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Enjeux militaires cachés en Corée

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Donald Trump clame à qui veut l’entendre que c’est grâce à sa fermeté envers la Corée du Nord que Kim Jong-un va le rencontrer. Le Japon se félicite de la rencontre annoncée. Le président sud-coréen jubile. La Chine et la Russie encouragent les États-Unis à amorcer rapidement des négociations avec la Corée du Nord.

Pourtant, aucun pays n’a les mêmes intérêts face à la Corée du Nord. Les États-Unis en particulier ont beaucoup à perdre dans d’éventuelles négociations.

1. Quel est le fond du problème ?

Le fond du problème tient à la rivalité de plus en plus forte entre la Chine et les États-Unis. La Chine est en train de remplacer les États-Unis comme superpuissance mondiale. Elle est enclavée dans le Pacifique par une barrière militaire contrôlée par les États-Unis. Cette barrière est composée de la Corée du Sud, du Japon, de Taïwan, de Guam et de divers alliés américains. Le gouvernement chinois cherche depuis des décennies à se défaire de cet étau. Ses efforts commencent enfin à porter leurs fruits.

2. À quoi servent les bases américaines en Corée du Sud ?

Les bases militaires américaines sont au cœur des négociations avec la Corée du Nord. Cette dernière va exiger que sa dénucléarisation soit liée au démantèlement des bases américaines sud-coréennes. Or, ces bases jouent plusieurs rôles. Elles dissuadent la Corée du Nord d’attaquer la Corée du Sud. Elles fournissent aux États-Unis des emplacements de choix pour attaquer la Chine ou pour s’en défendre. Ces bases exercent les mêmes fonctions face à la Russie.

3. Quelles seraient les conséquences d’un retrait des bases américaines ?

Un éventuel retrait militaire des États-Unis de la Corée Sud aurait des conséquences graves à long terme pour les alliés des Américains dans la région. D’abord, il annoncerait le retrait général des États-Unis de cette partie du monde. Ensuite, il ferait complètement basculer dans le giron de la Chine la Corée du Sud ou une Corée réunifiée. Le Japon, dont le système de défense est pourtant très intégré à celui des États-Unis, y verrait un signal pour devenir de plus en plus indépendant militairement. D’autres alliés américains changeraient de camp, comme les Philippines sont déjà en train de le faire.

4. Washington est-il le meilleur soutien de Pyongyang ?

La Corée du Nord faisait bien l’affaire des Américains tant qu’elle n’était pas une puissance nucléaire, puisqu’elle justifiait leur présence militaire dans la région. À présent, la perspective d’une dénucléarisation et d’une réunification des deux Corées affaiblit la position des États-Unis. Du reste, les nouvelles armes de combat, et en particulier les missiles hypersoniques, sont en train de changer la donne de la dissuasion puisqu’elles rendent les États plus vulnérables aux attaques. Face à ces nouvelles menaces, chaque pays devra compter davantage sur lui-même. Les États-Unis deviennent moins indispensables.