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Un homme et son jardin secret

Lettres biologiques/
Recherches sur la 
sexualité humaine
Frère Marie-Victorin
Présentées par Yves Gingras
Éditions du Boréal
Photo courtoisie Lettres biologiques/ Recherches sur la sexualité humaine Frère Marie-Victorin Présentées par Yves Gingras Éditions du Boréal

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Je le savais bon vivant et homme moderne pour son époque. Mais que le frère des Écoles chrétiennes Marie-Victorin ait entretenu une ­correspondance ­amoureuse et scientifique secrète pendant des années avec une femme qu’il appelait affectueusement « ma chère enfant » ne me surprend guère.

Le frère Marie-Victorin s’intéressait de près à la sexualité, non seulement des plantes, mais aussi celle des humains. Il sait qu’il est à l’avant-garde en donnant à ses jeunes élèves des cours de sexualité et il trouve un certain plaisir à se tenir ainsi sur la frontière.

Conseiller et pédagogue

En 1917, il écrit dans son journal : « Je sens la menace de la chair qui, sur mes 32 ans, veut reprendre son emprise... » Il l’avoue, il a énormément de difficulté à choisir entre Dieu et le plaisir. Encore plus, lorsque pendant un de ses voyages scientifiques, il assiste à une danse traditionnelle qui « n’était en fait qu’une simple exhibition pornographique ». S’ensuit alors une description assez crue des fillettes swahilies d’une quinzaine d’années dont « le pubis est complètement glabre et la vulve, bien nettement fendue ».

C’est dans la trajectoire de son enquête sur la sexualité et la médecine qu’il faut situer cette correspondance assidue et libre de tout tabou, ces « conversations biologiques », selon sa propre expression, que le frère entretient avec la jeune Marcelle Gauvreau, qu’il appelle « ma chère fille » lorsqu’il s’agit de tendresse et « ma chère amie » lorsqu’il s’agit d’idées.

Il veut lui servir de conseiller et de pédagogue, tout en l’interrogeant sur sa propre sexualité et ses secrets les plus intimes. Il lui prodigue des conseils, s’interroge sur les connaissances de cette complice et disciple, sollicite ses confidences sur « la chair vivante et les voies de la Femme », lui prête des livres qu’elle pourra annoter sans problème (« personne ne verra le livre après vous »), toujours sur le thème de la sexualité. Parfois, ces ouvrages sont carrément ­pornographiques à ses yeux, mais qu’importe si c’est pour mieux comprendre « certains secrets de la débauche féminine et masculine. »

Avancement de la science

Pour se rassurer sur sa démarche, il fait de Dieu son complice, car celui-ci ne semble pas s’y opposer, de toute évidence. Quant au diable, il n’a rien à voir là-dedans !

D’ailleurs, au nom de la science, il se dit même prêt à assister en toute tranquillité à un coït. Ce qu’il fera en fréquentant, pendant ses voyages à Cuba, de nombreuses prostituées chez qui il se livre à des observations scientifiques et biologiques « de très grand intérêt ». « Une grande expérience humaine qui m’a ouvert les yeux et m’a rendu encore plus bienveillant », conclut-il.

Il faut absolument lire le chapitre consacré à Lydia, une « courtisane » cubaine, dont il explore le corps pour l’avancement de la science, allant jusqu’à masser son clitoris pour ­observer ses réactions.

Cette correspondance m’en a appris beaucoup, moi aussi, sur les mystères du corps.

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