/world/opinion/columnists
Navigation

Un fusil sur la tempe

Coup d'oeil sur cet article

Où est la frontière entre la négociation et le chantage ? Donald Trump somme les Canadiens et les Mexicains d’accepter les conditions américaines à la table de négociation de l’ALENA, sans quoi il imposera aux deux pays les mêmes tarifs que ceux exigés au reste du monde.

Et sur quoi achoppent les négociations avec le Canada ? Entre autres sur la gestion de l’offre dans le domaine de la volaille et du lait. En d’autres termes, Trump essaie de diviser les Canadiens entre eux. Il veut opposer l’industrie agroalimentaire à celles de l’aluminium et de l’acier. Si sa manœuvre réussit et que le Canada cède, Trump risque de recommencer le même manège. Il opposera les secteurs l’aluminium et de l’acier à d’autres secteurs où il est insatisfait des résultats des négociations.

1. Qui a inspiré Trump ?

Selon le site d’informations Axios, c’est Justin Trudeau lui-même qui a inspiré à Trump cette tactique de négociation. Trump l’aurait conçue à la suite de sa dernière conversation téléphonique avec Trudeau. Bravo à notre sympathique premier ministre !

2. Le Canada doit-il céder à Trump ?

La seule solution viable à long terme pour le Canada est d’imiter les États-Unis. Il faut cibler des exportations américaines vers le Canada et leur imposer des tarifs équivalents à ceux de l’aluminium et de l’acier, aux mêmes conditions. Ils pourraient entrer en vigueur si jamais les négociations de l’ALENA progressaient mal pour le Canada dans certains domaines, comme l’agriculture.

3. Qu’aurait dû faire Trump ?

Les États-Unis sont très divisés quant à l’imposition de tarifs. En fait, Trump est pratiquement le seul à les demander, hormis quelques démocrates nationalistes. Même les dirigeants du parti républicain redoutent une guerre commerciale. Mais Trump n’en a cure. De manière plus inquiétante, Trump vient de démontrer toute l’étendue de sa bêtise stratégique. Au lieu de concentrer son attaque contre les pays qui abusent du système américain, et la Chine est le principal coupable de ces abus, il prend l’ensemble du monde pour cible. Y compris les pays qui sont ses alliés et qui jouent suivant des règles similaires à celles des États-Unis.

4. Les États-Unis sont-ils protectionnistes ?

Les États-Unis sont tout à fait capables de protectionnisme dans le système actuel. S’il ne fallait prendre qu’un seul exemple, celui de l’avionnerie et des manœuvres de Boeing contre Bombardier le montrerait bien.

5. Quelles sont les causes du déficit commercial américain ?

Trump a raison sur un point important. La balance du commerce extérieur américain est très déficitaire. Mais pourquoi ? Il est facile de blâmer les autres pour ce déficit. Mais quelle est la part de responsabilité des Américains eux-mêmes ? Trump se demande-t-il, par exemple, quel est le pourcentage d’Américains qui sont bilingues, trilingues ou polyglottes ? Les gens d’affaire de nombreux pays dans le monde connaissent assez bien la société américaine. Mais inversement, les gens d’affaires américains connaissent assez mal l’extérieur des États-Unis.

Les déficits commerciaux américains nuisent à l’économie américaine, c’est entendu. Mais leurs causes profondes dépassent de beaucoup la simple question des tarifs. Elles sont aussi sociales, culturelles et politiques. Elles touchent l’éducation, la justice sociale, la santé ou la place du gouvernement.

Trump croit qu’il est en train de négocier en mettant un fusil sur la tempe de ses meilleurs partenaires commerciaux. Mais il ne se rend pas compte qu’en réali­té il applique le fusil contre sa propre tempe.