/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve Doyon

L'avenir du réseau des CPE sera un enjeu électoral

Quel avenir pour le réseau des CPE?
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI Une manifestation a été organisée pour protester contre les coupures gouvernementales dans les centres de la petite enfance (CPE), à la place Émilie-Gamelin, à Montréal, le dimanche 7 février 2016. TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Ne soyons pas dupes, le plus grand défaut du réseau des CPE selon le gouvernement libéral, c’est qu’il porte la marque péquiste.

Ça devait grincer des dents dans la journée d’hier dans les officines libérales (et caquistes, la CAQ affichant la même aversion envers ce réseau que le PLQ) quand les journaux ont rapporté certains éléments du discours du patron de la Banque du Canada Stephen Poloz au Canadian Club de Toronto. C’est que le banquier ne tarissait pas d’éloges envers le réseau des CPE, le citant même en exemple :

« Le réseau de garderies subventionnées du Québec a permis l'augmentation de la participation des femmes au marché du travail de 74% il y a 20 ans à environ 87% aujourd'hui. En comparaison, environ 83% des femmes en âge de travailler participaient à la main-d'œuvre nationale.

Si nous pouvions simplement faire passer le taux de participation des femmes en âge de travailler dans le reste du Canada au niveau du Québec, nous pourrions ajouter près de 300 000 personnes à la main-d'œuvre de notre pays ».

C’est effectivement une des réussites indéniables de l’institution de ce réseau; il permet aux femmes de réintégrer plus rapidement le marché du travail à la suite de l’arrivée d’un enfant.

Toutefois, dès son arrivée au pouvoir en 2003, le gouvernement de Jean Charest affichera sa préférence pour les places en garderies privées non subventionnées. Et cette préférence traversera tout le règne libéral de Charest-Couillard.

Dans un texte très instructif publié en décembre 2017 dans la revue Québec-Science, Étienne Plamondon Émond explique :

« Après leur implantation, victimes de leur succès, les CPE voient leur liste d’attente s’allonger. En guise de solution, le gouvernement libéral de Jean Charest, élu en 2003, hausse les tarifs à 7$ en 2004.

Cinq ans plus tard, ce même gouvernement adopte une mesure qui débouchera sur une croissance éclatée du réseau : il module et bonifie substantiellement les crédits d’impôt alloués aux dépenses en frais de garde. En conséquence, il finance indirectement les services de garde privés non subventionnés, vers lesquels de nombreux parents se tournent, malgré des tarifs plus élevés. Entre 2008 et 2017, le nombre de places offertes dans ce type d’installation fait un bond de 4 751 à 61 400, selon les chiffres de la Direction générale des services de garde éducatifs à l’enfance. Une augmentation de plus de 1 200%! Durant la même période, les CPE ont gagné trois fois moins de nouvelles places ».

On aurait voulu étouffer le réseau des CPE qu’on n’aurait pas agi autrement. Et pourtant, quand on analyse la chose à l’aune des intérêts premiers de l’enfant, la considération qui devrait primer, le réseau des CPE est de loin celui que l’on devrait développer. Et vite!

Nathalie Bigras est professeure titulaire au département de didactique de l’UQAM et directrice scientifique de l’Équipe de recherche sur la qualité des contextes éducatifs de la petite-enfance. Dans l’article de Plamondon Émond, elle rappelle qu’il existe un écart dans la qualité des services offerts en garderie privée versus le réseau des CPE :

« Les Pays-Bas, la Russie et les États-Unis ont tous souffert d’une chute de la qualité de leurs services de garde lorsqu’ils ont eu recours au privé pour régler le problème d’accessibilité. C’est souvent parce que le personnel, dans le privé, est moins bien formé, et par conséquent, moins capable de répondre de manière appropriée aux besoins des enfants. [...] »

Plus loin, l’auteur Plamondon Émond conclut :

« Au Québec, un enfant court sept fois plus de risques de se retrouver avec un service de faible qualité s’il est dirigé vers une garderie non subventionnée plutôt qu’un CPE, selon la dernière enquête Grandir en qualité, publiée par l’Institut de la statistique du Québec en 2015. »

Si le meilleur intérêt des enfants, des mères, des familles avait été au centre des préoccupations du gouvernement libéral, il aurait continué à développer le réseau des CPE; il aurait évité la hargne partisane, fondement de son aversion envers ce réseau.

La ministre libérale Francine Charbonneau, à l’époque, clamait qu’elle « ne voulait pas investir dans la brique » pour justifier l’abordage des places en garderies privées non subventionnées. Et si l’appétit pour le privé était venu d’ailleurs?

Les garderies « Tomassi »

On se souviendra du scandale qui avait éclaboussé un ancien titulaire du ministère de la Famille, le ministre libéral Tony Tomassi. L’échange de place en garderies contre du financement politique. Cette putride manie qu’avait le gouvernement Charest de tout politiser. Jusqu’aux places en garderies.

Le député péquiste Nicolas Girard en 2008 avait déniché des cas troublants.

« Dans la région des Laurentides, en 2008, près de 70 % des nouvelles places privées à 7 $ ont été attribuées à des individus qui ont garni les coffres du PLQ de 50 000 $ au cours des dernières années, a révélé le Parti québécois, mardi. Parmi les administrateurs ou promoteurs visés, le porte-parole péquiste en matière de famille, Nicolas Girard, a insisté sur le cas de Samir Alahmad, lui-même vice-président de l'Association des garderies privées du Québec. »

C’était en 2008. Le PM Charest finira par liquider son ministre de la famille en mai 2010. Mais le mal était fait, le ver était dans la pomme. La décision de ratatiner le réseau des CPE avait été prise il y a longtemps. Et nous vivons aujourd’hui les lourdes conséquences de ces décisions passées.

Peu importe les promesses lancées récemment par l’actuel ministre de la Famille Luc Fortin en ce qui a trait au réseau des CPE. Le Parti libéral du Québec n’a aucune crédibilité en matière de gestion des intérêts de la petite-enfance.

Les quinze dernières années parlent beaucoup plus fort que les supputations électoralistes du ministre Fortin. Ceux qui, dans le passé, ont bradé les places en garderies en échange de financement politique devraient être les derniers à qui l’on confie les destinées du réseau.

Une démarcation claire

Ainsi, lors de la prochaine campagne électorale, une démarcation claire existera entre la proposition que feront les principaux partis en matière de services de garderies.

Le Parti québécois qui promet de redynamiser le réseau des CPE, de l’étendre.

La CAQ et le PLQ qui ont la même aversion envers le réseau des CPE. Comme le rappelait la semaine dernière Camil Bouchard, l’un des artisans de ce réseau, « du pareil au pire ».

Camil Bouchard a résumé la situation de façon on ne peut plus claire :

« il ne faut pas espérer mieux de la CAQ avec sa recrue de l'économie néo-libérale Youri Chassin qui a toujours eu les CPE en horreur. Quant à la nouvelle députée caquiste de Louis-Hébert, dans un candide copié-collé digne de Francine Charbonneau, elle affirme qu'il fallait d'abord investir «dans les services aux enfants et non dans le béton et les infrastructures»; et dans un élan de caquisme nouvellement appris, elle fait un acte de foi pour ce "modèle d'affaires intéressant" que sont les garderies commerciales. Et son chef d'ajouter, avant la toute nouvelle et récente prise de conscience du PLQ: "...on est satisfait du réseau comme il est là (sic) actuellement" »

Quand on dit que la CAQ c’est le degré zéro du changement...