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Des pistes de solutions pour les boissons fortement alcoolisées à Tout le monde en parle

Des pistes de solutions pour les boissons fortement alcoolisées à Tout le monde en parle
Photo d'archives, Matthieu Charest

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Le décès d’Athena Gervais a secoué le Québec, et son père Alain, le président du conseil d’éthique de l’industrie québécoise et un spécialiste en toxicomanie font le même constat: lorsqu’on parle de boissons fortement alcoolisées destinées aux jeunes, il faut que les choses changent.

La jeune femme est décédée à Laval, quelque temps après qu’elle a consommé une boisson FCKD UP (11,9 % d’alcool, soit l’équivalent de quatre verres de vin) et qu’elle a fait une chute près de son école.

Une pétition pour réduire le taux d’alcool à 6,5 % de ce genre de boissons au goût camouflé par le sucre et des arômes est d’ailleurs en ligne depuis cinq jours. La diffusion de l’épisode a fait exploser le nombre de signataires: au moment d’écrire ce texte, plus de 9000 personnes ont appuyé cette proposition.

Claude Béland (CB), président du conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques, et Jean-Sébastien Fallu (JS), spécialiste en toxicomanie et enseignant à l’Université de Montréal, ont pointé vers quelques problèmes en lien avec ce breuvage fortement alcoolisé, en plus de proposer certaines pistes de réflexion.

Tout compte fait, Jean-Sébastien Fallu est plutôt pessimiste et ne croit pas que les choses changeront de façon significative.

Voici ce qu’ils ont dit d’intéressant.

CB: «Il y a deux jours, j’aperçois des FCKD UP dans un dépanneur, il y en a encore dans la tablette. Je lui demande s’il a lu le journal. “Il faut que je vende mon stock”, qu’il m’a dit. Il va perdre peut-être 100 $ (s’il retire les canettes). Pour sauver son 100 $, il peut y avoir des malades, mais il place l’argent comme argument final.»

CB: «C’est le fédéral qui s’occupe de ça. Le fédéral dit “non, non, c’est le provincial”. Pendant ce temps, ça continue à se vendre. Je n’en revenais pas de savoir que quelqu’un était mort, et qu’aucun chef d’État s’est levé et a dit qu’il fallait dire quelque chose.»

JS: «Tout ce qui est sur le web n’est pas concerné par les lois en vigueur. On ne peut pas boire une boisson dans un pub télé, mais sur le web, les lois ne s’appliquent pas. Ce n’est pas juste ça, on parle aussi des slogans, comme “de zéro à party en quelques gorgées”.»

JS: «Je pense que c’est l’occasion d’un réveil collectif, et pas juste à propos du produit. Oui, il est très toxique, mais il faut réaliser que c’est le moment de parler d’éducation et de réduction des méfaits. Ça fait partie du développement normal d’un ado de tester ses limites. Parler de modération, c’est bien, mais il faut aller plus loin que ça.»

JS: «Il faut collectivement parler aux jeunes qui décident de consommer, leur montrer qu’on peut éviter des morts, comme tourner son ami sur le côté s’il vomit.»

JS: «Il y a une hypocrisie, un double standard face à l’alcool, c’est hallucinant. On [le] banalise, on [le] valorise. Il y a même des associations médicales qui s’en prennent au cannabis, mais qui ferment les yeux sur l’alcool. C’est pourtant la pire drogue, si on inclut les violences (reliées à sa consommation).»

JS: «Au minimum, il faut resserrer l’encadrement de ces produits. Des canettes faciles à voler, il faudrait peut-être les mettre derrière le comptoir. Il y a de l’alcool à 94 % à la SAQ, il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Certaines bières fortes vont vivre de petits commerces et des magasins de microbrasseries. Il faut faire attention de ne pas tomber dans la solution facile. Le problème avec ces boissons, c’est qu’elles ne goûtent pas l’alcool.»

Alain, le père d’Athena: «On demandait un 6,5 % maximum pour les boissons sucrées du genre, pour qu’on sente l’effet avant que ça ne sonne.»

JS: «Les amis d’Athena avaient peut-être peur d’une sanction [à l’école, s’ils avaient fait part du danger]: “écoutez, on a bu, elle est en danger.” Ils n’ont peut-être rien dit. Bien sûr, ça prend un cadre, des conséquences, mais les écoles doivent comprendre c’est quoi, l’adolescence. Les solutions faciles ne mènent à rien.»

JS: «[Est-ce que ça va changer?) Pas tellement, du moins pas au niveau de la réglementation. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose, mais le lobby, l’économie et l’argent mènent le monde. On verra peut-être de petites transformations, mais rien de majeur.»