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Lettre ouverte aux médecins

Doctor Man With Stethoscope In Hospital
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À la suite de ma chronique de samedi, jamais je n’aurais cru que tant d’entre vous réagiraient avec une telle violence au fait d’aborder le problème des ententes salariales vous concernant. Certains commentaires m’obligent à m’interroger sur votre éthique.

Un cancérologue outré précise qu’il me soignera « quand même » le jour où je me retrouverai dans son bureau (c’est-à-dire, où j’aurai un cancer). C’est inqualifiable.

Les médecins sont de grands sorciers, qui par profession affrontent la mort au quotidien. Pour cela, la société leur accorde un statut d’élite. De cette reconnaissance découle l’acceptation sociale de revenus conséquents. Qu’ils soient plus élevés que ceux de bon nombre de professionnels n’est pas scandaleux.

Hostilité

Nous vivons dans un monde déspiritualisé, déshumanisé où l’argent est devenu le premier critère de réussite et d’importance sociales. C’est pourquoi le mot « vocation » s’applique peu désormais à votre profession. Mais loin de moi l’idée de généraliser. Bon nombre d’entre vous auraient pu signer ma chronique de samedi. Car je sais que vous êtes nombreux à vivre avec malaise ce pactole qui vous tombe dessus. D’où l’hostilité exprimée par la population et que vous comprenez. Les citoyens, futurs malades, vous craignent. Ils dépendent de vous. Vous incarnez leur espoir en cas de maladie grave. Vous êtes les seuls à pouvoir les délivrer de leur angoisse. Les malades savent que leur vie est entre vos mains. Cela n’a pas de prix.

Or vos ordres professionnels, qui parlent en votre nom, ou plutôt au nom de votre portefeuille, oubliant le serment d’Hippocrate, ne possèdent ni l’empathie, ni la sensibilité, ni la grandeur d’âme dignes des qualités rattachées à la profession médicale et idéalisées à travers l’histoire. Et vous qui les appuyez spontanément et qui vous plaignez de travailler trop et dans des conditions inacceptables, devriez comprendre que l’incurie des gestionnaires et la vétusté de nombreux hôpitaux employant un personnel réduit, épuisé comme vous, ne sont pas sans rapport avec les milliards du budget de la santé qui vous sont octroyés par vos collègues politiciens.

Hiérarchie

Dans le secteur public québécois, la distribution de l’argent est affaire de hiérarchie. Vous êtes placés au haut de l’échelle. Comprenez-vous que si le Québec était plus riche, vos salaires seraient plus élevés, mais les citoyens ne se révolteraient pas, car eux aussi seraient financièrement plus à l’aise ?

Je sais que la grogne monte dans vos propres rangs. Certains d’entre vous ont osé prendre publiquement la parole. Devant le déferlement de commentaires déchaînés de médecins sur le site du Journal et qu’on a dû effacer selon des règles qui nous gouvernent, j’imagine le courage de ces médecins travaillant avec ces collègues vindicatifs.

Le Québec ne peut pas vivre dans l’hostilité face au corps médical. Les spécialistes du chantage aveuglés par leur rage contre ceux qui les critiquent doivent retrouver leur sang-froid. Le Québec ne survivra pas à un tel affrontement émotif. Vous êtes nos médecins et nous sommes vos patients. La force de cette réalité impose un minimum de dignité et de raison retrouvées.