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Professeurs : épuisés, menacés, sous-payés, mais heureux!

Professeurs : épuisés, menacés, sous-payés, mais heureux!
Photo d'archives, Jean-Francois Desgagnes

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Les professeurs lâchent tout

C’est un fait troublant et indéniable qu’il y ait autant de jeunes professeurs qui abandonnent leur profession d’enseignant qu’ils avaient pourtant choisie par amour : « Quand les professeurs décrochent. Les conditions difficiles d’exercice du métier viennent à bout des “vocations” (Le Devoir, 20 janvier 2018). En plus des conditions difficiles du travail, il y a aussi le fait qu’ils sont sous-payés comparés à d’autres provinces; que le système d’éducation québécois est sous-financé, ayant été passé au tordeur libéral des mesures d’austérité; qu’ils doivent enseigner dans des écoles en pleine décrépitude avec beaucoup de moisissure et qu’ils ont droit à peu de reconnaissance et de respect de la part des élus.

Pourtant, il est reconnu que tout pays qui veut performer dans un environnement mondialisé se doit d’avoir en priorité un bon système d’éducation adéquatement financé. Et ça part de la maternelle, au primaire et au secondaire. Mais ici au Québec, des élus bornés à l’atteinte du déficit zéro, ce qu’aucune autre province et aucun autre pays n’ont énoncé cela comme objectif intéressé à plaire au patronat et à accentuer la privatisation de nos services publics. Même les organismes internationaux (OCDE, FMI et ONU) et des économistes réputés (Stiglitz, Krugman et Piketty) ont pourtant condamné haut et fort ces politiques d’austérité ridicules qui ne font qu’accentuer davantage les crapuleuses inégalités économiques. Ici, au Québec, nos politiciens inféodés nous répètent tout le temps, pour justifier leurs coupes, la même ânerie à l’effet qu’il est possible de faire plus avec moins.

Bravo à la journaliste du Journal de Montréal

Les élus libéraux auraient intérêt, s’ils sont sérieux et sincères, ce dont je doute, à faire comme la journaliste du Journal de Montréal, Marie-Christine Noël, qui s’est fait embaucher incognito pendant un mois comme suppléante dans la région des Laurentides. Après seulement un seul petit mois de travail dans notre merveilleux système d’éducation primaire et secondaire, le titre de son reportage publié le 27 janvier 2018 dit tout : “Épuisée après un mois dans la peau d’une suppléante”.

“Élèves en crise, classes surchargées, insultes, épuisement et parfois même menaces : les professeurs et les suppléants ont la vie dure. Près de 25 % des nouveaux enseignants quittent la profession après moins de cinq ans et d’autres tombent en burn-out”. Voilà qu’elle fut l’introduction de Marie-Christine Noël de son intéressant texte basé sur des faits vécus que je vous suggère de lire.

Le ministre libéral Proulx au pays des merveilles

Plein de fonds publics pour leurs médecins chéris incorporés et pour nos “fleurons” québécois privés qui sont inondés de subventions malgré les “rigoureuses” mesures d’austérité libérales, mais rien pour les enseignants. Plutôt des coupes agressives avec en prime des insanités et du mépris, comme en 2016 de la part du ministre libéral de l’éducation Sébastien Proulx, un autre ex-adéquiste comme Gaétan Barrette et Dominique Anglade, qui s’est épanché en disant ses inepties : “Le gouvernement du Québec n’a pas les moyens d’offrir aux enseignants québécois (mais ils en ont pour les médecins) les mêmes salaires que ceux versés à leurs collègues de l’Ontario assure le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Il y a un écart de salaire; on n’a pas le même filet social au Québec. Est-ce qu’il faut revoir la rémunération? Un jour, peut-être (c’est pas assuré), mais actuellement, on est dans la situation que vous connaissez sur le plan budgétaire”.

Et pour pousser plus loin la dérision, ledit ministre a largué cette perle : “Les gens peuvent aller travailler à l’extérieur s’ils le souhaitent (pourquoi ne pas avoir dit ça aux docteurs?), moi je pense qu’ils vont vouloir demeurer ici pour travailler (se faire exploiter) avec nous, parce que c’est agréable de vivre au Québec” (Le Journal de Québec, 22 mars 2016). C’est vraiment trop pour moi. Et pourtant : “Entente avec les spécialistes : les médecins mieux payés au Québec qu’en Ontario reconnaît Barrette” (Le Journal de Montréal, 15 février 2018). Les médecins et les entreprises, ce n’est pas pareil que les autres commis d’État.

Et Philippe Couillard qui vient ajouter son grain de sel : “Entente avec les médecins spécialistes : Couillard estime avoir été dur” (Le Journal de Montréal, 21 février 2018). Philippe Couillard qui prétend avoir été dur avec les médecins spécialistes après leur avoir versé une juteuse cagnotte supplémentaire de 3 milliards de dollars (Le Journal de Montréal, 17 février 2018). Tiens, une autre bonne de Philippe, juste pour vous : “Pacte fiscal : mon seul parti pris, c’est le payeur de taxes, dit Couillard” (Radio-Canada, 12 mars 2016). Un pacte fiscal pour donner les employés municipaux en sous-traitance afin de diminuer leurs salaires.

Et comment rire encore plus des enseignants?

Moins payés qu’en Ontario, et beaucoup moins, mais un formidable prix de consolation pour nos professeurs : ils auront droit à la création de l’Ordre de l’excellence en éducation qui distribuera des trophées aux meilleurs professeurs du Québec, de la petite école jusqu’à l’université (Le Devoir, 23 février 2018). Voilà comment des innocents pensent régler facilement le problème. Et les professeurs devraient exalter leur reconnaissance et leur joie. Des prix bidon accordés aux “meilleurs” professeurs soumis et heureux d’être exploités. On peut donc continuer à couper dans les écoles publiques, surtout pas dans les écoles privées, afin d’être plus généreux envers nos bons docteurs et nos bonzes qui pourront obtenir d’autres baisses d’impôt pleinement méritées.