/news/society
Navigation

L'avocat Rénald Beaudry raconte son combat contre la dépression

Coup d'oeil sur cet article

Rénald Beaudry, l'un des avocats les plus réputés de Québec, se croyait inébranlable. Le genre d'homme qui ne serait jamais touché par la dépression et encore moins par l'envie de mourir.

Malgré des signes précurseurs et les avertissements de ses proches, il n'a jamais vu venir sa descente aux enfers. Il a touché le fond en juillet 2016.

«Pendant cette période-là, je ne pouvais plus signer mon nom, tellement je tremblais. Je ne pouvais plus lire. Je pouvais pleurer trois ou quatre heures par jour. Je me couchais et je ne pensais qu'à une chose: mourir», a-t-il confié à TVA Nouvelles.

Rénald Beaudry s'est réfugié dans le travail. Il ne dormait presque plus.

Un jour, alors qu'il se trouvait dans son bureau, derrière la maison, il a craqué. En tentant de rédiger une simple procédure, une tâche banale pour un avocat, il s’est mis à pleurer.

«Je me suis dit: “Non, c'est fini, je ne suis plus capable, il faut que ça arrête.”»

Il est sorti du bureau et s'est dirigé vers la maison, où il avait l'intention de mettre fin à ses jours.

Il avait fait ses recherches et savait exactement comment procéder.

C'est alors qu'il a vu sa voiture. Quelques secondes plus tard, il roulait en direction du Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL).

«Je me suis dit: “Je vais aller voir si, là-bas, ils peuvent m'aider”», a-t-il relaté.

M. Beaudry a raconté comment il était arrivé, en crise, à l'urgence.

Photo d'archives, Stevens LeBlanc

«Il y avait une dame qui était avec son bébé dans les bras, au triage. Et quand l'infirmière lui a dit: “Madame, approchez-vous”, elle a dit: “Non, monsieur a plus besoin que moi.” Elle m'a demandé ce que je voulais. J'ai dit: “Je veux mourir.” Tout de suite, ils ont ouvert la porte, ils m'ont fait entrer et je suis resté un mois. C'est sûr que ça sort des souvenirs qui ne sont pas nécessairement agréables, mais qui rendent plus fort en bout de course», a-t-il dit.

«Du moment que je suis arrivé ici, ils m'ont immédiatement emmené à l'urgence. Il n'y a pas de carte d'hôpital, à ce moment-là. Tu entends les portes se fermer et se barrer derrière toi. C'est tout de suite: “Donnez-moi votre cravate, votre ceinture, votre téléphone.” Et ils te prennent en charge.»

Rénald Beaudry est resté un mois à l'hôpital. Isolé de tous, ou presque. Ses deux grandes filles lui rendaient visite fréquemment.

Progressivement, son médecin lui a permis de faire des sorties.

«Ce n’est pas une honte, de consulter»

Une fois de retour chez lui, Rénald Beaudry a entrepris une longue thérapie, appuyé par plusieurs spécialistes. Les premiers mois ont été difficiles.

«Tu regardes le mur en face et tu veux ne rien faire, tu n'es capable de rien faire.»

«C'est ça que les gens doivent comprendre. Le désir de mourir, c'est juste pour arrêter d'avoir mal. On se rend compte, quand on fait affaire avec des professionnels de la santé, qu'il y a d'autres moyens d'arrêter d'avoir mal que de mourir», a-t-il expliqué.

Aujourd'hui, Rénald Beaudry va bien. Il est plus efficace au travail. Il connaît et respecte ses limites. Il ne prend plus le stress de ses clients.

Son ancien bureau, situé à l'arrière de la maison, il l'a transformé en atelier de menuiserie. À ceux qui, comme cela lui est arrivé, vivent des moments difficiles, il répète son message.

«Moi, j'ai toujours été la personne qui disait: “Mon Dieu, faut avoir du temps pour faire une dépression, faut être syndiqué.” Mais quand je suis tombé, je suis tombé au même titre que tous ceux autour de moi qui se faisaient soigner, peu importe la profession. Quand tu tombes, tu tombes creux et, peu importe la hauteur, ça fait mal», a-t-il indiqué.

«Il y en a qui ont honte d'aller consulter, et ils ne devraient pas. Ce n’est pas une honte. Je vous parle devant la caméra: je n’ai pas honte de ce qui m'est arrivé. Voir du monde tomber, j'ai vu ça toute ma vie et ça ne m'impressionne pas. Mais voir du monde se relever et revenir plus fort que quand ils sont tombés, ça, ça m'impressionne.»