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Médecins: Couillard lève deux tabous

Est-ce l’air de Paris qui, pour une deuxième fois, a produit chez Philippe Couillard une sorte d’illumination ?
Photo d'archives, AFP Est-ce l’air de Paris qui, pour une deuxième fois, a produit chez Philippe Couillard une sorte d’illumination ?

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Il faut vraiment que Philippe Couillard sente la soupe chaude.

Ou c’est l’air de Paris qui, pour une deuxième fois, a produit en lui une sorte de révélation.

En 2015, à son retour de la Ville Lumière, il avait, à la surprise même de membres de son cabinet, fait des déclarations écologistes, dans le sens d’un rejet des hydrocarbures, qu’on n’aurait pu soupçonner auparavant.

Les caricaturistes s’étaient amusés de cette soudaine mutation du PM en « géant vert ».

Le vrai pouvoir

Cette fois, c’est à propos de la rémunération des médecins que le premier ministre a eu une illumination.

Il a remis en question hier deux principes – voire privilèges – fondamentaux du système par lequel on paie les demi-dieux de notre réseau public.

D’abord, le principe de l’« équité externe », bref, que la rémunération de nos médecins soit à la remorque de ce qui est payé à leurs homologues en Ontario et dans le reste du Dominion. Étrange : il a lui-même négocié à plusieurs reprises comme ministre de la Santé et comme premier ministre avec les médecins et n’a jamais cru bon de remettre cela en question !

Second principe ébranlé : la pratique de « l’auto-administration » des enveloppes de rémunération par les fédérations.

En clair, les fédérations de médecins reçoivent un paquet de fric et décident de la manière de se le séparer entre eux.

Comme si, dans votre entreprise, le syndicat recevait une somme globale pour les salaires et fixait les règles de distribution de ceux-ci selon ses priorités à lui.

Chez les spécialistes, on se partage même la cagnotte entre les diverses spécialités selon un processus d’arbitrage.

Or, « l’association qui compte plus de membres et génère plus de revenus a de meilleures chances de s’en tirer mieux qu’une [autre] moins forte », selon ce que soulignait l’ancien ministre Claude Castonguay dans une étude en 2011.

Essayez, comme gouvernement, comme élus du peuple, de faire une réforme de la Santé dans ces conditions !

C’est à se demander parfois s’il ne vaudrait pas mieux que le peuple élise directement les présidents des fédérations ! Car pour ce qui est de notre réseau public, ils semblent plus puissants que les ministres de la Santé et le premier ministre...

Tabou levé

Or, Philippe Couillard estime maintenant que l’on peut s’interroger sur « l’auto-administration » des enveloppes de rémunération par les fédérations.

En effet ! Ce procédé est en place depuis la fondation du système public d’assurance maladie au début des années 1970. En pleine crise d’octobre, le gouvernement étant affaibli, les médecins avaient fait la grève et forcé ce compromis.

L’aveu du premier ministre a le mérite de lever un tabou, de mettre sur la table un élément fondamental. Mais que le geste est tardif !

M. Couillard a quand même été ministre de la Santé de 2003 à 2008 et... premier ministre depuis 2014.

Il évoque cette « réflexion » à la dernière minute, alors que la colère du peuple au sujet de la gestion de la santé mine sévèrement les chances de réélection de son gouvernement. On peut douter que cela ait des suites.

Francœur exécute un forfait

Certes, le contexte s’y prêtait. La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), madame Diane Francoeur, avait la veille, dans un éditorial de la revue Le Spécialiste, lâché toute une nouvelle : fini le forfait jaquette !

Fini les 65,95 $ de prime chaque fois qu’un spécialiste enfile gants, masque et jaquette pour voir un patient isolé, selon ce qu’a révélé notre Bureau d’enquête.

S’il fallait une illustration de l’absurdité à laquelle peut conduire « l’auto-administration » des enveloppes, c’en était une éclatante.

D’ailleurs, d’un trait de plume, Mme Francoeur a éliminé ce forfait payé par les fonds publics. Et elle nous l’annonce telle une aristocrate poudrée, assiégée par une plèbe rageuse !

 

Le carnet de la semaine

Fausses excuses

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Photo d'archives

Le 22 février, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes, Diane Francoeur, s’en prenait de façon véhémente aux médias, dans un texte destiné à ses membres : « Les fake news deviennent la vérité de ceux qui nous accusent de nous être fait greffer un portefeuille à la place du cœur », écumait-elle. La Fédération des journalistes lui réclama des excuses. Dans un communiqué du 27 février, la FMSQ répondit qu’elle n’avait « aucune hésitation à s’excuser si ce message d’intérêt privé a pu offusquer les membres de la FPJQ ». Mais dans son dernier éditorial,

Mme Francoeur reprend sans vergogne le terme trumpien de fake news. Réplique du président de la FPJQ Stéphane Giroux : « Je dois comprendre, Mme Francoeur, que vos excuses [aux] journalistes étaient fake ? »

Son excellence Couillard !

Est-ce l’air de Paris qui, pour une deuxième fois, a produit chez Philippe Couillard une sorte d’illumination ?
Photo d'archives

En comparaison avec la virée halloweenesque de Justin Trudeau en Inde, la mission de Philippe Couillard en France fut sobre. « Pas de déguisement de type SuperDupont pour lui », blaguait un membre de son entourage en évoquant le personnage du bédéiste Gotlib. Il y eut quand même quelques couacs. Il fut accueilli en anglais chez Airbus à Toulouse. Et dans une rencontre où son homologue français était présenté simplement par « M. le premier ministre Édouard Philippe », on a présenté M. Couillard comme « Son Excellence » ! On ignore qui a fait l’erreur, mais on l’a peut-être confondu avec Michaëlle Jean, qui porte officiellement le titre : « Son Excellence la très honorable ».

Une porte et son contraire

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Photo d'archives

Deux parlementaires ont cette semaine dit une chose et son contraire de manière spectaculaire. Le leader parlementaire du gouvernement Jean-Marc Fournier a annoncé qu’il ne solliciterait pas un autre mandat. Ferme-t-il la porte à aller au privé ? « Je ne ferme aucune porte, parce que je n’en ai pas ouverte, je n’en ai pas fermée. » Quant à son collègue le ministre de l’Agriculture Laurent Lessard, lui, il refuse de dire s’il va briguer les suffrages une autre fois. Il a déclaré : « C’est vrai que je n’ai pas encore annoncé si je me représentais, mais tout le processus est enclenché. » Bref, les portes restent ouvertes ou fermées en même temps.

 

La citation de la semaine

« La France et le Québec sont depuis longtemps côte à côte et pour longtemps côte à côte. » – Édouard Philippe, premier ministre de France