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L’épicerie à 210 $ /semaine

L’épicerie à 210 $ /semaine
marcobir - stock.adobe.com

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Depuis que le Journal a publié son dossier sur la famille aisée qui a mangé pendant un mois avec un budget de famille serrée, ça fait jaser dans les chaumières.

 

Sur mon fil Facebook, plein de gens partagent leurs recettes, leurs trucs, leurs conseils et leurs budgets, et s’étonnent que la famille en question ait dû recourir aux banques alimentaires. Même le Dragon François Lambert affirme qu’il est capable de très bien nourrir sa famille de 3 personnes avec bien moins que 210$ semaine. (Dans le cas de François, je comprends son point, mais je me serais gardé une petite gêne à sa place, cela étant dit.)

 

J’avoue que je partage leur scepticisme. Vous avez vu les livres Famille futée (1,2 et 3) d’Alexandra Diaz et Geneviève O’Gleman ? 150 recettes santé à moins de 5$ par portion. On y trouve une salade chilienne à 0.90 $ la portion, un poulet méditerranéen à la mijoteuse à 4,25$ la portion ou de la morue aux tomates cerises à 3,24$ la portion. Multiplié par 4 ça ne fait pas plus que 20$ par souper, maximum, sans tenir compte des spéciaux OU des fruits et légumes achetés l’été et congelés.

Pas vrai que la seule solution c'est d'acheter des Kraft Dinner...

Une chose me frappe aussi dans ce budget de 210$ : la viande rouge. Comme si c’était un incontournable et que tout le monde allait périr s’il n’y avait pas de bœuf à tous les repas, trois fois par jour.

Préparer un pâté chinois aux lentilles ET au bœuf haché c’est un non-sens... Les lentilles sont dèjà une protéine végétale qui remplace les protéines animales. 

Je sais qu’en Amérique du Nord, on est obsédé par la viande, rouge en particulier, mais les cultures qui misent sur le végétal, céréale et légumineuse (riz et fèves en Amérique latine, couscous et légumineuse dans le Maghreb, ou riz et tofu en Asie) ne sont pas aussi obsédés par la viande-à-tout-prix et ils mangent mieux que nous... pour moins cher.

Quand j'ai animé le documentaire La face cachée de la viande, j'ai rencontré une famille de trois enfants entièrement végétarienne. La mère, Nathalie Trudel, s'amusait à préparer des tas de recettes des plus originales... et pas chères du tout.Les enfants trouvaient que leur lunch était pas mal plus le fun que leurs amis qui mangeaient tout le temps des sandwichs au jambon...

Dans toutes les cultures (à part la nord-américaine) on utilise des herbes ou des épices pour rehausser le goût des aliments. Ça ne coûte pas cher et ça illumine l’assiette.

 

La grande force du dossier présenté par le Journal, c’est que ça nous fait réfléchir à nos propres budgets. Est-ce qu’on gaspille, est-ce qu’on utilise nos restes, est-ce qu’on jette la carcasse du poulet au lieu de la garder pour en faire du bouillon ?

 

On rit beaucoup des cours d’économie familiale de l’ancien temps ... mais on y apprenait à tenir maison. On n’achetait pas d’aliments transformés : on transformait les aliments ! Quel concept !

C’est fou comme on était débrouillard, sans être des Séraphin pour autant. Simplement, on gérait notre garde-manger avec intelligence : on préparait des plats mijotés en grande quantité, on utilisait tout dans un animal ou un légume, on ne jetait pas nos choux gras, quoi !

 

Au lieu de jeter la pierre à ceux qui ont de la difficulté à bien manger avec 210$ par semaine pour 4, est-ce qu’on ne devrait pas simplement s’inspirer de ce dossier pour mieux faire notre épicerie ? Et redécouvrir le plaisir de cuisiner en famille.

Regardez les Québécois d'origine italienne qui se réunissent à la fin de l’été pour faire « tutta la famiglia insieme » des bocaux de tomates ou de sauce à spagat’ (souvent avec des légumes de leur potager). Pourquoi ne pas faire ça plus souvent ?