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Le populisme made in Canada

<<STORY SLUG>>
Photo d'archives, Agence QMI Le populisme est un phénomène inquiétant. C’est avant tout une tromperie politique de premier ordre.

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Le populisme est dans l’air du temps. Au Canada, une illusion flotte toutefois selon laquelle il s’arrêterait à nos frontières. D’où les hauts cris poussés au Canada anglais à la suite de l’élection surréaliste de Doug Ford à la tête du Parti progressiste-conservateur ontarien.

Populiste de droite notoire, Doug Ford est peut-être moins grossier que son frère Rob, feu l’ancien maire de Toronto. Il n’en est pas moins issu du même sérail idéologique. Les frères Ford semblaient venus tout droit d’un talk-show sensationnaliste américain. Pourtant, ils sont bel et bien made in Canada.

Dans la victoire serrée de celui qui pourrait devenir premier ministre de l’Ontario le 7 juin, il y a un effet de contagion à la Trump, mais il y a aussi un détail qu’on préfère oublier : même au Canada, le populisme a existé et existe encore.

Le Reform Party et l’Alliance canadienne en étaient imprégnés. Au Québec, en matière de populisme, Maurice Duplessis fut sans nul doute le « lider maximo ». Plus récemment, l’ADQ en pratiquait une version plus douce.

Vrai populiste

Cherchant à définir son adversaire à la négative, Philippe Couillard s’en prend au « populisme » de la CAQ. Or, le parti de François Legault est conservateur, mais moins populiste que l’ADQ. Si Doug Ford devient premier ministre de l’Ontario – que les dieux de la politique nous en protègent –, M. Couillard apprendra à la dure c’est quoi, un vrai populiste.

Le populisme est un phénomène inquiétant. Parfois de gauche et souvent de droite, c’est avant tout une tromperie politique de premier ordre. Les leaders populistes, souvent issus eux-mêmes d’une élite, réussissent néanmoins à faire croire qu’ils défendront le « peuple » contre des « élites corrompues et déconnectées ».

Pour mieux jouer leur numéro, certains versent dans la vulgarité pour faire faussement proche du « vrai monde ». D’autres, moins grossiers, préfèrent se réclamer du « gros bon sens » et de la « majorité silencieuse » – deux concepts particulièrement vaseux.

Tromperie

Les populistes de droite, comme Ford, veulent surtout réduire le rôle de l’État pour augmenter celui du privé. Ce qui, au moment où les inégalités s’aggravent, enrichit les plus riches au détriment du reste de la société.

Ils s’érigent aussi en gardiens de la « nation » et de son « identité ». La Ford Nation – nom choisi par les frères Ford pour nommer leurs partisans – ne tenait pas du hasard. Doug Ford s’identifie d’ailleurs encore sur son fil Twitter sous le même nom de @fordnation. Pour les populistes, les médias sociaux sont un outil redoutable de mobilisation.

Le danger est le suivant. Quand il arrive que des élites politiques soient réellement corrompues et/ou déconnectées, le terreau devient fertile pour les populistes. Leur promesse trompeuse de voler à la rescousse des « payeurs de taxes en colère » trouve alors un meilleur écho.

Or, ce n’est pas parce qu’il arrive que des « élites » méritent d’être balayées qu’il faut pour autant tomber tête première dans le piège à cons des populistes.