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L’errance des autres

L’errance des autres
Photo d’archives

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À la question qui lui était posée sur la pertinence de l’existence du Conseil du statut de la femme en regard de désaccords qu’elle avait manifestés auparavant, Aurélie Lanctôt répondait « que ce n’est pas parce que le Conseil erre parfois qu’il n’a pas sa raison d’être ». Sa réponse sous entendait que le CSF erre lorsqu’il est d’opinions différentes de la sienne. Tout en reconnaissant la qualité de sa pensée, le propos d’Aurélie reflète toutefois le dialogue de sourds qui caractérise notre société.

La formule latine Cogito ergo sum du philosophe Descartes semble s’être métamorphosée en Je pense, donc j’ai raison. Contrairement au philosophe qui a construit sa pensée sur le doute méthodique et qui cherchait des certitudes, de plus en plus de gens ont la certitude d’avoir raison et que les autres devraient douter du bien-fondé de leurs opinions ou positions si elles diffèrent des leurs. Un tel développement ne peut que multiplier les camps de tout acabit qui s’insurgent les uns contre les autres en accroissant la fracture sociale et en n’ouvrant aucune perspective sur une quelconque convergence. Le compromis est passée  de mode et l’intransigeance devient de rigueur.

Le phénomène explique sûrement l’incapacité de la société québécoise à se réjouir de grands accomplissements. Elle est de plus en plus fragmentée en groupes d’intérêts qui ont leur cause  à promouvoir et qui sont sont enclin à croire qu’elle est la seule valable. De façon quasi constante depuis deux décennies, deux tiers de la  population est insatisfaite du gouvernement en place. Ce mécontentement s’observe aussi dans d’autres institutions plus vulnérables qu’un État et qui voient leur existence menacée. Nous regorgerions de plus en plus de grincheux qui n’ont de préoccupation qu’eux-mêmes et qui ressentent peu d’appartenance à un ensemble social plus large. Les oppositions se multiplient et les convergences rétrécissent dans un monde qui est de moins en moins en quête de projets rassembleurs.

Ces divisions ne sont pas sans effet sur le progrès de la société québécoise et expliquent parfois la stagnation dans certains domaines. La posture, un terme bien populaire dans le monde de la recherche, sert de retranchement pour conforter son point de vue sans plus de justifications et sous-entend l’imposture pour des courants de pensée différents. Un des déssacords qui font dire à Aurélie Lanctôt que le CSF a erré, porte sur la charte de la laïcité, alors qu’il y était, contrairement à elle, favorable. Ce débat inachevé continue toutefois d’hanter la société québécoise parce que les acteurs sociaux ont échoué à construire les convergences qui auraient rejoint une majorité significative de la population.

Le consensus social est devenu un vain mot. L’appel au débat s’est mué en processus dilatoire pour camoufler l’intransigeance et repousser les décisions. Les dirigeants peuvent dormir tranquille car le peuple est occupé à se chamailler avec lui-même.