Facal avait raison de voir le Bloc transformé en secte, car dépourvu de toute rationalité, la chef est rendue à se comporter en papesse détentrice de la vérité qui fait un pied de nez à tous ceux qui ne pensent pas comme elle.