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Une élection partielle à surveiller aujourd'hui dans Trumpland

President Trump Holds Rally Touting Tax Cuts And Steel Tariffs Near Pittsburgh
AFP

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Les électeurs du 18e district de la Pennsylvanie vont aux urnes aujourd'hui pour une élection partielle qui donnera le ton en vue des élections de mi-mandat de novembre. Les républicains ont mis le paquet pour conserver ce siège qu’ils détenaient confortablement depuis 2003 dans une région emblématique de la montée de Donald Trump, y compris une visite remarquée du président devant une assemblée partisane survoltée près de Pittsburgh. 

L’élection partielle dans le 18e district de Pennsylvanie a été déclenchée quand le représentant Tim Murphy a dû remettre sa démission après 15 ans au Congrès après qu’il ait fait des pressions auprès de sa maîtresse pour qu’elle obtienne un avortement. De la part d’un politicien qui militait dans les mouvements pro-vie et courtisait la droite religieuse, c’était un peu fort en moutarde. En 2014 et en 2016, Murphy n’avait pas eu trop de difficulté à l’emporter: les démocrates n’ont même pas présenté de candidat contre lui. Sa marge de victoire en 2012 était un confortable 28 points de pourcentage (64% à 36%). Ce sera une autre histoire pour son successeur sur le ticket républicain.

Un siège prenable pour les démocrates

Ce district, qui touche la ville de Pittsburgh et s’étend jusqu’au coin sud-ouest de la Pennsylvanie, est au cœur de la région qui avait été ciblée par Donald Trump lors de l’élection de 2016: les zones rurales et semi-rurales de l’ancien cœur industriel du pays, durement touchées par la mondialisation et la transformation de l’économie américaine. Dans le 18e district, Trump avait dominé le vote en 2016 par 19 points de pourcentage (Trump: 58,1%; Clinton 38,5%). C’était il y a moins d’un an et demi. En 2012 aussi, même si Obama avait remporté la Pennsylvanie, le 18e avait penché pour Romney par 58% à 41%. Normalement, les républicains ne devraient pas trop s’en faire, mais ils ont quand même investi énormément d’efforts et d’argent pour appuyer leur candidat. Donald Trump lui-même y a tenu un discours-spectacle complètement déjanté lors d’un rallye samedi dernier (voir ici). Cette élection dans une région où la sidérurgie occupe une place importante est aussi une des raisons pour lesquelles Donald Trump a annoncé jeudi dernier des tarifs sur l’acier et l’aluminium

Contrairement à ce que laisseraient supposer les résultats électoraux passés, les sondages indiquent plutôt que la course est extrêmement serrée. Le républicain Rick Saccone a mené une campagne en brandissant haut et fort son allégeance au président Trump. Il s’est présenté à l’électorat comme plus trumpiste que l’original, martelant sans cesse les thèmes de la fermeture à l’immigration, du protectionnisme, de la loi et de l’ordre et des valeurs conservatrices traditionnelles. Pour sa part, le jeune candidate démocrate Conor Lamb (33 ans) s’est présenté comme un modéré, proche des valeurs sociales de sa région, mais critique des politiques sociales, fiscales et économiques des républicains. En fait, le candidat républicain lui-même a passé sous silence la réforme fiscale adoptée par son parti en décembre, qui passe assez mal chez les électeurs de condition modeste.

Même si les sondages dans les districts sont notoirement imprécis, les derniers en date donnent un petit avantage au démocrate. Lamb mène par deux points selon la dernière moyenne de RealClearPolitics) et par six points selon le dernier sondage en date par l'institut de Monmouth University. Les enjeux sont très importants pour les deux partis. Pour les républicains, une défaite dans un district rouge vif au beau milieu de Trumpland serait un sérieux avertissement alors qu’ils tirent de l’arrière dans les sondages d'intention de vote pour le Congrès par une marge qui oscille entre six et douze points depuis le début de l’année. 

Une année qui s'annonce difficile pour les républicains

En fait, même si les républicains ont gagné cinq des sept élections partielles au Congrès, ils ont systématiquement perdu du terrain dans chaque cas, y compris une bascule historique de 31 points qui leur a fait perdre un précieux siège au Sénat en Alabama. Normalement, avec une économie qui va relativement bien, les républicains ne devraient pas avoir autant de difficultés, mais Donald Trump est historiquement impopulaire et les réactions à sa victoire et à son style de gouverne ont galvanisé l’opposition démocrate, les forces de gauche et un grand nombre de femmes normalement peu engagées, ce qui donnera un avantage marqué aux démocrates en termes de participation au vote. Pour les républicains dans une élection partielle et aussi dans le cas des élections de mi-mandat où la participation électorale est relativement basse, l’impopularité de Donald Trump et du Congrès républicain est amplifiée par cette poussée de motivation de l’opposition. Dans plusieurs élections partielles on a observé que même si environ 40% de l’électorat demeure favorable à Trump, cet appui ne se traduira pas nécessairement par une motivation à voter pour les candidats républicains qu’il appuie.

Bref, même s’il est téméraire de faire des prédictions fermes dans le contexte politique actuel aux États-Unis, les démocrates sont confiants de pouvoir l’emporter ce soir et de démarrer l’année électorale sur une note de confiance. Leurs chances de reprendre une mince majorité à la Chambre des représentants sont assez bonnes et ils peuvent même espérer un doublé avec le Sénat (moins probable, mais possible). Une victoire ce soir en Pennsylvanie leur donnera un élan extrêmement utile et surtout, elle infligera un revers cuisant à un président qui encaisse généralement assez mal la défaite. C’est à suivre.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM