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Apprendre à dire NON !

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Je me sens au bout du rouleau. Toute ma vie, j’ai toujours tout fait pour les autres. Aînée de la famille, j’étais toujours aux aguets pour soutenir ma mère ainsi que mes frères et sœurs. Même après avoir quitté la maison pour fonder mon foyer, je continuais à garder un œil sur elle.

J’ai eu trois enfants tout en travaillant comme infirmière et je n’ai jamais failli à ma tâche, à la maison comme au travail. J’ai traversé les années en ne me plaignant jamais. Entre mes heures de travail à la maison et celles passées à l’hôpital, il ne me restait plus rien pour moi. Mais j’acceptais mon sort sans me plaindre.

Je me retrouve donc à 62 ans, pas loin de la retraite, complètement épuisée, sans pouvoir le dire à personne. Il m’arrive encore souvent de garder les enfants de mes enfants, pour les dépanner, mais je sens mes forces décliner avec ces petits remplis d’énergie. Ce qui me gruge le plus, c’est que je suis la seule de la famille à voir à ce que ma mère ne manque de rien dans son frigo, aille à ses rendez-vous médicaux et se sente en confiance, elle qui vit encore seule dans son logement.

Mais il y a un mois, je l’ai retrouvée allongée par terre à côté de son lit, ne sachant pas depuis combien de temps elle était tombée. Je me suis rendue sur-le-champ aux urgences. Vu son diabète et le petit AVC qu’elle avait fait, on l’a transférée pour de plus amples examens à l’institut gériatrique de Montréal.

Comme je suis la seule à la visiter assidûment, mes frères et sœurs n’ayant pas le temps, je suis aussi la seule à prendre les décisions la concernant. Comme ma mère ne veut rien entendre de quitter son logement pour aller en institution, je ne sais plus quoi faire. Là, je me sens au bout du rouleau. Comment faire comprendre à tous ceux qui attendent tout de moi que je n’ai plus la force de tout faire ?

E. B.

Il n’y a qu’une façon de faire pour que les gens comprennent qu’on a atteint sa limite, c’est de leur dire en termes clairs que « assez, c’est assez ». Si vous ne le dites pas aussi clairement, comment voulez-vous qu’ils comprennent ? On abuse de vous parce que vous êtes consentante à vous laisser abuser. Vous n’êtes qu’un élément de votre famille, et vos frères et sœurs doivent participer avec vous aux soins à donner à votre mère. Tout comme vos propres enfants ont besoin que vous leur mettiez une limite au département « services rendus ». La mère Teresa qui sommeille en vous est en train de se tuer à la tâche, et quand vous serez vous-même rendue sur un lit d’hôpital, il sera trop tard pour agir. Allez, un peu de respect pour vous-même !