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Humoristes et dépensiers

Bill Morneau
Photo d’archives, reuters Bill Morneau

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Dans leur budget 2017, les libéraux de Justin Trudeau avaient lancé un exercice de révision des dépenses dans certains organismes et ministères. Le but annoncé consistait à générer des économies en révisant ou en abolissant des programmes mal ciblés ou inefficaces. Excellente initiative !

Je me permettrai de dire que ce genre d’exercice exigeant devrait être fait de façon bien plus fréquente dans les administrations publiques. À l’intérieur d’un mandat de quatre ans, tous les organismes et ministères devraient y passer. Repenser piastre par piastre la nécessité de la dépense. Se demander si l’on prendrait la décision de créer ce programme aujourd’hui s’il n’était pas déjà en place depuis des lustres.

Pourquoi remettre en question sans cesse les dépenses ? Parce que les administrations publiques ont une tendance naturelle à prendre de l’expansion, à créer de nouvelles branches et à engendrer des dépenses.

Aussi parce que les vieux organismes et les vieux programmes ne fonctionnent pas avec du vieil argent collecté au siècle dernier. Il faut aller siphonner de nouveaux dollars dans la poche des contribuables chaque année pour les financer. Alors tout ce qui n’est pas absolument nécessaire devrait devenir de l’argent laissé dans le portefeuille des familles.

L’exercice qu’avait donc promis le gouvernement Trudeau aurait dû se solder par des économies dans le budget 2018. Après une année de travaux à réviser les dépenses, cela aurait été logique. Or rien n’y apparaissait.

Que se passe-t-il ?

Ayant constaté l’absence de suivi de la révision des programmes annoncée, le Globe and Mail s’est informé auprès du bureau du président du Conseil du Trésor de l’avancement de ces travaux. Après quelques jours de recherche, la réponse est venue, suave.

Croyez-le ou non, aucune économie spécifique n’a été identifiée. Aucun programme de dépenses, aucune structure de bureaucratie, aucune règle budgétaire, rien n’a été vu comme problématique. Le gouvernement soutient sans rire qu’il n’y a aucun endroit où épargner quelques millions aux gentils contribuables.

Du jamais vu ! Prenons l’exemple de l’un des organismes où une revue générale devait avoir lieu : l’Agence des services frontaliers. Près de 2 milliards $ de budget et 13 500 employés, c’est pas mal gros. Mais tout est nickel. Ni inefficacité, ni gaspillage, ni vieilles façons coûteuses de faire les choses. Non, la perfection. Cela est absolument impossible.

Vous voulez savoir la meilleure ? Toujours selon le Globe and Mail, non seulement la réponse fournie ne contient aucune mesure d’économie, mais le rapport mentionne que la révision de programme a permis d’envisager la bonne manière de faire... de nouvelles dépenses !

Laxisme

La chose à comprendre, c’est que l’opération de révision des programmes annoncée dans le budget n’a jamais été réellement prise au sérieux. Pas étonnant, un tel exercice est exigeant et crée de l’insatisfaction chez ceux qui subissent les coupures. Pour que ce soit fait sérieusement, il faut que la commande vienne de haut.

Je ne crois pas que Bill Morneau et Scott Brison craignent de voir Justin Trudeau se choquer noir pour des dépenses. Et ce gouvernement empile les déficits.